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Suspension des exportations de riz

La décision du gouvernement d’interdire les exportations de riz pour protéger Madagascar contre la montée des prix des denrées alimentaires dans le monde pourra apporter un soulagement temporaire, mais selon les observateurs, l’objectif d’autonomie alimentaire visé par l’île restera une chimère tant que d’autres problèmes sous-jacents ne seront pas traités.

Madagascar, une île de l’Océan Indien riche en ressources, mais sujette aux catastrophes et largement dépendante de l’aide internationale, peine depuis longtemps à couvrir ses propres besoins alimentaires.

Aujourd’hui, l’impact de la hausse du cours mondial des denrées alimentaires et de l’énergie a contraint l’Etat à annoncer qu’il « suspendait les exportations de riz pour préserver la stabilité du marché de ce produit à Madagascar ».

Cette décision visait à prévenir les troubles sociaux observés dans les pays où la hausse du prix des denrées alimentaires a eu les conséquences les plus lourdes sur les populations les plus vulnérables et les plus pauvres, a expliqué à IRIN Krystyna Bednarska, directrice pays du Programme alimentaire mondial (PAM) à Madagascar.

« Cette mesure est préventive : le prix [du riz] est stable », a déclaré Mme Bednarska, mais il existe des craintes que les prix élevés pratiqués dans le monde ne risquent d’inciter les commerçants à renoncer aux marchés locaux pour vendre leurs produits à meilleur prix à l’étranger, ce qui ferait grimper les prix en flèche sur l’île.

Selon les estimations de la Banque mondiale, les prix du riz ont augmenté de 75 pour cent dans le monde ces derniers mois. Selon Rakotovao Andriambololonirina, président de l’association des riziculteurs de Madagascar, l’île n’exporte que « des variétés de riz de luxe » ; le marché local n’est donc pas perturbé.

Madagascar, qui a déjà été le théâtre d’émeutes provoquées par le prix des vivres, est un des plus importants consommateurs mondiaux de riz par habitant.

Toute hausse, même légère, des prix au détail pratiqués dans le pays (qui vont de 0,55 dollar à 1,15 dollar le kilo, suivant la qualité du riz) aurait donc des conséquences significatives, puisque plus de 70 pour cent des Malgaches survivent avec moins d’un dollar par jour.

En avril, la Banque mondiale a averti que plus de 30 pays risquaient d’être le théâtre de troubles sociaux, dus à la hausse des prix. Des manifestations provoquées par la hausse du prix des vivres ont déjà eu lieu au Cameroun, en Ethiopie, en Haïti, au Honduras, en Indonésie, en Mauritanie, au Niger, au Pérou, aux Philippines, en Ouzbékistan et en Zambie, entre autres.

« Nous estimons qu’il s’agit d’une mesure positive [l’interdiction d’exporter], qui montre que le gouvernement malgache pense aux effets de la crise sur son pays [mais] ce ne devrait pas être la seule mesure ».

Les aliments essentiels, sauvés pour l’instant

« Nous avons recommandé au gouvernement de n’appliquer cette mesure que sur une période de temps limitée », a indiqué Mme Bednarska.


Photo: Tomas de Mul/IRIN
Des populations attendant une distribution alimentaire après le passage d'un cyclone début 2007

Madagascar a clairement fait savoir qu’il visait à devenir exportateur net de riz, et que les prix élevés du riz sur le marché mondial seraient une motivation supplémentaire à accroître la production.

Dans le cadre du programme public de réduction de la pauvreté, baptisé Plan d’action malgache, il est prévu de doubler la production de riz d’ici à 2009 et de la tripler avant 2012. L’île prévoit de produire quatre millions de tonnes de riz cette année, contre 3,7 millions de tonnes l’année dernière.

Le riz, principale culture de base, représente environ 70 pour cent de la production agricole totale, mais le pays ne parvient pas à en produire suffisamment pour couvrir ses propres besoins de consommation depuis les années 1970. Selon les estimations actuelles, le déficit s’élèverait à environ 200 000 tonnes par an.

D’après une étude publiée dernièrement par le Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD), plus de 50 pour cent des terres luxuriantes de l’île peuvent être cultivées, mais seules 10 pour cent le sont effectivement.

Si, dans cette étude, Madagascar était classé parmi les « pays à déficit alimentaire », cette qualification s’accompagnait néanmoins d’une note de bas de page, précisant que les ressources naturelles abondantes du pays pouvaient permettre de soulager une insécurité alimentaire chronique.

Madagascar va malgré tout se trouver confronté à des difficultés monumentales, s’il compte se sevrer des importations alimentaires et d’une dépendance de longue date à l’aide internationale.

Les cyclones qui s’abattent chaque année sur l’île, inondant les terres agraires et détruisant les cultures, sont en partie responsables de ces difficultés. Cette année, par exemple, Madagascar a été dévasté par les cyclones Fame et Ivan, accompagnés de vents extrêmement violents et de pluies torrentielles qui ont touché plus de 330 000 personnes, dont 190 000 ont perdu leur logement.

Et en 2007, année marquée par la saison des cyclones la plus violente observée depuis plusieurs années, six cyclones s’étaient abattus sur l’île.

Selon les estimations de Gianluca Ferrera, coordinateur national adjoint du PAM, plus de 200 000 personnes, sur une population malgache de 19 millions, seront dépendantes de l’aide alimentaire jusqu’en juin, et 100 000 habitants de la région sud, aride, auront besoin d’aide d’ici à septembre. En 2007, 700 000 Malgaches étaient dépendants de l’aide alimentaire.

Outre les cyclones, l’isolement géographique de l’île est un autre obstacle majeur.

« Là où se pratique actuellement l’agriculture de subsistance, l’agrobusiness peut fonctionner, mais le problème, c’est l’accès aux marchés », a résumé Maurice Ralaimihoatra, directeur de FYExpress, une société de fret routier. « Les fruits et légumes cultivés dans des régions qui ne sont pas reliées aux infrastructures routières ou ferroviaires ne peuvent pas être acheminés jusque dans les villes, et encore moins jusque dans les ports maritimes, pour être exportés ».

Au total, 38 pour cent de la population est mal nourrie et un enfant de moins de cinq ans sur deux souffre d’une forme de sous-nutrition.

« Sans contributions supplémentaires, le PAM sera forcé de revoir à la baisse le nombre de ses bénéficiaires », a également averti M. Ferrera.

Avec la hausse constante du prix de l’aide alimentaire et la concurrence mondiale de plus en plus acharnée que se livrent ceux qui cherchent à en obtenir, il y a lieu de s’inquiéter.

Selon M. Ferrera, un appel de fonds d’urgence a été lancé en vue de récolter 9,6 millions de dollars pour couvrir les besoins de Madagascar, mais seuls 3,5 millions de dollars ont été obtenus jusqu’ici.

nr/jh/tdm/he/nh/ail


This article was produced by IRIN News while it was part of the United Nations Office for the Coordination of Humanitarian Affairs. Please send queries on copyright or liability to the UN. For more information: https://shop.un.org/rights-permissions

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