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Investissements agricoles – passer de la parole aux actes

Au moins sept pays (en majorité africains) sont considérés comme extrêmement vulnérables à la hausse du prix des denrées alimentaires, selon l’Organisation des Nations Unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO).

La Gambie, le Liberia, la Mauritanie, le Niger, le Zimbabwe, la Jordanie et la Moldavie, qui ont tous contracté de lourdes dettes, pourraient être contraints de consacrer pas moins de deux pour cent de leur produit intérieur brut à l’importation de vivres.

Dans la plupart de ces pays, déjà aux prises avec une insécurité alimentaire chronique, la hausse spectaculaire du prix des vivres fait planer la menace d’une instabilité politique.

Leur vulnérabilité a été soulignée mardi par Jacques Diouf, directeur général de la FAO, qui a lancé un appel passionné aux leaders mondiaux réunis à Rome, en Italie, à l’occasion d’un sommet, afin que ceux-ci consacrent la somme de 30 milliards de dollars par an à revitaliser l’agriculture et à éviter de futurs conflits alimentaires.

Inégalité

Dans son discours, prononcé à l’ouverture d’un sommet de trois jours sur la crise alimentaire mondiale, M. Diouf a souligné le niveau d’inégalité observé dans un monde où les déchets alimentaires annuels d’un seul pays atteignent 100 milliards de dollars.

« Est-il possible dans ces conditions d’expliquer aux personnes de bon sens et de bonne foi que l’on ne peut pas trouver 30 milliards de dollars par an pour permettre à 862 millions d’affamés de bénéficier du droit humain le plus fondamental, celui à la nourriture donc à la vie ? », a-t-il demandé.

Consacrer des fonds suffisants aux programmes agricoles dans les pays en voie de développement permettra « d’écarter définitivement le spectre des conflits alimentaires qui se profilent à l’horizon », a estimé M. Diouf.

En effet, a-t-il ajouté, « la solution structurelle au problème de la sécurité alimentaire dans le monde, c’est l’accroissement de la productivité et de la production dans les pays à revenu bas et à déficit vivrier ».

Pourtant, en termes réels, les fonds consacrés à l’agriculture ont diminué de 58 pour cent entre 1980 et 2005, et en 2006, des subventions de 11 à 12 milliards de dollars ont abouti au détournement de 100 millions de tonnes de céréales, soustraites à la consommation humaine, et employées « pour notamment étancher la soif de carburant des véhicules ».

Face à la hausse du prix des denrées alimentaires, qui n’ont jamais été aussi élevés depuis les années 1970, M. Diouf a appelé à mettre en place des « solutions novatrices et imaginatives », et notamment à développer des « accords de partenariat entre, d’une part, les pays qui ont des ressources financières, des capacités de gestion et des technologies et, d’autre part, ceux qui ont des terres, de l’eau et des ressources humaines ».

Apporter un soutien

Ali Gurkan, chef du service produits, analyse des politiques et prévisions de la FAO, a dit espérer que plusieurs mesures possibles seraient prises de toute urgence pour soutenir les pays vulnérables, notamment ceux qui affichent déjà des taux élevés d’insécurité alimentaire chronique, et qui importent une majorité de leurs vivres et de leur carburant.

''...Est-il possible ... d’expliquer aux personnes de bon sens et de bonne foi que l’on ne peut pas trouver 30 milliards de dollars par an pour permettre à 862 millions d’affamés de bénéficier du droit humain le plus fondamental, celui à la nourriture donc à la vie ?...''
Parmi ces mesures, on pourrait notamment envisager la mise en place d’un mécanisme mondial qui permettrait, au moins, de contenir les prix des denrées alimentaires et de fournir une aide alimentaire et monétaire.

Mais bien que la FAO reconnaisse qu’il est « particulièrement important » de renforcer les mécanismes de protection sociale des populations urbaines, le déploiement de programmes de nutrition ciblés dans des villes très peuplées pose un problème délicat.

« Bien sûr, il y a toujours un risque de dépendance à l’aide alimentaire, et on ne devrait avoir recours à l’aide alimentaire que dans le cadre des interventions d’urgence. En guise d’intervention à court terme, des intrants, tels que des semences et des engrais, devraient également être fournis aux agriculteurs, pour assurer que la production de la saison suivante est lancée », a déclaré M. Gurkan.

En Gambie, les prix des vivres ont monté en flèche, observant une hausse de plus de 50 pour cent en une année, selon Bakary Trawally, secrétaire permanent du ministère gambien de l’Agriculture. Le riz est l’aliment de base et le pays importe la majorité du riz dont il a besoin.

« Mais nous ne voulons pas d’aide alimentaire ; nous voulons des engagements financiers solides à investir dans notre secteur agricole, et de nouvelles technologies pour nous permettre d’améliorer notre rendement. Nous pouvons faire changer les choses », a-t-il déclaré à IRIN.

Partage des responsabilités

La crise alimentaire mondiale a été déclenchée par une chute de la production dans un grand nombre des principaux pays producteurs de céréales, par une consommation élevée de viande et de produits laitiers dans certains pays en pleine croissance économique tels que la Chine et l’Inde, et par le passage aux cultures consacrées à la production de biocarburant.

Les prix devraient retomber en 2009, mais ils resteront élevés au cours des 10 prochaines années, selon la FAO et l’Organisation de coopération et de développement économiques, qui soutient les principes de la démocratie et du libre-échange.

Le Government Accountability Office (GAO) des Etats-Unis a récemment publié un rapport où il critique les organisations et les bailleurs de fonds multilatéraux (y compris les Etats-Unis) pour n’avoir pas fait assez d’efforts en vue d’accroître la production vivrière en Afrique ; dans son rapport, l’organisme reproche également aux gouvernements africains de n’avoir pas investi dans l’agriculture.

En effet, bien que les dirigeants des pays d’Afrique se soient engagés en 2003 à consacrer 10 pour cent des dépenses publiques à l’agriculture, la plupart des pays du continent (à l’exception de l’Ethiopie, du Malawi, du Mali et du Burkina Faso) n’avaient pas encore atteint cet objectif en 2005.

L’écart entre la production de céréales moyenne en Afrique subsaharienne et celle du reste des pays en voie de développement s’est creusé au fil des années, la productivité atteignant à peine 40 pour cent en 2006.

« La Zambie produit par exemple environ 1 800 kilos de maïs sur un hectare de terre, tandis que la Chine en produit près de trois fois plus sur la même superficie », pouvait-on lire dans le rapport du GAO.

Outre le peu d’investissements, les taxes élevées imposées aux agriculteurs font partie des politiques qui entravent la production et aggravent l’insécurité alimentaire.

Notamment, selon le rapport du GAO, « les agriculteurs tanzaniens doivent s’acquitter d’environ 55 impôts, taxes et autres redevances pour pouvoir vendre leurs produits agricoles, soit l’équivalent de 50 pour cent du prix qu’ils en obtiennent ».

jk/oa/he/nh/ail


This article was produced by IRIN News while it was part of the United Nations Office for the Coordination of Humanitarian Affairs. Please send queries on copyright or liability to the UN. For more information: https://shop.un.org/rights-permissions

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