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La croisade anti-corruption d'Obasanjo fait tomber de nouvelles têtes

Le président du Sénat a démissionné mardi dernier à la suite des soupçons de corruption qui pesaient sur lui. Cette démission intervient moins de 24 heures après le limogeage de la ministre du logement accusée d’avoir vendu de manière discrétionnaire à des personnalités nigérianes de somptueuses résidences appartenant à l’Etat.

En annonçant sa démission devant les sénateurs, Adolphus Wabara a déclaré : “Je quitte mes fonctions de président du Sénat pour répondre librement à toutes les accusations portées contre moi”.

"J'ai souhaité quitter mes fonctions de président du Sénat pour préserver la solennité de cette fonction", a-t-il ajouté.

La démission de Wabara était prévisible. Il avait été accusé avec d’autres députés nigérians d’avoir reçu des pots-de-vin, d’une valeur totale de 410 000 dollars, du ministre de l’éducation Fabian Osuji qui voulait faire adopter par le Parlement le budget très surévalué de son ministère.

Osuji avait été lui-même limogé le mois dernier à la suite de ces révélations.

Lundi dernier, la ministre du logement faisait les frais de la campagne énergique que mène le président Obasanjo contre la corruption au sein du gouvernement.

Mme Osomo a été limogée suite aux révélations faites dans la presse ce week-end sur la vente discrétionnaire de 207 résidences de l’Etat dans un quartier cossu de Lagos à des ministres et des personnalités du pays.

Le président Obasanjo avait immédiatement annulé la vente et limogé sa ministre en découvrant que des membres de la famille de son épouse Stella figuraient sur la liste des personnalités qui voulaient acquérir ces somptueuses résidences.

“Après les explications peu convaincantes fournies par la ministre du logement, le président a immédiatement mis fin à ses fonctions”, indique le communiqué du gouvernement.

Alors qu’Osomo quittait ses fonctions, l’ancien chef de la police du Nigeria Tafawa Balogun comparaissait lundi devant la haute cour de justice d’Abuja pour se voir notifier officiellement 70 chefs d’accusation de détournement de fonds et blanchiment d’argent d’un montant total de 13 milliards de naira (98 millions de dollars).

Balogun a reconnu toutes les charges retenues contre lui. Après trois années de service, il a démissionné précipitamment en janvier dernier de ses fonctions d’inspecteur général de la police et a été arrêté sur ordre de la commission sur les crimes financiers et économiques (EFCC).

Outre les accusations de détournement, Balogun est également inculpé d’avoir contraint un établissement financier national, la Societe Generale Bank, à lui payer 30 millions de naira (227 000 de dollars) pour éviter le retrait des agents de sécurité qui assurent la surveillance de ses filiales.

Depuis, la Banque centrale du Nigeria a décidé la fermeture de cet établissement financier en raison de son insolvabilité.

Balogun restera en détention jusqu’au 18 avril, date à laquelle la justice étudiera sa demande de mise en liberté sous caution.

Wabara est le plus haut personnage de l’Etat à faire les frais de la croisade anti-corruption menée par Obasanjo.

En tant que président du Sénat, Wabara est le troisième personnage de l’Etat. Mais la chute de ce politicien est devenue évidente depuis que le président Obasanjo l’a formellement accusé à la télévision nationale d’avoir touché des pots-de-vin.

Le coup de grâce a été porté lundi dernier lorsque les membres du parti d’Obsanjo, le People’s Democratic Party (PDP), ont exigé et obtenu la démission de Wabara. Le PDP dispose d’une majorité confortable dans les deux chambres du parlement fédéral.

Pour remplacer le président démissionnaire, le sénat a élu mardi dernier à l’unanimité Ken Nnamani, 57 ans, sénateur de l’Etat de Enugu, au sud-est du Nigeria.

Outre la ministre du logement, la vente illégale de certaines résidences du quartier chic d’Ikoyi, à Lagos, risque de faire d’autres victimes.

Sur la liste des prétendus bénéficiaires transmise de manière anonyme à Obasanjo et publiée dans plusieurs journaux nigérians figurent les noms de plusieurs ministres et gouverneurs d’Etat.

Certaines personnalités mises en cause ont publiquement clamé leur innocence, arguant qu’elles n’ont jamais fait de demande d’acquisition pour ces résidences ou qu’elles ont rejeté l’offre qui leur a été faite.

Dans le communiqué annonçant le limogeage d’Osomo, le gouvernement présentait également ses excuses aux personnes de bonne foi dont les noms figuraient sur la liste des prétendus acquéreurs.

La corruption est endémique au Nigeria, pays le plus peuplé d’Afrique et premier exportateur de pétrole du continent.

Le Nigeria compte 126 millions d’habitants et serait, selon l’index de perception de la corruption 2004 de l’organisation non-gouvernementale Transparency International, le troisième pays le plus corrompu de la planète, après le Bangladesh et Haïti.

Obasanjo a été élu président après 15 années de régime militaire au Nigeria, et depuis sa réélection en 2003, il mène une lutte implacable contre la corruption.

En janvier dernier, Obasanjo avait limogé son ministre du travail, Husseini Akwanga, accusé d’avoir perçu des pots-de-vin d’une société française qui espérait remporter le contrat de fabrication de cartes nationales d’identité.

Akwanga a été traduit en justice avec deux anciens ministres, mais le jugement a été mis en délibéré en attendant le prononcé du verdict.

Certaines voix critiquent sévèrement le gouvernement, car aucune haute personnalité n’a été condamnée ni emprisonnée pour des faits de corruption depuis qu’Obasanjo, ancien chef d’Etat militaire de 1976 à 1979, a été élu démocratiquement en 1999.



This article was produced by IRIN News while it was part of the United Nations Office for the Coordination of Humanitarian Affairs. Please send queries on copyright or liability to the UN. For more information: https://shop.un.org/rights-permissions

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