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Y aura-t-il une crise alimentaire mondiale en 2013 ?

Ihil Berenda, the wholesale grain market in Addis Ababa, Ethiopia
(Jaspreet Kindra/IRIN)

La sécheresse de l’année dernière a dévasté une grande partie des champs de maïs des États-Unis, le plus grand exportateur de cette céréale, dont le prix atteint des records.

Les experts n’ont pas prévu que l’augmentation des prix entraîne une crise de l’ampleur de celles de 2008 et 2011, lorsque le monde a été confronté à un déficit structurel en blé et en riz, deux céréales plus largement consommées. Ils s’inquiètent cependant de la capacité des plus pauvres à se nourrir.

Le prix des céréales a baissé d’à peine 2,4 pour cent, a annoncé l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) la semaine dernière, ce qui s’explique principalement par la faible demande en cette période de stagnation économique. Les prix étaient toutefois déjà élevés. Selon la FAO, le prix du blé était 20 pour cent supérieur en octobre 2012 par rapport à la même période l’année précédente.

Avec l’aide de spécialistes de l’alimentation, des derniers rapports de la FAO et du ministère de l’Agriculture américain (USDA), IRIN revient sur la situation alimentaire mondiale en 2012 et présente les perspectives pour 2013.

2013 sera-t-elle une année de crise ?

Depuis le début de 2013, la sécheresse perdure dans près de 19 pour cent du territoire des États-Unis. Dans des États agricoles comme le Kansas et l’Oklahoma, les faibles précipitations de l’automne et de l’hiver ont eu une incidence négative sur la production de blé, qui est cultivé en hiver. Certains experts estiment pourtant qu’il est trop tôt pour savoir dans quelle mesure cela risque de mettre en péril la sécurité alimentaire mondiale.

« Si les récoltes de maïs sont encore mauvaises, les prix pourraient doubler rapidement. Cela pourrait prendre encore deux ans de récoltes satisfaisantes pour que les réserves atteignent un niveau suffisant pour permettre de surmonter un choc occasionnel »

Abdolreza Abbassian, secrétaire du Groupe intergouvernemental sur les céréales de la FAO, ne s’attend pas à ce que la sécheresse aux États-Unis ait un impact important sur l’offre mondiale de blé pour l’instant. « Mais en cas de nouveau bouleversement climatique en Russie, nous pourrions avoir un problème ». Il espère avoir une image plus claire de la situation en février, début du printemps dans l’hémisphère nord, lorsque les principaux producteurs révèleront la quantité de céréales disponible à la vente.

D’autres experts portent cependant un regard différent sur la situation. « N’y a-t-il pas déjà une crise des prix des denrées alimentaires ? Les prix sont élevés. Mi-2012, lorsqu’il s’est avéré à quel point la récolte allait être mauvaise, les prix du maïs et du blé sont montés en flèche, jusqu’à plus de 50 dollars supplémentaires par tonne [...]. Les prix sont au moins deux fois plus élevés qu’avant », a dit, dans un courriel adressé à IRIN, Steve Wiggins, spécialiste du développement et de l’agriculture à l’Institut de développement d’outre-mer (Overseas Development Institute, ODI), un groupe de réflexion britannique.

Toutefois, a-t-il ajouté, « nous supposons que les agriculteurs vont cultiver de grandes surfaces et ajouter plus d’engrais ou d’autres apports pour obtenir de meilleures récoltes [...]. Dans un an, sauf en cas de mauvaises récoltes, les prix du maïs et du blé auront diminué d’au moins 50 dollars la tonne. Même le prix du riz pourrait baisser quelque peu [...]. Mais en cas de problème, la marge de manœuvre est limitée, surtout en ce qui concerne le maïs. »

L’USDA a remarqué qu’en Argentine et en Russie, les fortes précipitations avaient eu une incidence négative sur le blé et les estimations de production ont été revues à la baisse. 

