Des affrontements se seraient produits entre les troupes loyales au président Charles Taylor et le mouvement rebelle Libériens unis pour la réconciliation et la démocratie (LURD) autour du port de l'Ile de Bushrod contrôlée par les rebelles. Des tirs ont également été entendus autour du pont Stockton reliant l'Ile de Bushrod au périphérique-nord de Monrovia menant aux zones Est de la ville.
Les forces gouvernementales paraissaient avoir regagné du terrain après un repli notable devant la plus forte offensive lancée par les rebelles contre la capitale.
Toutefois, les barrages de mortiers et les lourds combats de rues, qui ont obligé la majeure partie de la population à se terrer chez elle durant les cinq derniers jours, se sont apaisés.
L'accalmie a permis aux agents de secours de récupérer les corps des victimes gisant dans les rues et à les ensevelir sur des plages avoisinantes.
Le conseiller politique du LURD, Charles Bennie, a affirmé à IRIN par téléphone depuis Accra, au Ghana, où se déroulent les pourparlers inter-libériens de paix, que les combattants rebelles s'efforçaient d'observer le cessez-le-feu. " Nous leur avons dit de cesser les combats mais de rester dans leurs positions actuelles. Mais ils réagiront s'ils sont attaqués par les forces de Taylor ", a-t-il précisé.
Le gouvernement libérien a mis un bémol à sa demande préalable exigeant que le LURD retourne aux positions qu'il occupait à Tubmanburg, à 40 km au nord de Monrovia, avant le cessez-le-feu conclu le 17 juin. Cette trêve a été mise en pièces par les lourds combats qui se poursuivent partout dans le pays.
Le ministre de la Défense Daniel Chea a déclaré à Reuters que le gouvernement accepterait à présent un repli rebelle à Po River, à 21 km du centre-ville, en attendant l'arrivée des soldats de maintien de la paix.
"Nous ne voulons pas nous battre. Nous assurons juste la défense. Ils ont attaqué. Ils faut qu'ils se replient. Ce sont eux les agresseurs et je pense qu'ils subissent une forte pression diplomatique ", a ajouté M.Chea.
Les agences humanitaires estiment que plus de 200 000 personnes - soit un sur cinq habitants de Monrovia - sont sans abri à l'issue des trois assauts du LURD contre la ville au cours des deux mois écoulés.
L'organisation médicale MERLIN a indiqué que plus de 40 000 déplacés sont encore entassés dans le stade Samuel Doe dans la banlieue orientale, dormant en plein air, en dépit des fortes averses. Ils ont informé qu'ils ne disposaient pratiquement d'aucune installation sanitaire ou de ravitaillement alimentaire.
Sam Brown, président de la Commission nationale pour les réfugiés, le rapatriement et la réinstallation (LRRRC), a déclaré à IRIN : "Il y a rupture totale de l'assistance aux personnes déplacées ".
Les agences de secours ont signalé que des dizaines de milliers de personnes dans la ville continuaient d'avoir la vie dure, quasiment privées de nourriture et d'eau potable.
Il n'y a pratiquement plus d'installations sanitaires appropriées et les agences ont mis en garde contre le danger croissant d'une épidémie de choléra.
"Il est très difficile pour les organisations non gouvernementales de se déplacer à l'intérieur de Monrovia et à la population civile d'atteindre les points de secours humanitaires ", a souligné Thierry Allafort-Duverger, le directeur de Médecins Sans Frontières (MSF) au Liberia.
Paul Jaiblai, un ingénieur hydrologue d'Oxfam bloqué dans son bureau à Monrovia s'est inquiété : " Nous ne trouvons pas de nourriture à acheter. Nous avons bu notre dernière goutte d'eau de la citerne ce matin. Comment allons-nous nous en sortir ? Seul Dieu le sait ".
"D'autres personnes vont mourir s'il n'est pas mis fin à ce conflit dans le courant de la semaine prochaine. Les gens vont mourir de faim et de maladies comme la diarrhée et le choléra ", a-t-il prévenu.
A Dakar, la capitale sénégalaise, les commandants militaires et les ministres de la Sécurité de la Communauté économique des Etats d'Afrique de l'Ouest (CEDEAO) sont convenus mercredi que deux bataillons nigérians composés de 1 300 soldats seraient déployés dans une semaine au Liberia.
Ils constituent l'avant-garde d'une force internationale de maintien de la paix dont l'effectif total serait de 5 000 hommes.
Le secrétaire exécutif de la CEDEAO, Mohamed Ibn Chambas, a fait savoir que les menus détails relatifs au déploiement, notamment la date de l'arrivée des militaires nigérians, seraient discutés jeudi à l'occasion d'une réunion de suivi à Freetown, la capitale sierra léonaise.
"La force ne va pas se charger des parties mais juste aider face à la détérioration de la situation humanitaire. Nous espérons que les parties vont respecter l'accord de cessez-le-feu qu'elles ont signé ", a déclaré M. Chambas.
Les Etats-Unis offriraient 10 millions de dollars pour aider au paiement de la force de maintien de la paix, a-t-il ajouté.
Un porte-parole du gouvernement américain à Washington a souligné que le président George Bush n'avait pas encore pris de décision quant à l'envoi de troupes américaines au Liberia. Il a mis en alerte une flotille de trois navires de guerre portant 4 500 marins et Marines pour un éventuel déploiement dans ce pays, qui n'a presque connu que la guerre civile depuis quatorze ans.
Les premiers soldats nigérians qui atterriront au Liberia appartiennents au 15ème bataillon d'infanterie, fort de 774 hommes, se trouvant actuellement au sein de la Mission des Nations Unies en Sierra Leone (MINUSIL), a informé Patrick Coker, porte-parole de la MINUSIL. L'autre bataillon viendra directement du Nigeria.
Les deux bataillons seront commandés par le chef d'état-major de l'armée nigériane, le général Martin Luther Agwai, un vétéran des opérations de maintien de la paix des Nations Unies.
M. Agwai a en effet occupé pendant deux ans le poste de commandant adjoint de la force de la MINUSIL, avant d'exercer de hautes fonctions au Département des Opérations de maintien de la paix au Siège de l'ONU à New York.
M. Chambas a précisé à la presse à Dakar : "[Son travail] consiste à emmener le bataillon à Monrovia aussi-tôt que possible. Ce serait bien avant une semaine mais pas au-delà ", a préconisé M. Chambas.
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