La capitale Conakry était paralysée la semaine dernière à la suite d’un mot d’ordre de grève générale décrété par les centrales syndicales du pays pour protester contre les bas salaires et la cherté de la vie.
Pays de neuf millions d’habitants épargné par les conflits, la Guinée est pauvre, malgré la richesse de sous-sol, et a un niveau de vie inférieur à celui des pays voisins déchirés par la guerre ou dépourvus de ressources naturelles.
« Les gens sont pauvres. Ils travaillent sans relâche, mais leur salaire ne suffit pas. Pour nous, chauffeurs de taxi, le prix de l’essence est trop élevé. Moi aussi, j’ai décidé de me mettre en grève », a indiqué Mamadou Chérif Diallo, qui travaille à Conakry, une ville délabrée construite sur une presqu’île où vit un quart de la population.
Mardi dernier, de jeunes grévistes qui jetaient des pierres sur les véhicules en circulation pour tenter de faire respecter le mot d’ordre de grève ont pris pour cible le convoi du Président Lansana Conté. En ripostant, ses gardes du corps ont ouvert le feu et tué un passant. Soucieux d’éviter tout débordement, le gouvernement a engagé des négociations avec les syndicats pour mettre un terme au mouvement de grève.
« Nous en avons assez », a déploré M. Diallo. « Ca fait trop longtemps que ça dure. Je ne connais pas mon âge exact, mais j’ai bien plus de 25 ans. Je ne suis toujours pas marié et je ne peux pas me marier parce que je n’ai pas d’argent ».
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| Il était bien difficile de trouver un taxi sur l'avenue de la République pendant la grève |
La Guinée possède des mines de diamants, d’or, de bauxite, de fer et d’uranium ; sans parler de l’énorme potentiel agricole de ce pays où les fleuves Niger et Sénégal, les deux plus grands d’Afrique de l’ouest, prennent leur source. Malgré un revenu annuel par tête d’habitant de 2 097 dollars américains, d’après les estimations de l’ONU, la majorité de la population guinéenne vit avec moins 1 dollar par jour.
En dépit des difficultés quotidiennes auxquelles sont confrontées les Guinéens, le FMI a publié une série de rapports très optimistes sur les réformes économiques réalisées l’année dernière, ce qui permet aux ministres du gouvernement d’espérer une reprise prochaine de l’aide financière de la Banque mondiale et de l’Union européenne.
« Le gouvernement a bien réagi aux recommandations du FMI, aussi bien dans les domaines politique que technique », a indiqué Dennis Jones, le représentant pays du FMI.
« Au niveau politique par exemple, le gouvernement a procédé à la libéralisation du marché de change et accepté de mettre en place un mécanisme d’ajustement automatique du prix du pétrole ».
Sous l’impulsion du FMI, la Guinée a adopté le 1 mars 2005 un système de taux d’échange flottant qui a entraîné une dépréciation du Franc Guinéen, ce dernier ayant perdu 38 pour cent de sa valeur, par rapport à des devises comme le dollar, selon l’agence monétaire.
Dans les rues de Conakry, il n’est pas rare de rencontrer des agents de change informels avec des sachets plastiques remplis de vielles coupures de Franc guinéen qu’ils sont prêts à échanger contre une poignée de dollars ou d’Euros.
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| La mine de bauxite et l'usine d'aluminium en arrière-plan, dans la ville de Fria |
La dépréciation du Franc guinéen a eu un grand impact sur l’économie du pays, étant donné que la Guinée, en dépit de son agriculture très diversifiée, importe une grande partie du riz qu’elle consomme et qui représente l’aliment de base du pays. En conséquence, un sac de 50 kg de riz qui coûte 22 dollars n’est plus à la portée de tout le monde.
Quant aux augmentations régulières du prix de l’essence – une hausse de dix pour cent, il y a quinze jours – elles contribuent à l’aggravation de l’inflation déjà galopante qui s’établie actuellement à 28 pour cent, selon le FMI.
