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L’accès aux déplacés demeure difficile dans l’État du Jonglei

A Lou Nuer youth uses a walking aid to limp through a hospital ward in Bor hospital, Bor town, Jonglei State, South Sudan, Monday, July 15, 2103. Fierce clashes between rival ethnic groups have again erupted in eastern Jonglei state, causing 144 wounded t
A Lou Nuer youth uses a walking aid to limp through a hospital ward in Bor hospital, Bor town, Jonglei State, South Sudan. (July 15, 2103) (Mackenzie Knowles-Coursin/IRIN)

Des dizaines de milliers de personnes déplacées se cachent encore dans les forêts de l’État sud-soudanais du Jonglei, où ils ont du mal à trouver de la nourriture, de l’eau et un abri. Elles ont fui leurs foyers à la suite des affrontements qui ont eu lieu en juillet dernier.

Certains ont osé retourner à Pibor, une ville lourdement militarisée, pour y chercher de la nourriture. D’autres sont restés dans la forêt, où ils sont contraints de se nourrir de fruits sauvages et de feuilles.

Le 18 août, les organisations d’aide humanitaire ont suspendu les distributions de vivres à Pibor (dont 21 000 personnes ont bénéficié) en raison de ce que le Bureau de la Coordination des Affaires Humanitaires des Nations Unies (OCHA) a appelé « l’insécurité et les mauvais traitements ». Selon les autorités locales, environ 1 000 personnes attendent que l’aide reprenne.

Les organisations revoient leurs « contraintes opérationnelles, notamment les garanties de sécurité pour les civils qui reçoivent une aide et pour les travailleurs humanitaires », a indiqué l’OCHA dans un communiqué.

À Gumuruk, une autre ville de l’État du Jonglei où quelque 10 000 personnes ayant besoin d’aide ont été enregistrées plus tôt en août, on prévoit de commencer les distributions de vivres le 29 août prochain.

À Pibor, « les gens souffrent », a dit Moses Ajak, un représentant du bureau du commissaire.

Des gens qui se sont cachés dans la forêt pendant des semaines et qui ont ensuite marché pendant des jours, voire une semaine, attendent à l’extérieur, dans la cour, pour s’enregistrer et obtenir des colis de vivres. Nombre d’entre eux n’ont rien pour se protéger des fortes pluies.

« Nous accueillons le plus de monde possible dans le bureau du commissaire pendant la nuit, mais certains sont obligés de dormir dehors », a ajouté M. Ajak.

Plus de 100 000 déplacés

Plus de 100 000 personnes sont toujours déplacées ou affectées d’une manière ou d’une autre par les violences qui ont éclaté en juillet entre les communautés Lou Nuer et Murle et les affrontements subséquents entre le gouvernement et un groupe rebelle dirigé par David Yau Yau.

Nombre d’entre eux sont hors de portée des organisations d’aide humanitaire. À Pibor, les gens qui ont quitté leur village pour venir chercher de la nourriture sont laissés à eux-mêmes au milieu des soldats ou forcés de retourner chez eux les mains vides.

« Je suis venue à Pibor quand j’ai entendu dire qu’on y distribuait des vivres », a dit Thalano Kolen, qui a fait le trajet depuis le village de Lilot avec les six enfants qu’il lui reste. Deux autres – un garçon et une petite fille – ont été tués lorsque des groupes de jeunes appartenant, selon Thalano, à l’ethnie Lou Nuer, ont attaqué le village.

« Nous avons vécu pendant des semaines dans la forêt, sans nourriture ni abri. J’ai donné aux enfants quelques fruits sauvages, mais j’ai décidé de venir ici quand ils ont eu la diarrhée. Je ne me sens pas en sécurité dans la ville avec les soldats, mais je ne peux pas rentrer au village sans nourriture », a dit Thalano.

Les déplacés sont souvent des femmes et des enfants. Les hommes se cachent dans la forêt ; selon les femmes, ils craignent d’aller en ville à cause de la présence militaire.

D’autres, comme le mari de Thalano Kolen, ont été tués dans les combats.

Les déplacés sont laissés à eux-mêmes dans une région qui demeure isolée en raison de l’insécurité et des fortes pluies.

La saison des pluies, qui transforme en boue les routes, les villages, les zones de marché et les campements de bétail, limite les mouvements et la portée des organisations d’aide humanitaire. Seul 10 pour cent de l’État de Jonglei est accessible par la route pendant les pluies.

La distribution d’aide aux personnes les plus démunies, et surtout de denrées alimentaires lourdes, est particulièrement difficile en raison des ressources aériennes limitées et de l’absence de pistes d’atterrissage utilisables.

« Les gens ont besoin de bâches de plastique pour construire leurs ‘tukuls’ [abris]. Il leur faut aussi des traitements médicaux, mais ce dont ils ont le plus besoin, c’est de la nourriture », a dit James Nyikcho, qui travaille pour une organisation non gouvernementale (ONG) locale à Pibor.

En juillet, les organisations d’aide humanitaire ont lancé des opérations de secours à Pibor et dans les villages de Dorein et de Labrab. Elles s’attendent à venir en aide à près de 30 000 habitants du comté de Pibor d’ici la fin du mois.

Des parachutages de vivres ont commencé dans le village de Gumuruk. C’est là que se trouve le seul établissement de santé du comté de Pibor, qui est géré par Médecins Sans Frontières (MSF). L’association humanitaire d’aide médicale a en effet été forcée de fermer sa clinique de Pibor en raison de l’insécurité ambiante.

Les autorités locales et les travailleurs humanitaires de Pibor ont dit qu’il était urgent que l’aide reprenne.

« Toutes les ONG sont parties après le meurtre de deux femmes par les soldats de l’APLS [Armée populaire de libération du Soudan] et le viol d’une autre femme qui arrivait en ville. J’ai entendu dire qu’il se pourrait qu’elles reviennent au début du mois de septembre, mais personne ne sait vraiment », a dit M. Ajak, du bureau du commissaire.

Pendant ce temps, des colis de vivres prêts à être distribués sont gardés sous clé dans le hangar du Programme alimentaire mondial (PAM), situé en périphérie de la ville.

Espoirs de paix

À la fin juillet, l’archevêque Daniel Deng Bul, qui préside la toute nouvelle Commission de réconciliation nationale, a appelé à l’application intégrale d’un accord de paix signé en mai 2012 par les chefs suprêmes des six communautés de l’État du Jonglei.

Dans une déclaration, M. Deng a dit que cet accord avait permis de mettre en marche un « processus de paix s’attaquant aux causes profondes », mais que M. Yau Yau l’avait ensuite fait capoter. Selon lui, « la rébellion de [David Yau Yau] contre le gouvernement central ne fait pas partie de la même dynamique que le conflit entre les communautés », mais elle pousse malgré tout ces communautés à se tourner de nouveau vers le conflit et le réarmement.

« Nous croyons que l’accord de paix de 2012 est toujours une option viable », a dit l’archevêque, qui a par ailleurs exhorté M. Yau Yau à accepter l’amnistie offerte par le président Salva Kiir.

kh/am/cb- gd/amz  


This article was produced by IRIN News while it was part of the United Nations Office for the Coordination of Humanitarian Affairs. Please send queries on copyright or liability to the UN. For more information: https://shop.un.org/rights-permissions

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