La mise en œuvre d’un programme de distribution alimentaire de CARE International, conçu pour bénéficier à 100 000 personnes, a été retardée lorsque le gouvernement zimbabwéen a interrompu les opérations de l’organisation, qu’il accuse de mener des « activités politiques ».
CARE a pour mandat d’atténuer la pauvreté et de promouvoir la santé des communautés, en s’attachant tout particulièrement à l’émancipation de la femme.
Il s’agit d’une des plus grandes organisations non-gouvernementales (ONG) qui opèrent au Zimbabwe. Le 28 mai, elle a reçu l’ordre de suspendre ses opérations, en attendant que le gouvernement ouvre une enquête sur ses activités.
CARE a déclaré dans un communiqué qu’elle s’était « engagée à apporter des secours et une aide au développement de manière indépendante, impartiale et apolitique, en fonction des besoins, pour assurer des moyens de subsistance plus durables aux populations vulnérables, en vertu du Code de conduite des organisations non-gouvernementales et du Code d’éthique de CARE International ».
La suspension des opérations de CARE toucherait immédiatement quelque 500 000 Zimbabwéens bénéficiaires de divers projets dans le domaine de l’eau et de l’assainissement, du microcrédit, des soins à domicile pour les malades chroniques, dont une majorité sont atteints du VIH, et de l’aide aux orphelins et aux enfants vulnérables.
Kenneth Walker, responsable de communication Afrique chez CARE, a expliqué à IRIN que le lancement de ce programme de nutrition, conçu pour bénéficier à 100 000 personnes, avait été programmé pour juin 2008, le gouvernement ayant prévu que la récolte de maïs nationale serait insuffisante - il manquerait environ un million de tonnes de maïs pour couvrir les besoins du pays.
« Je ne sais pas du tout comment ils [les populations qui devaient bénéficier de l’aide alimentaire] vont se procurer de la nourriture, maintenant », a observé M. Walker.
En 2007-2008, les organismes donateurs internationaux ont fourni une aide alimentaire à 4,1 millions de personnes, soit plus d’un tiers de la population.
Des besoins accrus
En raison des graves pénuries alimentaires dont souffre le pays, conjuguées à l’aveu récent du gouvernement que seuls 13 pour cent du blé prévu pour l'hiver 2008 avait été planté, les Zimbabwéens devraient être plus nombreux à dépendre de l’aide alimentaire en 2008, et ce, plus tôt dans l’année que cela n’avait été le cas l’an passé.
Pendant la période de soudure, entre octobre 2007 et la récolte de mars 2008, CARE était responsable de fournir une aide alimentaire à près d’un million de Zimbabwéens, soit environ un quart des personnes dans le besoin.
CARE a consacré plus de 100 millions de dollars américains à l’aide au développement et aux secours d’urgence au Zimbabwe, depuis le lancement de ses opérations, en 1992.
L’organisation a expliqué qu’elle avait demandé « mais n’avait pas encore reçu, à ce jour, les détails des allégations, notamment les noms, les dates et les lieux [et qu’elle s’était] engagée à coopérer avec le gouvernement pour résoudre la situation afin que les opérations humanitaires puissent être reprises le plus rapidement possible ».
Les quelque 300 employés zimbabwéens de CARE ont été invités à « rester chez eux en attendant les instructions du gouvernement ».
Les ONG, agents des puissances occidentales
Le 3 juin, Robert Mugabe, le président du Zimbabwe, a déclaré au cours du sommet de l’Organisation des Nations Unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO) à Rome, en Italie, que les ONG étaient utilisées pour saper l’autorité de son gouvernement ZANU-PF.
« Des fonds sont envoyés aux partis de l’opposition politique, qui sont une création de l’Occident, par l’intermédiaire des organisations non-gouvernementales », a déclaré M. Mugabe. « Ces ONG financées par l’Occident utilisent également les vivres comme une arme politique avec laquelle ils mènent campagne contre le gouvernement, surtout dans les régions rurales ».
Selon un article du quotidien américain le New York Times, des représentants d’organisations humanitaires ont été convoqués par les autorités de quatre régions du Zimbabwe, qui leur ont ordonné de suspendre leurs opérations jusqu’à l’issue du deuxième tour du scrutin présidentiel, le 27 juin ; un deuxième tour qui opposera M. Mugabe à Morgan Tsvangirai, leader du Mouvement pour le changement démocratique (MDC), parti d’opposition.
Nicholas Goche, ministre zimbabwéen des Affaires sociales, a déclaré à ZimOnline, un service d’actualité en ligne, que « plusieurs autres organisations non-gouvernementales [...] seront invitées à cesser leurs opérations pendant que nous enquêtons sur leurs activités ».
S’il s’avère effectivement que des ONG ont reçu l’ordre de suspendre leurs activités, a déclaré Louise Arbour, le Haut Commissaire des Nations Unies pour les réfugiés, à la suite de son discours au sommet de la FAO à Rome, « cela serait un acte déraisonnable ».
« Priver les populations de nourriture pour des élections représenterait une extraordinaire perversion de la démocratie, et une grave violation de la loi internationale sur les droits humains », a-t-elle ajouté.
Des violences ont été signalées dans l’ensemble du pays depuis les élections municipales, législatives et présidentielles, le 29 mars, à l’issue desquelles la ZANU-PF a perdu sa majorité au Parlement depuis la première fois depuis l’indépendance du Zimbabwe par rapport à la Grande-Bretagne, en 1980.
Pallier la pénurie de maïs
Lors d’un rassemblement politique organisé le 29 mai à Shamva, dans le nord-est du Zimbabwe, à l’occasion des élections présidentielles, M. Mugabe aurait déclaré au public que 600 000 tonnes de maïs avaient été achetées à l’Afrique du Sud voisine pour pallier les pénuries alimentaires.
Au prix actuel d’environ 1 800 rands (231 dollars) par tonne de maïs blanc, une commande de 600 000 tonnes de maïs blanc coûterait au Zimbabwe environ 139 millions de dollars, sans compter les frais de transport.
Le Zimbabwe, en pleine débâcle économique, affiche un taux d’inflation annuel estimé à environ un million pour cent et souffre de graves pénuries de devises, de vivres, de carburant, d’électricité et de produits de base.
L’Afrique du Sud, en revanche, prévoit pour 2008 une récolte de maïs blanc et jaune de plus de 11 millions de tonnes, selon les négociants.
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