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La fin de la faim – Lutter lentement mais sûrement contre les drosophiles

Pendant des années, à Keur Mbir Ndao, une région du Sénégal parmi les plus riches en mangues, située 80 kilomètres à l’est de la capitale, les agriculteurs ont perdu plus de la moitié de leurs récoltes. Si certains avaient imputé leur mauvaise fortune à la colère de Dieu, les chercheurs leur ont révélé qu’une drosophile asiatique du nom de Bactrocera invadens, découverte pour la première fois au Kenya, en 2003, était à l’origine du problème.

Selon le Centre international de physiologie et d’écologie des insectes (ICIPE) de Nairobi, si ces insectes ne sont pas contrôlés, ils peuvent détruire les cultures et les économies des pays du monde entier.

D’après Sunday Ekisi, directeur du programme de ce centre sur la gestion des drosophiles d’Afrique, le secteur horticole ouest-africain est particulièrement vulnérable : « En raison de la structure fragmentée de la production fruitière, des lacunes en matière de gestion phytosanitaire [circulation transfrontalière des produits agricoles], des compétences insuffisantes en gestion et du manque de soutien de la part de l’Etat et des bailleurs de fonds, il est difficile, sinon impossible, d’éradiquer [ces insectes] ».

Selon M. Ekisi, les insectes qui se développent en Afrique peuvent se déplacer et menacer les secteurs horticoles des régions tropicales d’autres continents. En 2005, les drosophiles ont détruit jusque 40 pour cent des deux millions de tonnes de mangues cultivées en Afrique, a expliqué M. Ekisi.

« Il ne s’agit pas simplement d’une perte de récoltes, mais aussi d’une perte d’accès à des marchés d’exportation lucratifs, qui rapportent des devises [dont les pays ont] grand besoin », a poursuivi M. Ekisi.

Trois ans plus tard, selon M. Ekisi, la situation ne s’est guère améliorée. « Le taux de rejet [des produits horticoles africains] observé ces deux dernières années du fait de la Bactrocera invadens est énorme ».

Le Kenya n’est pas autorisé à exporter ses mangues ni ses avocats dans plusieurs pays. L’Ouganda exporte moins de bananes qu’auparavant. Les agrumes et les avocats ghanéens connaissent le même sort.

Selon les estimations de M. Ekisi, les insectes font perdre aux producteurs 30 à 50 pour cent de la valeur de leurs récoltes. Pour s’attaquer à ce problème, il faut adopter une approche régionale, mais avant tout, les pays devraient gérer ce problème sur leur propre territoire, a estimé M. Ekisi.


Photo: Mamadou Alpha Diallo/IRIN
Des mangues infestées par les larves de drosophiles dans la région de Casamance, dans le sud du Sénégal
Au Sénégal


Ama dou Diakhate, président de la Coopérative des producteurs de fruits et légumes de Keur Mbir Ndao, a rapporté à IRIN que les agriculteurs sénégalais avaient failli jeter l’éponge en 2005. « Les gens ne savaient pas comment lutter contre ces 'mouches' ; ils étaient prêts à baisser les bras et à s’avouer vaincus ».

En 2005, les agriculteurs sénégalais ont produit 60 000 tonnes de mangues estimées à près de 10 millions de dollars, selon le ministère de l’Agriculture. Mais les insectes ont contribué à abréger d’un mois la période des semailles, et le 15 août, les dernières mangues avaient été récoltées.

Dans un pays où plus de 25 000 personnes sont directement employées dans l’industrie de la mangue, les drosophiles menacent non seulement les fruits, mais aussi les moyens de subsistance, selon le docteur Patrick Nugawela, conseiller en développement commercial du Programme de croissance économique, financé par les Etats-Unis.

« Tout un éventail de personnes dépendent de l’industrie de la mangue ; 'la mouche de la mangue' touche tout le monde, d’un bout à l’autre de cet éventail, du producteur à l’exportateur », a-t-il dit.

Depuis 2007, le programme se bat contre l’insecte aux côtés de diverses associations commerciales comme la coopérative de Keur Mbir Ndao, dans le cadre du Projet intégré de contrôle des drosophiles, mené par le gouvernement à l’échelle nationale.

En 2006 et 2007, les producteurs ont reçu de l’aide, par le biais d’interventions pour la lutte contre les drosophiles, et les mangues ont duré jusqu’à la fin de la saison des pluies, en septembre. Ce mois supplémentaire a permis aux agriculteurs sénégalais d’empocher cinq millions de dollars de plus en vendant leur production, selon les recettes d’exportation.

En 2008, la coopérative de Keur Mbir Ndao a embauché des éducateurs pour montrer aux agriculteurs que les champs mal entretenus et les mangues en décomposition favorisaient la reproduction des insectes.


Photo: Mamadou Alpha Diallo/IRIN
Des agriculteurs en Casamance espèrent que les pièges destinés à capturer les drosophiles les aideront à protéger leurs plantations de mangues de la destruction
Ces éducateurs leur ont également montré comment attirer les insectes par des moyens simples, notamment en plantant du basilic, ou en posant des pièges confectionnés à l’aide de crème hydratante pour le visage ou de noix de muscade (des odeurs qui attirent les mouches). Enfin, ils leur ont expliqué que l’huile de neem, une huile végétale naturelle, permettait de contrôler les drosophiles.

Les mangues pour amortir la hausse des prix

En 2007, selon M. Diakhate, la prolongation de la saison de croissance a permis à certains agriculteurs de Keur Mbir Ndao d’acheter, à la fin de la récolte, une quantité de riz suffisante pour nourrir leurs familles pendant une année entière.

« Si les gens n’avaient pas la place de stocker les sacs de riz de 50 kilos, ils les laissaient au magasin, et passaient s’approvisionner mois par mois », a-t-il dit.

Parallèlement à l’augmentation mondiale des prix, le prix du riz a augmenté de 74 pour cent, au Sénégal, ces deux dernières années ; en conséquence, selon un rapport publié par le ministère de la Santé en juillet 2008, les membres de certaines communautés de ce pays, dont les populations dépendent du riz, sont désormais touchés par la malnutrition.

Jusqu’ici, en 2008, les agriculteurs interrogés par la coopérative de Keur Mbir Ndao font état, en moyenne, d’une augmentation de près de 70 pour cent de leurs revenus par rapport à l’année dernière.

Quand bien même, M. Diakhate a expliqué que les agriculteurs n’étaient plus en mesure d’acheter, comme avant, une quantité de riz suffisante pour une année entière. « Nous avons les moyens de nous approvisionner pour quelques mois seulement. C’est tout simplement trop cher, maintenant ».

Et le 7 octobre, M. Diakhate prévoyait encore que la production de mangues se poursuivrait. « Nous nous attendons à ce que cette récolte dure encore une semaine ».

Il a toutefois admis que la lutte n’avait pas encore été remportée.

« Les producteurs de mangues ne sont pas tous engagés dans ce combat. Nous perdons encore environ 15 pour cent de notre récolte. Nous devons rester vigilants. Ces 'mouches' sont intelligentes. Nous avons vu à quelle vitesse elles se reproduisaient », a-t-il noté.

Et pour être vigilant, il faut de l’argent, selon M. Ekisi de l’ICIPE : « Les investissements dans la lutte contre les drosophiles peuvent être énormes […] cela doit être un processus continu ».

pt/aj/nh/ail

This article was produced by IRIN News while it was part of the United Nations Office for the Coordination of Humanitarian Affairs. Please send queries on copyright or liability to the UN. For more information: https://shop.un.org/rights-permissions

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