Les tentatives des gouvernements de contrôler leurs réserves alimentaires afin de s’assurer que leurs populations aient suffisamment à manger compliquent la tâche du Programme alimentaire mondial (PAM) qui essaie de se procurer des vivres à bon prix pour aider ceux qui ont faim.
L’agence onusienne tente en effet de réduire ses frais en se procurant des vivres à l’échelle régionale, mais alors qu’elle s’efforce d’utiliser le plus judicieusement possible les fonds accordés par les bailleurs, ses efforts sont entravés par certains pays, aux prises avec une hausse sans précédent des prix des denrées alimentaires et du carburant.
Certains ont imposé des interdictions sur les exportations ou des taxes d’exportation, des mesures qui viennent contrarier les plans du PAM, qui prévoyait d’expédier plus de 100 000 tonnes de vivres.
Selon Martin Penner, porte-parole du PAM, l’agence souhaite notamment exporter 2 500 tonnes de céréales au Ghana et au Niger, depuis le Burkina Faso, qui n’a pas donné son feu vert.
L’organisation humanitaire fournit en effet des vivres à plus de 1,3 million de bénéficiaires au Ghana et à 1,6 million de personnes au Niger. Or, la hausse du prix des denrées alimentaires a donné lieu à des manifestations au Burkina Faso, où le gouvernement fait face à des pressions pour réagir à la crise.
L’organisation humanitaire a également dû reporter trois envois de vivres vers l’Afghanistan, en raison des mesures de contrôle des prix adoptées par le Pakistan, l’Iran et le Kazakhstan voisins.
Selon M. Penner, le Pakistan n’a pas encore accédé à la requête du PAM, qui a demandé, en février, l’envoi de 100 000 tonnes de blé vers l’Afghanistan ; l’Iran a imposé une taxe d’exportation de 300 000 dollars et l’agence a dû annuler un achat de 3 000 tonnes ; quant au Kazakhstan, il a interdit les exportations de blé en avril, faisant ainsi capoter un achat de 5 500 tonnes.
On ignore si la politique adoptée par le Pakistan dans le domaine de l’exportation du blé a compromis ou non l’envoi du PAM vers l’Afghanistan.
« Nous exportons du blé vers l’Afghanistan depuis plusieurs années et cela va se poursuivre pour des raisons humanitaires », mais « par les voies officielles », a déclaré un responsable du gouvernement, cité en avril dans les pages du Daily Times, un quotidien pakistanais.
Jusque 70 pour cent des quelque 26,6 millions de personnes qui vivent en Afghanistan seraient en situation d’insécurité alimentaire, selon l’Organisation des Nations Unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO), mais le prix élevé des denrées alimentaires a récemment plongé plusieurs millions de personnes de plus dans une insécurité alimentaire « à haut risque ».
Selon la Banque mondiale, les prix des denrées alimentaires ont grimpé de 83 pour cent dans le monde depuis le début de l’année 2008.
La demande croissante en viande, en lait et en biocarburants, et les sécheresses qui ont frappé les pays producteurs de céréales, tels que l’Australie, se sont répercutées sur le prix des vivres et risquent de plonger 100 millions de personnes dans une pauvreté plus abjecte encore, a averti la Banque.
Selon Catholic Relief Services, une association caritative, dans certaines régions du Niger, les familles ne font plus qu’un repas par jour ; au Burkina Faso, entre 60 et 80 pour cent du salaire minimum d’un fonctionnaire (environ 100 dollars par mois) est consacré à l’alimentation et à l’achat de carburant : un sac de riz coûte environ 35 dollars et un approvisionnement mensuel en essence peut coûter près de 30 dollars.
Une politique à courte vue
Le quotidien américain Washington Post a récemment qualifié les politiques publiques de restriction de la circulation des céréales essentielles de compréhensibles, mais « fatalement irréfléchies [...] A terme, la réduction des échanges commerciaux ne fait qu’encourager le stockage et décourager la production. Résultat : les réserves s’amenuisent et les prix grimpent ».
L’interdiction d’exporter perturbe les marchés, dont dépend largement la survie des populations pauvres, a indiqué Christopher Barrett, professeur d’économie du développement à l’université Cornell, à New York, et co-auteur de l’ouvrage Food Aid After Fifty Years: Recasting Its Role (L’Aide alimentaire, cinquante ans après : repenser son rôle).
« Les perturbations causées par le gouvernement sur ces marchés ont presque toujours un prix humanitaire lourd, en plus de l’inefficacité économique qu’elles entraînent », a-t-il dit.
L’interdiction d’exporter est une « politique non-coopérative qui rend plus pauvres encore les pays importateurs pauvres (l’Afghanistan ou les Philippines par exemple) en perturbant l’accès aux vivres et en entraînant une hausse des prix dans ces pays, pour n’obtenir qu’une baisse modique et brève des prix dans le pays qui impose l’interdiction », a-t-il ajouté.
De plus, contrôler la circulation des vivres « favorise l’émergence d’un marché parallèle, qui annule presque toujours, et relativement vite, les conséquences de l’interdiction sur les prix, de sorte qu’à terme, cette interdiction imposée sur les exportations ne fait qu’entraîner un gaspillage des ressources du gouvernement et des commerçants, et saper l’Etat de droit », selon M. Barrett.
Ces interdictions, a-t-il également observé, « compromettent la fiabilité de l’exportateur en tant que fournisseur, ce qui lui nuit à moyen-long terme car il devra proposer des prix réduits pour compenser ce manque de fiabilité ».
Le PAM s’efforce de contourner les obstacles, « en recherchant des sources alternatives et en expliquant aux gouvernements l’importance humanitaire des vivres que nous tentons d’obtenir », a indiqué M. Penner.
« L’Inde, qui a levé l’interdiction qu’elle avait imposée précédemment sur les exportations de riz, est un bon exemple de prise en compte de nos objectifs humanitaires par un gouvernement ».
Malgré l’interdiction imposée sur les exportations de riz, l’Inde a en effet permis au PAM d’acheter et d’expédier 25 410 tonnes de riz.
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