Présentée comme une réunion du renouveau charismatique, le rassemblement de dimanche a été organisé à Abakaliki, la capitale de l’Etat d’Ebonyi, par le Mouvement pour la réalisation de l’Etat souverain du Biafra (Actualisation of the Sovereign State of Biafra - MASSOB), un mouvement indépendantiste interdit au Nigeria. A cette réunion, les différents évangélistes prophétisaient la sécession du sud-est du Nigeria et exhortaient les participants à se battre pour l’avènement d’un Biafra indépendant.
Selon les témoins présents sur les lieux, les forces de l’ordre sont intervenues pendant la réunion en tirant des grenades lacrymogènes et des coups de feu en l’air.
"Elles ont arrêté 126 personnes alors que 42 autres personnes blessées ont réussi à s’enfuir. Il n’y a pas eu de morts", a indiqué à IRIN Uche Madu, le porte-parole du MASSOB qui était présent au rassemblement.
"Mais cela ne nous a pas découragés. Nous avons même bien accueilli ces arrestations car elles s’inscrivent dans la longue liste de sacrifices que nous devons faire pour l’avènement de l’Etat du Biafra", a-t-il ajouté.
La République du Biafra que le mouvement propose engloberait la région pétrolifère du delta du Niger qui produit à elle seule la quasi-totalité des 2,5 millions de barils de pétrole exportés quotidiennement par le Nigeria.
En 1967, une tentative de sécession et la déclaration d’un Biafra indépendant s’étaient soldées par une guerre civile de près de trois ans, plus d’un million de morts et un risque d’éclatement de la nouvelle nation indépendante.
Le commissaire de police de l’Etat d’Ebonyi, Paul Ifeghoghi a confirmé que des personnes ont été arrêtées à la réunion, mais que seules 80 d’entre elles ont été détenues et inculpées lundi dernier pour haute trahison, complot et attroupement illégal.
"Il ont tenté de masquer la réunion politique en manifestation religieuse, mais nous en avons été informés", a déclaré Ifeghoghi à la presse. "La loi stipule que, avant la tenue d’une réunion politique, les organisateurs doivent obtenir une autorisation de la police; et ils ne l’ont pas eue".
Créé en 1999 par l’avocat Ralph Uwazurike, le MASSOB envisage de créer un Biafra indépendant dans une région où la population est majoritairement Igbo, un des trois plus grands groupes ethniques du Nigeria. Les 126 millions d’habitants que compte le pays appartiennent à près de 250 groupes ethniques différents dont les plus importants sont les Haoussas/Fulanis au Nord, les Yorubas au sud-ouest et les Igbos au sud-est.
Les allégations d’Uwazurike selon lesquelles les gouvernements successifs ont opprimé et méprisé les quelque 30 millions d’Igbos que compte le Nigeria, ont touché des milliers de jeunes igbos désœuvrés qui ont rejoint les rangs du MASSOB. Les compagnies pétrolières installées dans le sud-est sont fréquemment la cible d’attaques perpétrées par des jeunes en quête d’emploi dans l’industrie du pétrole.
Plus de 30 ans après la guerre du Biafra, le MASSOB insiste que ses campagnes pour la sécession du Biafra sont non violentes. Celles-ci prennent la forme de rassemblements, de manifestations, de boycotts et de mouvements de grève ville morte, souvent ponctués par des déclarations d’indépendance symboliques.
Selon certains groupes de défense des droits de l’homme, des douzaines d’activistes ont été tués ces six dernières années pour avoir revendiqué l’indépendance du Biafra et plus de 300 sont actuellement détenus après avoir été arrêtés par la police lors de marches et de rassemblements organisés par le MASSOB.
Cinquante-trois personnes arrêtées l’année dernière à Lagos, la plus grande ville du pays, lors d’un tournoi de football organisé en l’honneur du Biafra sont accusées de haute trahison et attendent d’être traduites en justice.
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