Les réserves de maïs restent par ailleurs limitées. « Si les récoltes de maïs sont encore mauvaises, les prix pourraient doubler rapidement. Cela pourrait prendre encore deux ans de récoltes satisfaisantes pour que les réserves atteignent un niveau suffisant pour permettre de surmonter un choc occasionnel », a dit M. Wiggins.

Le spécialiste estime que les conséquences de la flambée des prix des denrées alimentaires de 2007-2008 ne se sont pas « complètement dissipées. Je m’attends à ce que les prix baissent un peu au cours des deux à trois prochaines années, pour la simple raison que les nombreux agriculteurs qui, dans le monde entier, n’ont pas atteint le maximum de leurs capacités doivent être motivés par les prix actuels pour chercher à obtenir des récoltes exceptionnelles. Il n’est pas si difficile d’augmenter sa production de cinq à dix pour cent si les prix sont suffisamment intéressants. Actuellement, les prix du maïs et du blé semblent très avantageux. »

Y a-t-il eu une crise en 2012 ?

Les experts s’accordent à dire qu’un choc mondial des prix des denrées alimentaires a été évité en 2012. La faible demande en céréales a participé à tirer les prix vers le bas et a permis de parer à une hausse incontrôlée.

Une nouvelle crise mondiale comme celles de 2008 et 2011 a été évitée, car le rapport entre les réserves de céréales et la demande n’était pas aussi élevé qu’à l’époque, a expliqué Christopher Barrett, professeur en économie appliquée à l’université Cornell, aux États-Unis. Les réserves de céréales disponibles dans le monde ont permis d’amortir le choc causé par la sécheresse aux États-Unis et d’autres perturbations, a-t-il ajouté.

« Par ailleurs, le maïs — céréale en cause dans la hausse des prix de 2012 — est différent du riz et du blé — qui sont respectivement à l’origine des flambées des prix de 2008 et 2011 », a-t-il expliqué. Une grande partie du maïs est en effet destiné à l’industrie et sert à produire de la nourriture pour le bétail, de l’éthanol ou du sirop. Or, les entreprises sont mieux à même de trouver des substituts que les consommateurs.

Les gouvernements des principaux pays importateurs ou exportateurs de maïs « sont moins susceptibles d’adopter des mesures comme l’interdiction des exportations de riz, en 2007-2008, ou de blé, en 2010-2011, ou comme le contrat d’approvisionnement aux Philippines en 2008 », qui avaient exacerbé ces précédentes crises, a ajouté M. Barrett.

M. Wiggins, de l’ODI, estime que « la situation ne s’est pas aggravée en 2012 parce que, par chance, la mauvaise récolte de maïs a été pratiquement le seul bouleversement de grande ampleur de l’année aux États-Unis et que les agriculteurs du reste du monde avaient prévu des récoltes exceptionnelles. La production a donc été plutôt bonne, même en tenant compte de la récolte de maïs américaine ».

L’USDA a par ailleurs signalé que des concurrents des États-Unis comme l’Ukraine s’étaient mis à vendre du maïs à moindre prix à des pays comme la Corée du Sud et le Japon, qui importent ordinairement leur maïs des États-Unis.

« La hausse des prix des denrées alimentaires n’a peut-être plus la même force d’impact qu’en 2008. Des ajustements ont eu lieu », a précisé M. Wiggins. « Dans certains pays à forte croissance, les salaires sont plus élevés qu’à l’époque, par exemple. Il y a peut-être également eu d’autres formes d’adaptation » a-t-il dit. Il a notamment cité comme exemples « les gens qui se sont mis à acheter des céréales moins coûteuses, à gaspiller moins de nourriture [et] à chercher des façons de gérer leur budget pour maintenir leur consommation de denrées de base. »

« Dans d’autres cas pourtant », a-t-il poursuivi, « je crains que la population souffre en silence. Les hausses de prix ne font plus la une des journaux et nous sombrons collectivement dans le fatalisme. »

jk/rz –ld/amz


This article was produced by IRIN News while it was part of the United Nations Office for the Coordination of Humanitarian Affairs. Please send queries on copyright or liability to the UN. For more information: https://shop.un.org/rights-permissions

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