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Élections à Madagascar : un premier pas pour sortir de la pauvreté ?

A brick maker in the Madagascan capital of Antananarivo
A brick maker in the Madagascan capital of Antananarivo (Jan 2012) (Guy Oliver/IRIN)

Pour 92 pour cent de la population malgache vivant avec deux dollars ou moins par jour, les élections présidentielles du 25 octobre représentent non seulement un pas vers le retour à la démocratie, mais aussi vers le déblocage de fonds de la part des donateurs et l’annulation d’autres mesures punitives adoptées après le coup d’État.

En réponse à la mise en place du nouveau gouvernement soutenu par l’armée en mars 2009, la communauté internationale a imposé des sanctions et retiré l’aide au développement, sauf celle d’urgence, à ce pays entièrement dépendant des bailleurs de fonds. Les États-Unis ont ainsi suspendu pour Madagascar l’Africa Growth Opportunity Act (AGOA, loi sur la croissance et les possibilités économiques en Afrique) qui accorde un statut commercial préférentiel aux pays d’Afrique subsaharienne. Cette mesure a entraîné l’effondrement du secteur textile, le plus grand employeur privé du pays. Les investisseurs étrangers ont fait marche arrière et le ralentissement économique international de 2008 a fait chuter les principales exportations du pays : vanille, clous de girofle et café.

D’après la Banque mondiale, la croissance économique de 2009 était de 0,6 pour cent, une baisse fulgurante par rapport aux sept pour cent obtenus l’année précédente. Un rapport de la Banque mondiale, publié le premier février 2010, signale que le dirigeant malgache, Andry Rajoelina – qui a évincé le Président Marc Ravalomanana du pouvoir – a fait des coupes franches dans le budget des services publics estimées à 200 millions de dollars dès sa première année au pouvoir.

Un des principaux bailleurs officiels, qui a souhaité rester anonyme, a déclaré à IRIN plusieurs années après la mise en place de sanctions, que les sanctions intelligentes, notamment les restrictions de déplacement - similaires à celles imposées au Président du Zimbabwe, Robert Mugabe, et à certains membres de son gouvernement appartenant à la ZANU-PF pour non-respect des droits de l’homme – n’ont pas été envisagées, car tout le monde était persuadé que l’ensemble des sanctions entraînerait l’effondrement du gouvernement de M. Rajoelina en l’espace de « quelques mois ».

Après plus de quatre ans, l’impact humanitaire pour ce pays de plus de 20 millions d’habitants est colossal. Un rapport de la Banque mondiale de juin 2013 révèle que « l’écart entre le potentiel économique du pays [un PIB à 20 pour cent au-dessus du niveau actuel] et son développement économique réel indique que les coûts cumulés de la crise dépassent huit milliards de dollars ».

« Nous pesons les bébés et nous montrons aux mères comment cuisiner, mais nous ne pouvons rien faire quand les parents n’ont pas assez à manger »

Le retour d’un des pays les plus pauvres au monde dans le giron international et le rétablissement des accords commerciaux et de financement, ne seront déterminés que lorsque les trois élections – présidentielle, législative et locale – seront jugées libres et équitables. Les élections législatives sont programmées pour le 20 décembre et aucune date n’a encore été annoncée pour les élections locales.

Eva Palmans, conseillère électorale cadre du Centre Européen d’Appui aux Processus Électoraux (ECES), a déclaré à IRIN : « La crise a tout affecté, la santé [et] l’éducation comme les infrastructures. Les défis à relever par le nouveau gouvernement seront tellement importants et les attentes sont si grandes que les désillusions paraissent inévitables ».

Conséquences sur la nutrition

D’après un récent rapport du Programme alimentaire mondial (PAM) et de l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), un climat imprévisible et une invasion de criquets, non maîtrisée par manque de financement, ont lourdement pesé sur les récoltes de riz et de maïs de cette année. Pas moins de quatre millions de personnes - 28 pour cent des foyers en zone rurale – se sont retrouvées en état d’insécurité alimentaire. Selon les estimations, 9,6 millions de personnes supplémentaires seraient à la limite de l’insécurité alimentaire.

