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Trois anciens chefs d’Etat militaires doivent rendre compte pour meurtres – Commission des droits de l’homme

– La commission des droits de l’homme nommée par le président Olusegun Obasanjo a conclu dans son rapport que trois anciens chefs d’Etat militaires du Nigeria sont personnellement impliqués dans des meurtres extrajudiciaires commis pendant les années passées au pouvoir.

Publié mercredi, après plus de deux années de retard, le rapport recommande qu’il soit désormais interdit à ces trois d’hommes de se présenter à la magistrature suprême.

L’une des personnalités mises en cause dans le rapport, le général Ibrahim Babangida, est un candidat potentiel à la succession d’Obasanjo lors des prochaines élections présidentielles de 2007.

Les deux autres anciens chefs militaires épinglés par le rapport de la commission, les généraux Muhammadu Buhari et Abdulsalami Abubakar, sont encore des personnalités influentes de la vie publique au Nigeria.

Bien que les trois généraux mis en cause aient tenté d’entraver les travaux de la commission et d’empêcher la publication de ses conclusions, celles-ci ont été finalement rendues publiques mercredi par une coalition de groupes de pression, le Forum de la société civile (Civil Society Forum).

La commission d’enquête a été créée par Obasanjo au lendemain de son élection en 1999 pour enquêter sur plus de trois décennies de violations des droits de l’homme entre 1966 et 1999, une période au cours de laquelle le Nigeria a souvent été dirigé par des juntes militaires.

Présidée par Chukwudifu Oputa, un juge de la cour suprême à la retraite, la commission a achevé ses travaux en 2002, mais son rapport n’a jamais été officiellement publié ni ses recommandations adoptées : quelques mois après, une décision de justice estimait que l’existence de la commission était anticonstitutionnelle.

En justifiant sa décision de publier le rapport de la commission Oputa, le Forum de la société civile a indiqué dans un communiqué que le jugement de cette cour "n’interdisait pas la publication des conclusions de la commission par des individus et des organisations non-gouvernementales dans le seul but d’informer les citoyens nigérians.”

La commission Oputa a recommandé l’ouverture d’une enquête sur le rôle présumé de Babangida dans l’assassinat en 1986 par lettre piégée de Dele Giwa, le créateur et rédacteur en chef de la revue Newswatch.

Babangida est arrivé au pouvoir en 1985 après un coup d’Etat sanglant, une année avant le meurtre du journaliste. Il a dirigé le Nigeria jusqu’en 1993 avant d’être renversé par un autre chef militaire, feu le général Sani Abacha.

La commission a aussi mis en cause le général Buhari, auteur du coup d’Etat qui a renversé en 1983 un gouvernement civil démocratiquement élu, et qui a été destitué plus tard par Babangida. La commission reproche à Buhari d’avoir fait exécuter en 1984 trois personnes suspectées de trafic de drogue.

Les trois personnes ont été passées par les armes en vertu d’un décret militaire promulgué par Buhari bien après que les délits aient été commis, indique le rapport.

“Nous recommandons que le général présente ses sincères excuses aux familles des personnes décédées”, conclut le rapport.

La commission s’en prend également à Abubakar, un autre général nommé à la tête du pays par la junte militaire après la mort d’Abacha en 1998 et qui a contribué à restaurer un régime démocratique au Nigeria en 1999.

Selon le rapport, le gouvernement d’Abubakar doit être tenu pour “responsable” de la mort en détention de Moshood Abiola, le politicien et homme d’affaires qui avait remporté les élections présidentielles de 1993 annulées par Babangida.

La commission Oputa recommande que les trois anciens chefs d’Etat militaires “soient déchus de leur droit à accéder à la magistrature suprême du Nigeria” étant donné qu’ils ont refusé de comparaître devant la commission pour répondre des chefs d’accusation retenus contre eux.

Babangida a engagé un procès pour contester les pouvoirs de la commission. Il a gagné le procès, la cour ayant prononcé l’anticonstitutionnalité de la commission.

Babangida, qui a soutenu Obasanjo lors de sa campagne aux présidentielles de 1999, se bat pour être le candidat du Parti démocratique populaire (PDP) d’Obasanjo aux élections présidentielles de 2007.

Quant à Buhari, l’un des principaux leaders de l’opposition nigériane, il a été le candidat malheureux des élections présidentielles de 2003 qui ont permis à Obasanjo de se maintenir au pouvoir pour un deuxième mandat de quatre ans.

Abubakar a souvent été l’envoyé spécial d’Obasanjo et a mené des missions de médiation au nom du Président, au Liberia, en Côte d’Ivoire et au Soudan.

Obasanjo est aussi un ancien chef d’Etat militaire. Général d’armée à la retraite, il a occupé le pouvoir de 1976 à 1979, avant de le rendre à un gouvernement civil.

Mais les gouvernements démocratiquement élus n’ont dirigé le Nigeria, pays producteur de pétrole, que pendant 15 ans au cours des 45 années d’indépendance accordée par la Grande Bretagne en 1960.

This article was produced by IRIN News while it was part of the United Nations Office for the Coordination of Humanitarian Affairs. Please send queries on copyright or liability to the UN. For more information: https://shop.un.org/rights-permissions

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