« Le Franc guinéen ne vaut plus rien maintenant, et les prix continuent de grimper. Les gens n’en peuvent plus », a déploré Kaba Rouguy Barry, commerçante et membre du parti d’opposition l’Union des Forces Républicaines (UFR).
« Les gens se battent pour manger tous les jours – même les jeunes filles se prostituent pour nourrir leurs familles. La société est complètement déstructurée », a-t-elle ajouté.
Bien que Mme Barry et certains leaders de l’opposition ne partagent pas les mêmes opinions, ils reconnaissent qu’il faut plus de démocratie en Guinée pour assurer le succès économique et la stabilité du pays.
« C’est la première chose qui doit changer en Guinée – et tout le reste en découle », a renchéri Mme. Barry.
Mais pour les populations durement touchées par la crise économique, plus de moyens financiers et plus de pouvoir d’achat sont les premières priorités. Et les leaders syndicaux exigent que le montant des salaires mensuels et des pensions soit multiplié par quatre.
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| Des pêcheurs réparant leurs filets au port de pêche de Conakry |
Et dans ce climat de vives tensions sociales, plusieurs leaders de l’opposition ont craint que le mécontentement des Guinéens, exprimé par le mouvement de grève général de la semaine dernière, ne dégénère en violentes manifestations populaires.
Les prochaines élections présidentielles auront lieu en 2010, mais les rumeurs sur l’état de santé du président et les risques d’instabilité du pouvoir ne peuvent être écartés, depuis la chute du Président Conte, lors d’un voyage officiel à l’étranger en 2002.
Selon certains diplomates, le président, qui est arrivé au pouvoir en 1984 à la faveur d’un coup d’état sans effusion de sang, est certes un excellent militaire, mais un piètre homme d’Etat. Il a longtemps dirigé le affaires de l’Etat comme un chef de village, en prenant personnellement des décisions et en limitant son cercle de relations à sa famille proche.
Et alors que les anciens apparatchiks se battent pour défendre leurs intérêts en protégeant, tant qu’ils peuvent leurs avantages et en bradant les ressources nationales du pays, la nouvelle génération de Guinéens à une toute autre idée de la façon dont les affaires devraient être gérées.
Sur le plan politique, le Premier ministre Cellou Dalein Diallo et le ministre de l’Intérieur Kiridi Bangoura ont le mérite d’avoir initié des réformes, ouvert des négociations avec les bailleurs de fonds et organisé des élections locales de décembre dernier.
Et même si ces quelques actions ne constituent pas un parfait exemple de bon fonctionnement de la démocratie, elles représentent un pas dans la bonne direction, ont indiqué certains diplomates.
« Je ne suis pas de la génération de la plupart des hommes politiques qui dirigent le pays aujourd’hui », a expliqué M. Bangoura au cours d’un entretien accordé à IRIN.
« Je suis né en 1963 et ceux qui dirigent ce pays sont nés dans les années 1940 et 1950. De ce point de vue, j’incarne les attentes et les expériences de ma génération ».
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| Moustapha Naite, propriétaire du cyber café Mouna |
« Ma jeunesse est un de mes meilleurs atouts », explique Moustapha Naite, 29 ans, fondateur et directeur de Mouna Internet. Après des études aux Etats-Unis, où il a refusé un emploi, il a préféré rentrer en Guinée pour créer son entreprise. Et pour montrer l’importance qu’il accorde à la jeunesse, Naite gère un bar de jeunes où aucun employé n’a plus de 35 ans.
« Il y a beaucoup à faire pour restructurer tout le système en Guinée – C’est révoltant de voir comment la politique du gouvernement est définie ou comment les décisions sont prises ; et je passe sur l’incompétence de ceux qui nous dirigent », a renchéri Naite.
« Il est temps de changer les vielles pratiques. Elles ne fonctionnement plus ».
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