Dans un centre de nutrition à Carion, un village à environ 80 km à l’est d’Antananarivo, la capitale de Madagascar, l’impact sur la nutrition des enfants pauvres est attribué à divers facteurs. « Nous mangeons du riz et du manioc, mais nous n’avons pas assez de viande pour nourrir les enfants », a déclaré à IRIN Ravaoniriana Razafindramaro, 43 ans et mère de trois enfants. Son plus jeune fils a maintenant 22 mois et il pèse 9 kg. L’enfant est né prématurément et pesait 1,8 kg à sa naissance.

« Ici, les mères ne mangent pas assez et elles travaillent trop durement pendant leurs grossesses, les bébés sont donc déjà d’un poids insuffisant à la naissance », a précisé à IRIN Mavoariso Rasoazanamanana, qui travaille au centre de nutrition communautaire. « Nous pesons les bébés et nous montrons aux mères comment cuisiner, mais nous ne pouvons rien faire quand les parents n’ont pas assez à manger ».

Financé par le Fonds des Nations Unies pour l’enfance (UNICEF), le centre reçoit des équipements pour surveiller la croissance des enfants et donner des conseils sur de meilleures pratiques nutritionnelles. Cependant, comme d’autres centres disséminés sur toute l’île, il n’a pas bénéficié d’une grande partie des avantages du Mouvement pour le renforcement de la nutrition (SUN), car le gouvernement n’était pas reconnu internationalement. SUN apporte différents types d’aides allant de l’enrichissement des aliments et la supplémentation en micronutriments, au traitement de la malnutrition sévère.

« Le pays aurait pu bénéficier d’un nouvel axe de financement après être devenu membre [de SUN] en 2012 », a précisé à IRIN Nanama Simeon qui dirige le centre nutritionnel. « Actuellement, nous avons aidé à mettre en place des programmes et à mener une action de plaidoyer. Mais ces enfants auraient pu bénéficier d’une nutrition plus riche, d’un service de santé amélioré et d’un meilleur accès à des aliments de bonne qualité si le pays n’avait pas traversé une crise politique. »

Élections

Pour la première fois, les élections sont organisées par la Commission électorale nationale indépendante de la Transition (CENIT), qui coordonne le vote de sept millions d’électeurs inscrits. Il y a 20 000 bureaux de vote et 5 000 observateurs, cela représente un coût de 60 millions de dollars, dont 25 millions ont été donnés par la communauté internationale.

« Les élections ne sont qu’une partie de la solution, pas une solution en soi »

Trente-trois candidats sont inscrits sur les bulletins de vote. Andry Rajoelina et l’ancien président, Marc Ravalomanana, qui vit en exil en Afrique du Sud, ont été exclus des élections dans le cadre des négociations menées par la Communauté de développement d’Afrique australe pour un retour aux règles démocratiques dans le pays.

Mais peu importe qui obtiendra la présidence, la fragilité du pays implique que les gagnants et les perdants collaborent. « La solution dépend de ce que les deux camps feront après les élections. Une réconciliation est possible s’ils forment un gouvernement ouvert. Dans le cas contraire, ils reviendront au point de départ », a commenté Eva Palmans, observatrice électorale.

« Ces élections sont une étape nécessaire vers un ordre constitutionnel, mais les élections ne sont qu’une partie de la solution, pas une solution en soi », a-t-elle ajouté. « La crise économique pourrait même être plus vivement ressentie après les élections. La plus grande partie de l’économie fonctionne actuellement sans caractère officiel. Une fois que le FMI [Fonds monétaire international] reviendra pour aider à reconstruire l’économie, il y aura certainement des réformes économiques et même des restrictions. »

ar/go/rz-fc/amz


This article was produced by IRIN News while it was part of the United Nations Office for the Coordination of Humanitarian Affairs. Please send queries on copyright or liability to the UN. For more information: https://shop.un.org/rights-permissions

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