« C’était aux environs de 20 H, je passais par-là, et j’ai entendu un grand bruit avec des flammes qui montaient dans le ciel et les gens couraient de toute part pour chercher refuge », explique Moussa Idrissa, un témoin joint au téléphone par IRIN.
Selon un correspondant de presse à Maradi, joint par IRIN, l’incendie s’est déclenché alors que des jeunes gens faisaient du thé à côté d’un dépôt de fûts d’essence. Un jeune homme aspergea le charbon d’une quantité d’essence, alluma du feu pour obtenir rapidement des braises et c’est à ce moment-là que s’est produit le drame.
« Le feu attaqua les tonneaux remplis d’essence. Les jeunes gens et badauds du quartier accoururent pour aider à maîtriser les flammes. Ils y parviennent dans un premier temps avant que deux tonneaux restés jusqu’ici intacts n’explosent. Les flammes ont ainsi atteint tous ceux qui étaient venus les maîtriser », explique-t-il.
A Maradi, comme à Konni, Madaoaou et dans toutes les villes frontalières du Nigeria, la vente de carburant frauduleusement introduit du Nigeria est devenue le gagne-pain de milliers de personnes.
Tout le monde consomme le carburant de contrebande. Bien qu’ils disposent de bons valeurs, les personnels des services de l’Etat, des ONG et des projets préfèrent les échanger contre de l’argent pour se procurer ce carburant vendu moins cher. Sur le marché noir, le litre d’essence de contrebande acheté à 275 au Nigeria est revendu à 425F, alors qu’il coûte 580 francs CFA (1,07 dollars américains), dans les stations-service officielles.
« Sur les grandes artères, autour des marchés, les bidons d’essence sont vendus à la criée, au vu et au su des autorités et des douaniers », explique Mamane haladou, un habitant de Maradi qui estime que les gens trouvent leur compte, car l’essence coûte excessivement cher dans les stations-service. A cause de ce trafic, beaucoup de stations-service, victimes de la concurrence, ont été contraintes de fermer.
« La plupart des responsables de ces drames sont arrêtés, d’autres sont en cavale. Une opération coup de poing est engagée dans toute la ville pour saisir le carburant entreposé dans les domiciles. Dorénavant, en relation avec la douane et la police, tous ceux qui vont contrevenir à la loi seront arrêtés », a déclaré le maire de Maradi, Idi Mallé, dont la mise en garde a été relayée par la radio nationale.
Le ministre nigérien de l’Intérieur, Mounkaila Modi s’était rendu en personne jeudi à Maradi pour évaluer les dégâts et lancer un avertissement très sévère aux fraudeurs et aux usagers.
Selon le maire de Maradi, il est pratiquement impossible qu’il y ait rupture de carburant à Maradi parce qu’il y a toujours des stocks sauvages dans les magasins frauduleux.
« Il y a énormément de jeunes commerçants qui ne vivent que de cela. Ce sont des réseaux et ces gens ont leurs fournisseurs qui se trouvent au Nigeria ».
Pour le secrétaire général de l’Association nigérienne de défense de droits des consommateurs (ADDC), Maman Nouri, ce qui s’est passé à Maradi est la conséquence d’un laisser-aller flagrant dans toutes les villes frontalières.
« La mesure immédiate c’est la reconversion de ces gens dans d’autres activités et l’Etat doit prendre des mesures pour interdire cette activité et procéder à une campagne de sensibilisation des usagers pour refuser les produits proposés», a-t-il confié à IRIN.
Dans un entretien à l’hebdomadaire gouvernemental Sahel Dimanche, le directeur général de la société nigérienne des produits pétroliers, Amadou Dioffo a indiqué en novembre dernier qu’en termes de recettes fiscales, les pertes annuelles de l’Etat dues à la contrebande d’hydrocarbures atteignent 5,5 milliards francs CFA (environ 10 millions de dollars).
Selon lui, si des mesures énergiques sont prises, la contribution du secteur pétrolier au budget de l'Etat pourrait atteindre 30 milliards francs CFA, contre moins de 20 milliards actuellement.
Interrogé sur le type de mesure à prendre pour lutter contre le phénomène, le directeur général de la SONIDEP a demandé que la vente d’essence de contrebande soit considérée comme un délit.
L'an dernier, du fait de la fraude, SONIDEP n’a vendu que 3687 m3 d'essence, contre 14185 m3 en 1998.
« Aucun effort, aucune personne, ni aucune force ne doivent être ménagés pour protéger les intérêts de l’Etat et de ses institutions », a –t-il dit.
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