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Recrudescence des violences des colons contre les Palestiniens

Une recrudescence des violences perpétrées par les colons contre les Palestiniens a été observée ces dernières semaines à Hébron et aux alentours, d’après les habitants de la région et les observateurs internationaux.

« Ces régions sont des points chauds de la violence et pour nous, ce sont des zones prioritaires », a déclaré Matteo Benatti, qui dirige la délégation du Comité international de la Croix-Rouge (CICR) dans la ville.

Il faisait allusion à H2, la zone d’Hébron placée sous autorité israélienne, et au sud rural de la région, également placé, en majeure partie, sous l’autorité d’Israël, conformément aux accords signés dans les années 1990 avec les Palestiniens.

« Jour et nuit, nuit et jour, ça ne change rien, les colons nous maltraitent tout le temps », a expliqué Jamal, un réfugié palestinien d’environ 45 ans.

Au vu du passé violent de la ville et des troubles perpétuels qui y règnent, cette colonie, située au beau milieu d’une zone urbaine palestinienne, attire sans surprise les personnalités radicales, certaines venues de France ou des Etats-Unis, qui ont immigré en Israël et semblent attirées par les frictions.

Un grand nombre de colons sont armés et manient leurs fusils ouvertement, en visant les Palestiniens. « Dedans, dedans », marmonne une mère palestinienne du quartier de Wadi Hussein, en poussant ses petites filles à l’intérieur de son domicile.

Quelques instants plus tôt, des jeunes armés de la colonie de Kiryat Arba avaient lancé des pierres et des cailloux sur les enfants qui jouaient dehors, juste après la tombée de la nuit. Du haut de la colline, point stratégique, il est plus facile pour les colons de jeter des pierres sur les Palestiniens, en bas, dans la vallée.

Sliman, un jeune père de 32 ans, s’est précipité devant les enfants pour affronter les colons, son torse s’éclairant subitement de petites lumières rouges, tandis que les viseurs laser des fusils convergeaient sur lui. Encore quelques jets de pierre, quelques insultes, et les colons sont repartis.


Photo: Shabtai Gold/IRIN
Des panneaux solaires détruits par des jets de pierres

Dégâts immobiliers

Presque tous les foyers palestiniens visités par IRIN à Wadi Hussein avaient subi des dégâts récents : des réservoirs d’eau ont notamment été détruits et d’innombrables fenêtres ont été brisées.

« Je n’ai plus d’eau chaude », a expliqué Sliman, un réfugié inscrit sur les registres de l’UNRWA, l’agence des Nations Unies pour les réfugiés palestiniens. « Ils ont jeté des pierres et détruit à deux reprises mon chauffe-eau solaire et je n’ai pas les moyens de le faire réparer de nouveau ».

Le fioul domestique est très cher, a-t-il indiqué, et, en raison des restrictions de circulation imposées par Israël, il ne peut pas se rendre à Wadi Hussein en voiture ; tout doit donc être porté, et les bouteilles de gaz sont lourdes.

« Pour mes moutons, j’ai besoin de 400 kilos de fourrage chaque semaine. Chaque sac pèse 50 kilos et je les amène un par un, en les portant sur le dos », a-t-il expliqué.

De même, les Palestiniens des régions rurales disent avoir des difficultés à se rendre sur leurs terres en raison des violences.

Selon les habitants, Israël n’assure pas leur protection.

« Je vis sous l’autorité d’Israël », a expliqué Abou Feras, un Palestinien qui vit le long de la route des fidèles, qui mène de Kiryat Arba, la grande colonie située à la périphérie d’Hébron, à la petite colonie située au cœur de la ville. « J’attends des Israéliens qu’ils me protègent, qu’ils protègent ma terre, mes enfants. Ils ont une responsabilité envers moi, en tant qu’occupants », a souligné l’homme, qui a eu peur de s’exprimer sous son vrai nom.

« Si la police [israélienne] leur tombe dessus, les colons vont arrêter », a-t-il expliqué, se faisant l’écho de l’opinion des défenseurs des droits humains, comme Issa Omer, de B'tselem, une association israélienne de défense des droits humains.

Recueillir des preuves


Photo: Shabtai Gold/IRIN
Les Palestiniens se plaignent d'être les cibles de jets de pierres de la part des habitants de la colonie voisine de Kiryat Arba

B'tselem dirige un programme baptisé « Shooting Back » (Riposter), dans le cadre duquel l’association a distribué des appareils photos aux Palestiniens dans certaines régions comme Hébron ou la périphérie de Naplouse, où la violence est monnaie courante.

Elle espère ainsi recueillir autant de preuves que possible pour prouver le bien-fondé des déclarations des Palestiniens, et mieux assurer leur sécurité.

Micky Rosenfeld, porte-parole de la police, a déclaré à IRIN que les représentants des forces de l’ordre faisaient tout leur possible pour mettre fin à ces violences. Selon lui, les officiers de police ont enquêté sur les déclarations des deux camps, les colons s’étant également plaints que des individus avaient jeté des pierres sur leurs voitures, sur les routes de la région d’Hébron.

Malgré tout, les efforts de la police n’ont pas permis d’enrayer l’escalade récente des violences qui ont touché les travailleurs humanitaires, les diplomates, les enfants, les personnes âgées, les mosquées et les cérémonies de mariage, selon les habitants et les observateurs internationaux.

« D’abord, cinq colons sont arrivés », a raconté Fadi, qui a été agressé alors qu’il assistait à une cérémonie de mariage, un vendredi soir. « Puis, d’autres sont arrivés, armés de fusils. Ils nous ont frappés ».

Si les Palestiniens ont finalement réussi à s’unir pour chasser la bande de la cérémonie, ils en ont littéralement payé le prix.

« Dimanche, nous sommes allés voir la police pour nous plaindre. Apparemment, les colons ont alors, eux aussi, porté plainte contre nous, et la police nous a donné une amende de 2 000 shekels », a-t-il raconté. Cette somme équivaut à plus de 500 dollars, plus que ce que Fadi gagne en un mois.

À l’heure où les colons continuent à tenter d’occuper une partie toujours plus vaste du territoire palestinien (dans certains cas, par la force, dans d’autres, avec le soutien juridique des autorités israéliennes), il est peu probable que ces problèmes se résoudront, a estimé un habitant.

« Cet endroit est une poudrière qui ne demande qu’à exploser ; vous verrez ».

shg/ar/cb/nh/ail


This article was produced by IRIN News while it was part of the United Nations Office for the Coordination of Humanitarian Affairs. Please send queries on copyright or liability to the UN. For more information: https://shop.un.org/rights-permissions

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