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La fonte des glaces menace les moyens de subsistance

Le nombre de glaciers a baissé de 15 pour cent au Kirghizistan au cours des 30 dernières années, selon les experts kirghizes de l’environnement, et ce en raison du changement climatique.

« Le phénomène de la fonte des glaces est un problème très grave pour le Kirghizistan car les principales ressources en eau proviennent avant tout des glaciers », a expliqué à IRIN Anna Kirilenko, de l’organisation non-gouvernementale (ONG) BIOM de défense de l’environnement, à Bichkek, la capitale.

Selon Mme Kirilenko, la fonte des glaces menace les réserves d’eau. « Il s’avère qu’aujourd’hui, nous avons beaucoup d’eau, mais demain, nous en aurons peu. Il y aura certains déséquilibres ; le comportement des cours d’eau va changer. Tous les écosystèmes situés près des chaînes de montagnes seront sujets à certains changements », a-t-elle prévenu.

Selon l’International Fund for saving the Aral Sea, une organisation intergouvernementale créée par les pays d’Asie centrale pour sauver la mer d’Aral, 4,2 pour cent du territoire kirghize, soit environ 8 400 kilomètres carrés, est recouvert de glaciers.

Tobias Bolch, de l’Institut de cartographie de l’Université technique de Dresde, a mené une étude sur le recul des glaciers et l’évolution du climat dans le Tien Shan Nord, une chaîne de montagnes située le long des frontières du Kazakhstan et du Kirghizistan. Selon cette étude, la fonte des glaces dans cette zone est étroitement liée aux changements de température.

« Si entre 1960 et 1975, un petit rétrécissement des glaciers a été observé, la fonte a considérablement augmenté depuis les années 1970. La zone glaciaire a diminué de 35 à 40 pour cent », pouvait-on lire dans ce rapport, datant de 2005.


Photo: Gulnara Mambetalieva/IRIN
Au cours des 30 dernières années, 15 pour cent des glaciers du Kirghizistan ont disparu

D’après un autre rapport, publié conjointement par le Programme des Nations Unies pour l’environnement (PNUE) et le World Glacier Monitoring Service (WGMS), le 1er septembre, et intitulé Global Glacier Changes: facts and figures [Evolution mondiale des glaciers : faits et chiffres], au cours du 20e siècle, la zone glaciaire du Tien Shan aurait rétréci d’environ 25 à 35 pour cent.

Les conséquences sur l’agriculture et la sécurité alimentaire

Selon certains spécialistes, la fonte des glaces aura de lourdes conséquences sur le secteur agraire et la sécurité alimentaire. « Évidemment, la fonte des glaces se répercutera sur la vie économique et sociale du pays », a confirmé Mme Kirilenko.

Certains fermiers en ressentent déjà l’impact. « Je cultive des tomates, des concombres et des choux chaque année. Habituellement, la récolte est bonne et je gagne bien ma vie, mais cette année, il est arrivé que la rivière qui descend des montagnes ne donne pas d’eau. La récolte de cette année a été entièrement gâchée parce qu’en août, pendant près de deux semaines, il n’y a pas eu d’eau et toutes les plantes sont mortes », a déploré Asan Torobaev, un petit fermier de la ville d’Osh, dans le sud.

Selon Ryskul Usubaliev du Central-Asian Institute for Applied Geosciences (CAIAG), la répartition géographique inégale des glaciers compte parmi les facteurs qui influent sur la sécurité alimentaire. « Les régions du pays qui comptent moins de glaciers et la population la plus importante se trouveront confrontées à des pénuries d’eau pendant la période estivale d’irrigation. Certaines régions, en particulier la région ouest de la vallée de Chuy, souffrent déjà de ces pénuries », a indiqué M. Usubaliev.

Cela s’explique par le rétrécissement des glaciers dans les régions montagneuses, a-t-il précisé.

Des scénarios semblables peuvent être observés sur le versant sud de la chaîne de montagnes de Kungey Alatoo, où l’on constate une grave détérioration des glaciers. Dans cette zone, la fonte est bien plus rapide que dans d’autres régions du Kirghizistan car les glaciers sont situés sur le versant sud de l’arête, a-t-il expliqué.


Photo: IRIN
Développer des systèmes d'irrigation plus efficaces

En Asie centrale (Kirghizistan compris), selon le rapport du PNUE et du WGMS, la détérioration des glaciers s’accompagne d’une couverture de débris de plus en plus vaste aux fronts d’un grand nombre de glaciers et de la formation de lacs glaciaires. Ces poches d’eau, parfois aussi endiguées par le déplacement rapide des glaciers, risquent de se rompre, provoquant ainsi des crues soudaines dans les zones situées en aval.

Les chaînes de montagnes d’Asie centrale servent de château d’eau à des millions de personnes, selon le rapport. Les effluents glaciaires sont donc une ressource importante en eau douce dans les régions arides.

Besoin de systèmes d’irrigation efficaces

Pourtant, selon Murat Koshoev, coordinateur national du programme LIFE et du Programme de micro-financement des Nations Unies, c’est la vétusté des systèmes d’irrigation et l’exploitation inefficace des ressources actuelles en eau qui auront le plus de répercussions sur la sécurité alimentaire.

« Ces [facteurs] sont plus importants pour la sécurité alimentaire que la fonte des glaces », a-t-il indiqué à IRIN. « Nous devons faire en sorte que les systèmes d’irrigation soient plus efficaces car une grande partie des produits agricoles du Kirghizistan, surtout les céréales, sont cultivés sur des terres irriguées. Plus vite nous aurons mis en place des systèmes d’irrigation permettant une économie et une consommation réduite d’eau, mieux nous pourrons assurer notre sécurité alimentaire », a estimé M. Koshoev.

Selon les prévisions du CAIAG, si les tendances actuelles se maintiennent dans le domaine du changement climatique, environ 50 à 70 pour cent de la couverture glaciaire du Kirghizistan disparaîtra. Cela se répercutera sur le niveau des cours d’eau et, par là même, sur les réserves d’eau.

Selon M. Usubaliev, les glaciers des arêtes sud de la vallée de Fergana connaîtront un sort semblable car aujourd’hui, presque tous les glaciers qui se trouvent sur ces arêtes sont sur le point de disparaître.

« La fonte des glaces dépend du réchauffement climatique et pour enrayer ce processus, il faut prendre un certain nombre de mesures économiques. Des restrictions doivent notamment être imposées sur l’émission d’agents contaminants dans l’atmosphère ».

« Le Protocole de Kyoto des Nations Unies a été adopté dans ce but, mais malheureusement, tous les pays ne l’ont pas signé et tous ne le soutiennent pas », a rappelé M. Usubaliev.

gm+at/ar/mw/nh/ail


This article was produced by IRIN News while it was part of the United Nations Office for the Coordination of Humanitarian Affairs. Please send queries on copyright or liability to the UN. For more information: https://shop.un.org/rights-permissions

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