Les Zimbabwéens qui ont pris l’habitude de traverser la frontière pour se procurer des produits de première nécessité ont poussé un soupir de soulagement collectif lorsque le gouvernement a décidé de suspendre les taxes d’importation prélevées sur les produits alimentaires et non-alimentaires essentiels.
Le gouvernement a levé les taxes imposées sur l’huile de cuisson, la margarine, le riz, la farine, la poudre de lavage (lessive), le sel, le savon à linge et le savon pour le corps, le dentifrice et les produits de beauté pour la peau, jusqu’à la fin de l’année 2008.
La Communauté de développement d’Afrique australe (SADC) a inauguré sa zone de libre-échange le 17 août ; dans les limites de cette zone, 85 pour cent des biens produits et vendus seront exonérés de droits de douane.
L’inflation galopante au Zimbabwe, estimée à plus de 11 millions pour cent par le gouvernement et à plus de 15 millions pour cent par les économistes indépendants, a affaibli la monnaie et provoqué des pénuries de produits alimentaires et non-alimentaires, d’énergie et de carburants.
Dès que Beauty Munhangu, 40 ans, commerçante informelle à Dzivaresekwa, une banlieue d’Harare, la capitale, a entendu que les taxes d’importation avaient été levées, elle s’est rendue à Musina, une ville frontalière d’Afrique du Sud pour renouveler son stock.
« Je n’ai pas eu beaucoup de problèmes, en rentrant d’Afrique du Sud : au début, des agents m’ont juste demandé mon permis d’importation, en me disant que la quantité de marchandises que je transportais montrait que j’importais ces marchandises à des fins commerciales, mais ils ont fini par me laisser passer ; et chose incroyable, je n’ai rien eu à payer », a-t-elle raconté à IRIN.
Innocent Makwiramiti, économiste à Harare et ancien président-directeur général de la Chambre nationale de commerce du Zimbabwe (ZNCC), a déclaré à IRIN que la levée temporaire des taxes sur certains produits de base permettrait « naturellement de soulager les consommateurs, qui peuvent maintenant acheter davantage [de produits] avec leur argent ».
« Une amélioration marquée pourrait également être observée dans les magasins, mais acheter dans ces magasins est sans doute réservé à quelques rares privilégiés, étant donné qu’ils affichent des prix prohibitifs », a-t-il indiqué.
S’approvisionner auprès de petits commerçants coûte moins cher, et Beauty Munhangu ne manque pas de clients. Elle a plusieurs épiceries de quartier à Dzivaresekwa, où le savon, le riz et l’huile de cuisson sont vendus moins cher que dans les boutiques classiques, qui affichent des prix jusqu’à trois fois plus élevés que les prix originaux.
« J’espère que [la levée temporaire des taxes d’importation] sera prolongée lorsqu’elle parviendra à son terme, en décembre », a-t-elle déclaré. « Le gouvernement ne sait que trop bien que les petits commerçants comme moi soulagent les populations face aux pénuries généralisées de produits de base, aggravées par le fait que les magasins et les grossistes ont réduit leurs opérations. Nous avons besoin de beaucoup de soutien, par le biais de politiques qui assurent le développement de nos commerces, même si ceux-ci n’ont pas été officialisés ».
Des comités d’acheteurs
Les Zimbabwéens entreprenants comme Edna Samson, 28 ans, une femme au foyer de Dzivaresekwa, tirent parti de cette levée temporaire des taxes d’importation en créant des « comités d’acheteurs », dont les membres mettent des fonds en commun pour se procurer de plus grandes quantités de produits et assurer ainsi qu’il y en ait suffisamment pour tout le monde.
« Nous profitons au maximum de cette levée temporaire. Nous avons fait équipe afin de mobiliser assez de fonds pour pouvoir acheter de gros volumes de marchandises, qui nous serviront à la maison [...] une autre membre et moi-même allons nous rendre de l’autre côté de la frontière pour acheter les marchandises », a expliqué Edna Samson à IRIN.
Une partie des fonds provient de la vente de légumes produits dans des fermes, à la périphérie d’Harare ; les membres du comité ont également dressé une liste pour s’assurer de n’être pas obligés de se priver, même après la période des fêtes de Noël.
Edna Samson espère que le gouvernement lèvera également les droits de douane imposés sur les produits non-essentiels, tels que les vêtements et autres produits ménagers.
« S’il est vrai que nous pouvons nous approvisionner en produits essentiels, le problème, c’est que de temps à autre, on doit acheter des vêtements pour les enfants et pour nous, mais les grands magasins qui les vendent affichent des prix exorbitants ».
Selon Innocent Makwiramiti, économiste, le gouvernement n’aura pas les moyens de maintenir la levée temporaire des taxes d’importation pendant longtemps, car il a « désespérément besoin de renflouer ses propres caisses en prélevant des taxes sur les produits importés ».
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