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La pauvreté force les parents à abandonner leurs enfants

Faisal, 13 ans, ne sait pas du tout pourquoi ses parents l’ont déposé dans un orphelinat bondé de Jakarta, il y a six ans, et ne sont jamais revenus. « Je pense qu’ils n’avaient pas les moyens de m’envoyer à l’école », a-t-il expliqué, en s’efforçant de se souvenir de leurs visages.

Près d’une décennie après la crise financière asiatique qui a ravagé l’Indonésie en 1997-1998, de plus en plus d’enfants connaissent un sort semblable, dû, dans bon nombre de cas, à une situation économique difficile.

Pour pallier ce problème, le ministère des Affaires sociales prévoit de créer un modèle de soutien familial qui permettra d’aider directement les familles.

« L’Etat est responsable d’autonomiser les familles. Les foyers pour enfants devraient être le dernier recours », a déclaré à IRIN Makmur Sunusi, directeur-général du ministère des Affaires sociales.

En Indonésie, seuls six pour cent des quelque 500 000 enfants confiés à des orphelinats sont réellement orphelins. Mais environ 0,6 pour cent des 85 millions d’enfants du pays finissent dans des foyers, l’un des taux les plus élevés du monde, selon Save the Children-Indonésie.

Selon les estimations, le nombre de centres d’accueil serait aujourd’hui près de cinq fois plus élevé qu’il y a 10 ans, puisque ces centres seraient désormais plus de 8 000, selon l’organisation non-gouvernementale (ONG).

D’après Florence Martin, chercheuse pour Save the Children, il s’agit là d’une tendance « alarmante », soulignée par la hausse fulgurante du prix des carburants et des denrées alimentaires. Certains parents n’ont plus les moyens de nourrir ni de scolariser leurs enfants : dès lors, au lieu de les priver d’éducation, ils se tournent vers les orphelinats.

« On ne peut pas vraiment le leur reprocher. La vie est très dure pour les Indonésiens pauvres. Ils veulent ce qu’il y a de mieux pour leurs enfants et pensent le leur offrir lorsqu’ils les placent en institution », a-t-elle expliqué.

Dans le cadre de la première étude de ce type, Florence Martin a dirigé une équipe chargée de se rendre dans 37 foyers pour enfants, situés dans six des 33 provinces de l’île.

Le ministère des Affaires sociales et le Fonds des Nations Unies pour l'enfance (UNICEF) ont co-parrainé ce projet. L’étude a permis de déterminer que ces établissements pâtissaient généralement d’un manque de fonds et de personnel qualifié, et qu’ils ne répondaient guère, voire pas du tout, aux besoins émotionnels, développementaux et psychosociaux des enfants.

« Selon l’image renvoyée par une grande majorité des foyers pour enfants inspectés, les enfants s’occupent d’eux-mêmes et les adultes s’occupent avant tout de l’établissement », ont conclu les chercheurs.

Inflation alimentaire

Bien que l’Indonésie affiche une croissance économique d’environ six pour cent par an, cela ne suffit pas à créer assez d’emplois pour les dizaines de millions de chômeurs que compte le pays. Quelque 100 millions de personnes vivent avec moins d’un dollar par jour.

Alors même que la vente des ressources naturelles et des métaux précieux indonésiens connaît un essor, bon nombre d’Indonésiens défavorisés affirment que leur vie est au contraire devenue plus difficile, ces dernières années, en raison de la hausse des prix.

Au cours des deux premiers trimestres de l’année 2008, le prix des produits les plus essentiels, à base de soja, tels que le tofu ou le tempe, une source de protéines fondamentale, a augmenté d’environ 50 pour cent, en raison de la hausse spectaculaire des prix pratiqués sur les marchés internationaux.

Le mois dernier, le gouvernement a décidé de relever le prix des carburants d’environ 30 pour cent en réaction à la hausse spectaculaire du cours du pétrole. D’après les organisations humanitaires, cette situation économique difficile a déjà plongé davantage de parents dans le désespoir financier.

« Nous avons déjà 10 enfants en liste d’attente », a indiqué Anna Ngantung, qui dirige l’orphelinat Parapattan, dans la capitale. Une hausse des placements a également été signalée dans d’autres foyers d’accueil d’Indonésie.

Pour les enfants qui ne parviennent pas à être placés en foyer d’accueil, les pensionnats musulmans sont une alternative populaire en Indonésie, le pays musulman le plus peuplé du monde. Ainsi, des millions d’enfants finissent dans quelque 14 000 « pesantren » ainsi nommés, où ils sont encore moins supervisés, à en croire Florence Martin.

Rina, 16 ans, vit à l’orphelinat Parapattan, dans la capitale, avec sa sœur et son frère cadets. Ils ont été placés ici il y a quatre ans, au décès de leur mère. Bien que leur père gagne trop peu pour subvenir à leurs besoins, la jeune fille s’estime heureuse de pouvoir recevoir une éducation.

« À la maison, la situation financière est tellement épouvantable que je n’aurais pas pu aller à l’école si j’habitais encore là-bas », a-t-elle dit.

edj/mw/nh/ail


This article was produced by IRIN News while it was part of the United Nations Office for the Coordination of Humanitarian Affairs. Please send queries on copyright or liability to the UN. For more information: https://shop.un.org/rights-permissions

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