Les déplacements d'individus en raison de la guerre et le manque de semences n'ont, en effet, pas permis aux agriculteurs, des provinces de Ouham Pende, Nana Gribizi et de Kemo, d'atteindre le taux normal de production de 507.000 tonnes de céréales composées de maïs, de sorgho et de riz, a expliqué vendredi à IRIN David Bulman, le représentant du PAM en Centrafrique.
Selon David Bulman, le déficit de la production s'élève à 120.000 tonnes, représentant 23 pour cent de la production céréalière normale.
"La population se nourrira presque exclusivement de manioc entre janvier et avril [2004]," a -t-il dit.
Le représentant du PAM a, néanmoins, ajouté que les récoltes de manioc avaient augmenté de 10 à 25 pour cent par rapport aux chiffres enregistrés les saisons précédentes. Les agriculteurs ont, en effet, utilisé les champs réservés aux autres céréales pour planter du manioc en raison du manque d'autres semences, a expliqué David Bulman.
La malnutrition concernant les enfants et les personnes vulnérables est prévisible. Elle débutera début janvier 2004, en raison du pauvre apport nutritionnel du manioc.
Samuel Nana-Sinkam, le représentant de la FAO en République Centrafricaine, a pour sa part ajouté que l'augmentation des productions de manioc s'expliquait aussi par l'introduction d'une variété de tubercule très résistant. La FAO avait importé ce tubercule de l'Institut international de l'agriculture tropicale à Ibadan, au Nigeria, et l'avait distribué la même année aux fermiers du Nord.
Le manque de céréales dans la consommation quotidienne de la population, a poursuivi David Bulman du PAM, pourrait également avoir pour conséquence l'effondrement des activités agricoles en raison du manque d'énergie des agriculteurs. Cette carence nutritionnelle entraînerait encore une augmentation du nombre de malades dans les centres de santé et compliquerait la situation des femmes enceintes ou allaitantes.
Certaines femmes ont témoigné être parties de leurs fermes avec leurs bébés et être revenues le soir sans eux, car leurs enfants étaient morts de faim, a rapporté David Bulman.
Les chiffres avancés par le PAM et la FAO sur la situation alimentaire dans le Nord du pays depuis octobre 2002, lorsque la guerre a éclaté entre les rebelles et les forces gouvernementales sont les plus précis. Ils résultent d'une synthèse des données, recueillies à la suite de plusieurs missions effectuées dans le pays par des experts de ces deux organisations onusiennes. Les données incorporent également les renseignements délivrés par des spécialistes du gouvernement en agriculture ainsi que par les agriculteurs eux-mêmes.
Les activités agricoles ont fortement été perturbées dans le Nord du pays par les six mois de guerre qui s'est achevée par le renversement du président Ange-Felix Patasse lors du coup d'état de François Bozize le 15 mars dernier. Les rebelles et les agriculteurs déplacés ont, en effet, consommé les semences destinées à la plantation alors que d'autres fermiers n'étaient pas rentrés chez eux pour ensemencer en avril et en mai.
Une mission des Nations-Unies avait visité le Nord du pays à la fin du mois de juillet. Elle avait constaté un risque de famine si une aide d'urgence n'était pas octroyée aux populations touchées par la guerre.
Les agences des Nations-Unies avaient lancé un appel urgent, au mois de mai, afin d'obtenir 9.1 millions de dollars, incluant 4.85 millions pour fournir de la nourriture et des semences à 150.000 agriculteurs. Aucune réponse n'avait pourtant été donnée, avait déclaré le premier août le coordinateur des Nations-Unies en République Centrafricaine. Une autre demande des Nations-Unies sera lancée avant le mois de décembre pour soutenir le secteur agricole.
Jusqu'à présent, aucune distribution majeure de nourriture et de semences n'a été organisée dans cette région. Cependant, les élèves des écoles de quatre provinces dans le Nord bénéficient d'une aide alimentaire sélective consistant en la distribution de plats cuisinés pour l'année en cours et la prochaine année scolaire.
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