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Retour de milliers de migrants en RDC après l’opération coup de poing de Brazzaville

A Congo-Brazzaville boat bringing back Congolese who were deported or had fled for fear of violent deportation Habibou Bangré/IRIN
Un ferry sur le fleuve qui sépare les deux Congos
Au cours du mois dernier, quelque 60 000 ressortissants de la République démocratique du Congo (RDC) ont quitté la République du Congo voisine, soit parce qu’ils ont été victimes d’expulsions musclées – pour lesquelles plusieurs policiers accusés de brutalité ont été renvoyés – soit parce qu’ils se sentaient menacés par l’opération. Ils étaient 2 600 à faire le voyage en bateau pour la seule journée du 6 mai.

Le 3 avril, Brazzaville a lancé une opération qui ciblait les délinquants et les migrants en situation irrégulière. Comme le pays se trouve juste de l’autre côté du fleuve Congo, la grande majorité des étrangers vivant en République du Congo sont originaires de la RDC. Ils sont 600 000 à y vivre de petits boulots ; marchands ambulants, éboueurs, chauffeurs ou travailleurs domestiques.

Selon un policier en poste à Ngobila Beach, en RDC, parmi les 4 000 personnes entassées quotidiennement dans les ferrys pour traverser le fleuve, certaines disent avoir des titres de séjour en règle. Plusieurs personnes ont déclaré que leurs papiers avaient été brûlés ou déchirés par les policiers du Congo-Brazzaville durant l’opération.

L’une des grandes organisations non gouvernementales de la RDC, Voix des sans Voix, a dénoncé les « traitements cruels, inhumains et dégradants » subis par les migrants, y compris les citoyens de la RDC titulaires d’un titre de séjour valide, mais qui n’ont pourtant pas échappé à ces « expulsions barbares ».

Selon un responsable de la Croix-Rouge d’une clinique mobile de Ngobila Beach, les nouveaux arrivants ont souvent des hématomes et des blessures. Il a indiqué que deux femmes avaient accouché lors de la courte traversée du fleuve, fin avril.

« Un garçon avait la gorge enflée, comme si quelqu’un avait essayé de l’étrangler. Les policiers l’avaient roué de coups et lui avaient pris son argent et son téléphone. Un autre garçon a été brûlé au fer à repasser sur le dos et le ventre », a déclaré le responsable.

Les services de police de Brazzaville ont reconnu qu’il y avait eu des dérapages au début de l’opération et ils ont annoncé le renvoi de 17 policiers sanctionnés pour leur brutalité.

D’après le compte-rendu du conseil des ministres qui s’est tenu récemment en RDC, des délégations du gouvernement de Kinshasa se sont rendues dans la capitale voisine pour protester contre toutes les expulsions illégales et les violations des droits de l’homme dont ont été victimes leurs compatriotes.

Le porte-parole du gouvernement de la RDC, Lambert Mende, citant des sources à Brazzaville, a déclaré que seules 1 000 expulsions avaient eu lieu dans les règles. « Il n’est pas impossible que beaucoup soient partis par peur d’une expulsion musclée. »

Le Haut Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR) « est en contact avec les autorités de la République du Congo pour empêcher l’expulsion de réfugiés et de demandeurs d’asile originaires de la RDC et d’autres pays », a indiqué Céline Schmitt, porte-parole de la représentation régionale du HCR en RDC.

Discrimination et insultes

Certaines personnes arrivées à Kinshasa ont dit avoir été victimes de discrimination, de représailles et d’insultes à Brazzaville.

« C’est la peur qui m’a poussée à revenir », a déclaré Carole, une commerçante de 33 ans qui faisait partie des rapatriés.

Elle a expliqué que si les violences perpétrées au début de l’opération de police avaient conduit les migrants à fuir à la hâte, sans rien prendre avec eux, les choses ont changé et certains arrivent maintenant avec des affaires, quand ils ont les moyens de payer le transport de leurs bagages.

Une fois à Beach Ngobila, ils sont emmenés par autobus dans un stade désormais bondé et dans les locaux de la mairie de Kinshasa, où ils reçoivent de l’eau et de la nourriture.

« Nous avons des cas de paludisme, de diarrhée, de maux de tête et des enfants qui présentent des signes de malnutrition », a déclaré Doris Muyembe, qui dirige la Croix-Rouge à Kinshasa. « Nous avons du mal à soigner tout le monde, car nous manquons de matériel ; il n’y a plus de médicaments disponibles », a-t-il ajouté.

Selon la Croix-Rouge, 50 pour cent des rapatriés sont originaires de la province de l’Équateur, 20 pour cent du Bas-Congo, 20 pour cent de Kinshasa, et 10 pour cent des autres régions de ce vaste pays. Certains sont retournés dans ces régions à bord d’autobus loués par le gouvernement et d’autres par leurs propres moyens.

Trouver du travail est la principale préoccupation de ceux qui reviennent. Certains ont réclamé au gouvernement l’instauration de programmes pour leur permettre de gagner décemment leur vie dans leur pays d’origine, afin qu’ils n’aient plus besoin de partir une nouvelle fois à l'étranger.

hb/am/cb-fc/amz

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