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Dans le monde arabe, construire des réfrigérateurs pour vivre dans un four

Flash floods in different parts of Egypt caused extensive damage to homes
(IRIN)

Au cours de ces 30 dernières années, les catastrophes naturelles, y compris les évènements climatiques extrêmes, ont affecté 50 millions de personnes dans le monde arabe, selon un nouveau rapport de la Banque mondiale. Le rapport spécule sur un scénario terrifiant de hausse régulière des températures de plus de 50 degrés Celsius d’ici à la fin du siècle, ce qui pourrait engendrer une cascade de catastrophes, selon les experts.
a dit Junaid Kamal Ahmad, en charge du développement durable à la Banque mondiale.

Ce chiffre pourrait même correspondre à une importante sous-estimation. « Les coûts des dommages évoqués dans le rapport ne concernent que 17 pour cent des catastrophes, et ils ne prennent que rarement en compte les souffrances engendrées par les décès et les pertes des moyens de subsistance », a dit M. Ahmad.

Les victimes des sécheresses et des inondations représentent 98 pour cent des personnes affectées par les catastrophes liées au climat dans la région, selon le rapport.

De sombres prévisions

Les tendances à long terme du changement climatique laissent craindre le pire, selon le rapport. Les températures pourraient s’élever de 3 à 4 degrés Celsius dans le monde arabe – qui inclue les pays du Moyen-Orient, l’Afrique du Nord et la Corne de l’Afrique – d’ici à la fin du siècle. Les températures augmenteraient 1,5 fois plus vite qu’au niveau mondial, ce qui veut dire que les habitants de la région devraient supporter des températures de 54 ou 55 degrés Celsius.

L’année 2010 a été la plus chaude jamais enregistrée sur Terre depuis les premiers relevés effectués à la fin du 19ème siècle, avec des records de températures enregistrés dans 19 pays. Cinq de ces pays sont des pays arabes, comme le Koweït, où l’on a enregistré une température record de 52,6 degrés Celsius cette année-là ; ce record a été battu en 2011 avec 53,5 degrés Celsius.

C’est dans cette région que l’on retrouve les champions du monde des émissions de gaz à effet de serre par habitant : le Qatar et l’Arabie saoudite.

« Quelqu’un a dit que nous allions devoir construire des réfrigérateurs pour vivre dans un four », a lancé avec malice Rachel Kyte, Vice-présidente pour le développement durable de la Banque mondiale, lors d’une conférence de presse organisée à Doha pour l’annonce de la publication du rapport.

Les auteurs du rapport – une étude scientifique à laquelle des universitaires de la région ont participé – espèrent qu’il sera utilisé pour l’établissement du cinquième rapport d’évaluation sur le changement climatique du Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (GIEC), qui devrait être rendu public en 2013-2014.

Selon Mme Kyte, les auteurs espèrent également que le rapport alimentera les débats sur les pertes et dégâts causés par le changement climatique. Les discussions se sont bloquées lors de la Conférence des Nations Unies sur le changement climatique, qui s’est tenue à Doha dernièrement ; la question sera résolue par les dirigeants politiques, qui devaient arriver le 4 décembre.

Agriculture et eau

La hausse des températures est une mauvaise nouvelle pour l’agriculture et pour les quelque 40 pour cent de personnes dont les emplois sont liés à l’agriculture.

« Les catastrophes naturelles de ces 30 dernières années ont coûté au moins 12 milliards de dollars... Ce chiffre ne tient toutefois pas compte des pertes énormes qui s’accumulent sur une période de temps »

La région est déjà soumise à un stress hydrique extrême, mais avec la hausse des températures, on devrait enregistrer une forte diminution du volume d’eau disponible pour l’irrigation. D’ici à 2050, les eaux de ruissellement issues des précipitations, qui alimentent les rivières, devraient diminuer de 10 pour cent. Les gains de productivité agricole réalisés au cours de ces 20 dernières années pourraient enregistrer un ralentissement ou peut-être même une diminution à partir de 2050 environ.

Dans la région, l’essentiel de la production agricole provient des 10 pour cent de terres qui bénéficient d’un climat méditerranéen. Dans certains pays, l’irrigation est la seule solution pour faire pousser des cultures ; ces terres irriguées ne représentent que 2 pour cent des terres de la région, mais fournissent 17 pour cent de la production.

Urbanisation

Actuellement, 56 pour cent de la population arabe vit dans les centres urbains. Mais d’ici à 2050, cette proportion devrait atteindre 75 pour cent en raison, notamment, des sécheresses, qui ont un impact sur la migration des zones rurales vers les zones urbaines dans la région.

Les années successives de sécheresse en Syrie auraient provoqué la migration d’environ un million de personnes vers des campements sauvages autour des grandes villes.

Crues éclaires

Les habitants de la région devront non seulement faire face à une hausse des températures, mais aussi se préparer au risque accru d’inondations éclaires. Plusieurs facteurs viennent renforcer ce risque : l’augmentation du nombre d’évènements pluvieux intenses : l’omniprésence des surfaces en béton, qui n’absorbent pas l’eau ; les réseaux d’évacuation inadaptés et encombrés ; et l’augmentation des constructions dans des zones de faible altitude et les oueds.

L’impact des crues éclaires se fait de plus en plus ressentir. Depuis 2000, le nombre d’habitants de la région affectés par les crues éclaires a augmenté de 500 000 personnes, soit cinq fois plus qu’au cours de la décennie précédente.

Si des mesures de renforcement de la résilience ne sont pas mises en œuvre au cours des 30 à 40 prochaines années, le changement climatique pourrait entraîner une réduction cumulative des revenus des ménages d’environ 7 pour cent en Syrie et en Tunisie, selon le rapport. Le Yémen – en raison du déclin attendu de l’agriculture – pourrait voir les revenus de ses habitants baisser de 24 pour cent.

« L’impact du conflit en Syrie, qui n’est pas abordé directement dans ce rapport, risque d’engendrer une baisse importante du niveau de vie et de compliquer les processus d’adaptation », a indiqué le rapport.

Renforcer la résilience

M. Ahmad de la Banque mondiale a dit à IRIN que les gouvernements de la région avaient commencé à poser les bonnes questions sur l’identification des populations et des régions vulnérables, et avaient commencé à parler de la résilience. Il a également indiqué que l’amélioration des capacités d’adaptation des populations n’implique pas forcément des dépenses d’argent ; les gouvernements doivent éduquer les populations sur les problèmes qui se profilent. Ils doivent également investir dans des mesures de protection sociale.

La nécessité de ces mesures était déjà reconnue. Lors d’un point de presse de la Fédération internationale des Sociétés de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge, Mohammed Mukhier, chef du département de la préparation et de l’intervention en cas de catastrophe, a indiqué que le groupe serait incapable d’obtenir les fonds nécessaires pour faire face aux nombreuses catastrophes naturelles qui augmentent en fréquence et en intensité.

jk/rz-mg/amz


This article was produced by IRIN News while it was part of the United Nations Office for the Coordination of Humanitarian Affairs. Please send queries on copyright or liability to the UN. For more information: https://shop.un.org/rights-permissions

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