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Les femmes votent pour en finir avec les violences

De nombreuses femmes de la province du Sud Kivu ont participé aux élections qui se sont déroulées dimanche, en République démocratique du Congo (RDC), dans l’espoir de voir le futur gouvernement mettre un terme aux violences perpétrées par les groupes armés et les rebelles. «Nous avons appelé les femmes, nous les avons même suppliées d’aller voter massivement parce que c’est le moment ou jamais d’élire nos propres dirigeants, à qui nous confions la tâche de combattre l’impunité et de rétablir les droits de la femme longtemps violés», a déclaré la vice-présidente de la société civile au Sud Kivu, Agnès Kamuanya Ntumba. La violence contre les femmes, en particulier le viol, «est une réalité toute nue dans notre province. Jusqu’aujourd’hui nous enregistrons [un peu partout] des cas de violation des droits de la femme dans les campagnes et dans les forêts», a-t-elle ajouté. La RDC a été secouée pendant plusieurs années par des conflits, civils et régionaux, au cours desquels le viol massif a été utilisé comme arme de guerre par tous les belligérants, congolais ou étrangers, issus des forces armées régulières ou de groupes rebelles, qui ont combattu en RDC. Naomie Kisenyi a répondu à l’appel de la société civile. Cette Congolaise de 38 ans a été victime de ces violences : en 2003, trois hommes cagoulés, armés et en tenue civile l’ont violée et battue dans une forêt située près de Bukavu, la capitale provinciale. «Je n’arrive pas à parler de ce qui m’est arrivé, c’est tellement humiliant», a-t-elle confié dimanche alors qu’elle se trouvait dans un des bureaux de vote de Bukavu, pour le premier scrutin présidentiel et législatif démocratique depuis 1960. Un hôpital débordé par le nombre de victimes de viols Après son viol, c’est à l’hôpital Panzi de Bukavu que Naomie Kisenyi s’est rendue pour y être soignée. Elle y a suivi un long traitement. L’hôpital, qui propose des soins spéciaux aux femmes victimes de viol, est débordé : ses patientes viennent non seulement du Sud Kivu, mais également des provinces du Katanga, plus au sud, et du Nord Kivu.
[DRC] Women waiting at Panzi hospital in Bukavu, South Kivu. [Date picture taken: July 2006]
L’hôpital manque de place pour accueillir toutes les victimes de viols
«Chaque jour, nous accueillons en moyenne 10 patientes, dont certaines ont été violées à plusieurs reprises au cours des six derniers mois», a dit le docteur Denis Mukwenge-Mukengere, le directeur de l’hôpital Panzi. Bien que ce chiffre se soit stabilisé depuis le mois de janvier, l’hôpital, d’une capacité de 320 lits, a reçu 520 patients, dont 350 avaient été victimes de sévices sexuels, a-t-il expliqué. Une ONG internationale est en train de construire de nouvelles salles de soins qui permettront à l’hôpital de recevoir une centaine de patients supplémentaire. Sur les 180 patientes en consultation externe, 160 avaient été victimes de viols, a précisé le docteur Mukwenge-Mukengere. Toutes reçoivent gratuitement des soins grâce au soutien du service d'aide humanitaire de la Commission européenne (ECHO). L’aide fournie par ECHO permet également de proposer à ces femmes de subir un test de dépistage du VIH. Les femmes tombées enceintes à la suite d’un viol suivent un traitement pour prévenir la transmission du virus de la mère à l’enfant. «Toutes les femmes violées exigent elles-mêmes qu’on les dépiste parce qu’elles ont la conviction qu’elles ont été contaminées au VIH», a révélé le médecin, précisant que l’hôpital, qui dispose d’un centre de dépistage volontaire, avait évalué le taux de prévalence du VIH parmi ses patients victimes de viol à cinq pour cent. A l’échelle nationale, selon l’enquête épidémiologique menée par le Programme national de lutte contre le sida en 2005, 20 pour cent des victimes de violences sexuelles ont été infectées au VIH. Naomie Kisenyi s’est soumise à un test de dépistage du VIH lorsqu’elle est arrivée à l’hôpital, puis un autre six mois plus tard. «Dieu merci, les tests se sont révélés négatifs», a-t-elle dit. L’insécurité persiste dans les zones rurales Cette volonté des victimes de se faire dépister est encouragée par les associations de défense et de promotion des droits de la femme.
[DRC] Naomie Kisenyi, 38, after she voted on 30 July 2006 in Bukavu, capital of South Kivu Province, eastern DRC. [Date picture taken: 07/30/2006]
Naomie Kisenyi espère que son vote aidera à mettre fin aux violences contre les femmes
«Nous menons des campagnes de sensibilisation sur le VIH/SIDA et incitons toutes les femmes à se faire dépister. Mais nous sommes parfois limités parce que les voies de communication ne nous permettent pas d’atteindre les populations des zones les plus reculées», a dit Mme Kamuanya Ntumba. Dans ces zones, les milices congolaises Mai-Mai et d’autres groupes rebelles, qui ont refusé d’intégrer les rangs des forces armées ou de désarmer, continuent de terroriser les civils. «Les viols sont un phénomène qui s’est généralisé en milieu rural. Ils sont systématiques et laissent libre cours au VIH et aux IST», a dit le coordonnateur exécutif du Mouvement des universitaires pour la santé et l’environnement (MUSE), Alfred Bulakali. La Mission des Nations unies au Congo (Monuc) a indiqué que des poches d’insécurité persistaient dans le Sud Kivu, un constat qu’a fait Denis Buhendwa, un instructeur qui travaille auprès du Groupe Jérémie, une association dédiée à l’éducation civique et à la protection des droits de l’homme. «La province du Sud Kivu a été une porte d’entrée pour les personnes qui voulaient la guerre, ce qui a instauré un climat d’insécurité et d’instabilité dans l’est du pays», a-t-il expliqué. Selon les agences humanitaires présentes dans le Sud Kivu, cette province abrite entre 120 000 et 130 000 déplacés internes, dont 4 000 femmes qui ont été violées au cours des quatre derniers mois dans le Sud Kivu, où sévissent des groupes armés étrangers et des milices locales. Voter pour mettre un terme aux violences Les habitants de cette région troublée veulent donc voir dans les élections une solution à l’insécurité et aux violences sexuelles. «Nous devons miser là-dessus», a affirmé Mme Kamuanya-Ntumba. C’est pour cela que Naomie a décidé de voter. Elle espère que les nouveaux dirigeants parviendront à reprendre le contrôle de l’ensemble du territoire, puniront les violeurs et réinstaureront la paix. Pour Sylvie van den Wildenberg, porte-parole de la Monuc, «ces élections ne sont pas une fin en soi [mais] elles ouvrent une nouvelle page dans l’histoire du Congo. Elles sont importantes d’un point de vue stratégique car elles permettent de consolider la paix et la sécurité». La présence continue de gens armés dans le Sud Kivu et dans le district de l’Ituri, situé dans la province Orientale (nord-est du pays), représente un défi majeur que devra relever le nouveau gouvernement, a-t-elle souligné. Selon elle, ces actes de violence étaient «dus aux groupes étrangers actifs au Congo, mais aussi à la population civile congolaise qui tente de discréditer les forces de sécurité du pays». «Une fois que les nouveaux leaders seront désignés, des négociations régionales devront être organisées afin d’essayer de résoudre, une bonne fois pour toutes, le problème endémique de l’insécurité.»

This article was produced by IRIN News while it was part of the United Nations Office for the Coordination of Humanitarian Affairs. Please send queries on copyright or liability to the UN. For more information: https://shop.un.org/rights-permissions

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