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Le pouvoir des habitants des bidonvilles

Locals in the narrow streets of the Igbikisikala-Ama settlement in Port Harcourt’s waterfront shantytowns
Locals in the narrow streets of the Igbikisikala-Ama settlement in Port Harcourt’s waterfront shantytowns (Wendy Bruere/IRIN)

Il y a sept ans, le gouvernement zimbabwéen essayait d’éradiquer les établissements urbains informels dans le cadre d’une campagne appelée opération Murambatsvina (« se débarrasser de la saleté »). Aujourd’hui, la balance semble vouloir pencher du côté des sans-logis, qui aident la capitale, Harare, à mettre au point un protocole visant à améliorer leur cadre de vie.

« Le gouvernement n’a pas d’argent, alors il n’a pas d’autre choix que de nous écouter », a dit Patience Mudimu, de la fédération zimbabwéenne des sans-logis.

Ce n’est pas que par chance que la roue a tourné pour les habitants de bidonvilles du Zimbabwe et de nombreux autres pays en développement, où les quartiers informels figurent rarement dans les plans de croissance des gouvernements.

La Fédération et d’autres membres de Shack/Slum Dwellers International, un réseau d’associations créées par des habitants pauvres des villes dans 33 pays, ont eu la brillante idée d’utiliser la microfinance ou des plans d’épargne pour développer leurs propres programmes d’amélioration du cadre de vie ou acheter des terrains constructibles, qu’ils présentent ensuite aux autorités locales.

« Il faut tout d’abord garantir la propriété foncière des communautés », a dit Mme Mudimu. La fédération zimbabwéenne compte 635 plans d’épargne.

Le principe est simple. En matière de développement, les quartiers informels sont considérés comme un cauchemar et un affront à l’esthétique. « La réaction immédiate de toute autorité locale est de trouver une manière de les raser », a expliqué Ruby Papeleras, de la fédération des sans-logis des Philippines, un réseau de 161 associations de citadins pauvres. « Par conséquent, lorsque nous leur présentons des solutions et que nous montrons que nous avons les fonds pour nous développer, ils sont disposés à nous écouter. »

Mais il n’a pas été facile d’en arriver là. Et cela ne s’est pas fait rapidement. Aux Philippines, il leur a fallu 10 ans d’engagement constant pour se hisser à une position influente et se faire entendre des autorités locales. « Beaucoup d’entre nous ont tenté une démarche fondée sur les droits en manifestant pour le droit au logement, mais sans aucun succès », a dit Sonia Cadornigara de la fédération philippine.

L’approche proactive, ou participative, comme on l’appelle dans le milieu du développement, a permis à la fédération de se faire une place dans les conseils locaux du logement et les structures publiques. « Nous nous trouvons maintenant dans une position où nous en savons souvent bien plus sur les politiques gouvernementales en matière de logement que les autorités elles-mêmes et ces dernières font appel à nos conseils », a expliqué Mme Cadornigara.

Selon le Fonds des Nations Unies pour la population (UNFPA), « le monde connaît actuellement la plus grande vague de croissance urbaine de son histoire ». L’organisme prévoit que le nombre de citadins atteigne près de cinq milliards d’ici 2030. Une croissance urbaine qui devrait être plus rapide en Afrique et en Asie.

ONU-Habitat estime qu’une personne sur six vit dans des bidonvilles et que le nombre de ces habitants pourrait atteindre deux milliards d’ici 2030. L’expansion des bidonvilles a été accentuée par l’exode rural, l’augmentation rapide de la pauvreté dans les villes et le manque d’accès à un logement abordable et à un régime foncier sûr.

Regard sur l’avenir

Ces projections ont soulevé des questions et l’UNFPA précise que « cette nouvelle croissance aura principalement lieu dans les villages et les villes plus petites, qui ont moins de ressources pour répondre à l’ampleur du changement ».

Ces faits ont déjà été constatés dans des pays touchés par de fréquentes sécheresses, notamment, comme la Corne de l’Afrique et le Sahel. Diana Mitlin, économiste travaillant pour le gouvernement britannique et directrice par intérim du Groupe sur les établissements humains de l’Institut international pour l’environnement et le développement (IIED), convient que les villes plus modestes sont en pleine expansion.

Selon Mme Mitlin, les approches participatives sont de plus en plus pertinentes. Elles permettent aux habitants de s’entraider et de participer au développement de leur milieu en mettant sur pied leurs propres projets et en négociant le soutien dont ils ont besoin directement auprès de l’État et des bailleurs de fonds.

« Ces [nouvelles] institutions ont suscité l’intérêt pour leur rôle d’acteur politique. Elles peuvent ainsi participer au renforcement de la responsabilisation de l’État, notamment lorsque ces institutions forment des coalitions ou des fédérations, comme dans le cas de la fédération indienne des habitants des bidonvilles ou la fédération sud-africaine des sans-abris », a-t-elle écrit dans un article coécrit avec John Thompson, de l’IIED lui aussi.

Prendre en compte le changement climatique

Mme Mitlin a expliqué que l’IIED travaillait avec des associations d’habitants de taudis dans les pays en développement pour les aider à prendre conscience des possibilités qu’elles ont de négocier. Les chercheurs ont également découvert la capacité des groupes à réfléchir de manière stratégique, en prenant en compte certains besoins à long terme, comme la réduction des risques de catastrophes.

En juillet 2000, plus de 200 personnes avaient été tuées dans l’effondrement d’un pan d’une montagne de déchets dans la décharge de Payatas, propriété du gouvernement de Manille. Les bénévoles d’un programme communautaire de secourisme reposant sur un système d’épargne étaient parmi les premiers à répondre à la crise, a fait remarquer Mme Mitlin dans un autre article dont elle est coauteure.

L’argent du programme avait alors servi à répondre aux besoins des personnes touchées. « La crainte était que la tragédie ait un impact négatif sur le programme d’épargne. Or, au contraire, l’épargne avait atteint des niveaux record », a-t-elle ajouté. « Les dirigeants de la fédération ont ainsi eu la preuve qu’ils avaient quelque chose à offrir. Depuis 2006, la fédération a élargi ses compétences et organise et mobilise les communautés touchées par des catastrophes pour qu’elles participent à la reconstruction d’hébergements temporaires et permanents et à la réinstallation de la population. »

Au-delà de l’aide d’urgence, la fédération a donc dû se concentrer sur des projets à plus long terme comme la réinstallation des personnes touchées dans des zones moins dangereuses. Cela correspondait à son autre activité, qui consistait à obtenir des régimes de propriété foncière communautaires sûrs.

Selon Mme Mitlin, dans un contexte d’aléas climatiques et de pression sur l’eau et d’autres ressources, le modèle de Shack/Slum Dwellers International montre comment l’autonomisation peut permettre de faire en sorte que « les résultats de l’adaptation au changement climatique soient favorables aux plus pauvres, en combinant la protection contre les effets néfastes du changement climatique avec d’autres besoins des communautés en matière de développement. »

jk/he/oa-ld/amz


This article was produced by IRIN News while it was part of the United Nations Office for the Coordination of Humanitarian Affairs. Please send queries on copyright or liability to the UN. For more information: https://shop.un.org/rights-permissions

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