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Les enfants, victimes eux aussi des violences post-électorales

Les enfants ne sont pas épargnés par les violences post-électorales au Zimbabwe, ils en subissent eux aussi les conséquences : de nombreuses organisations qui leur venaient en aide ont dû interrompre leurs activités, selon le Fonds des Nations Unies pour l’enfance (UNICEF) au Zimbabwe.

Selon diverses informations en provenance de l’ensemble du pays, ces violences sont perpétrées par des soldats, des vétérans de la guerre et des milices fidèles au gouvernement, dirigé par la ZANU-PF.

D’après le Mouvement pour le changement démocratique (MDC), parti d’opposition, l’échec essuyé par la ZANU-PF, qui a perdu sa majorité au Parlement à la suite des élections du 29 mars, a donné lieu à la fois à des représailles contre les partisans de l’opposition et à une campagne d’intimidation, à l’approche du deuxième tour prévu du scrutin présidentiel.

A en croire le MDC, son leader a remporté les élections présidentielles à la majorité absolue, et il n’est donc pas nécessaire d’organiser un second tour. Quant à la ZANU-PF, elle soutient pour sa part qu’aucun candidat n’a atteint le nombre de voix requis.

Quoi qu’il en soit, plus d’un mois après le scrutin, les résultats des élections présidentielles n’ont pas encore été publiés.

« Toute violence contre les enfants, leurs familles et leurs communautés est une menace grave au bien-être et au développement des enfants à long terme », a rappelé à IRIN James Elder, directeur de communication au bureau de l’UNICEF au Zimbabwe.

Selon M. Elder, les « programmes habituels [de l’UNICEF] subissent actuellement les répercussions néfastes de l’impasse politique dans laquelle se trouve le pays », et son organisation a récemment contacté 27 organisations non-gouvernementales (ONG) qui mènent toutes des programmes d’aide à l’enfance et « découvert que près de la moitié avaient presque suspendu leurs activités de soutien aux enfants, en raison de leurs préoccupations face aux incertitudes actuelles ».

Aujourd’hui, a indiqué M. Elder, les chargés de programme de l’UNICEF se rendent plus souvent sur le terrain pour superviser les projets. L’organisation collabore également avec ses partenaires « pour créer un environnement sans risque et propice à la reprise, par les ONG, de tous les programmes d’aide à l’enfance ».

Ceux-ci devaient d’ailleurs permettre, en mai, de porter assistance à plus de 150 000 orphelins ; ils prévoyaient la distribution de colis destinés à assurer aux bénéficiaires une alimentation adéquate, la prestation de soins de santé et de formations éducatives, ainsi que l’approvisionnement en substances chimiques de traitement des eaux, dans les régions touchées par de graves pénuries d’eau.

Ban Ki-moon, secrétaire général des Nations Unies, a déclaré mardi, au cours d’un forum, pendant la réunion du Conseil de sécurité, que la situation humanitaire au Zimbabwe, causée par le délai observé dans l’annonce des résultats du scrutin présidentiel, et les flambées de violence qui ont été déclenchées étaient « inquiétantes ». 

''...Ces jeunes hommes m’ont dit que j’avais commis le péché d’avoir un fils qui travaillait à Harare, qualifiant tous les habitants des zones urbaines de vendus parce que la majorité du soutien dont bénéficie le MDC lui vient des villes et des bourgades. J’avais peur qu’ils m’agressent ou qu’ils me tuent, et je n’ai eu d’autre choix que de rejoindre mon fils ici [à Harare]...''
« À cause de ces violences de plus en plus sanglantes et du nombre de personnes déplacées qui fuient pour se réfugier dans d’autres régions, il y a une crise humanitaire grave », a déclaré Ban Ki-moon. Plus de 200 partisans du MDC ont été arrêtés au siège du parti, à Harare, la capitale, où ils s’étaient réfugiés après que leurs domiciles eurent été rasés, disent-ils, par les partisans de la ZANU-PF.

Wayne Bvudzijena, porte-parole de la police, a déclaré dans les pages du Herald, le quotidien officiel, que des enfants se trouvaient parmi les individus arrêtés, mais que 29 personnes avaient été relaxées le jour même des arrestations massives, « pour la plupart des femmes, des bébés et des personnes âgées ».

Nelson Chamisa, porte-parole du MDC, a qualifié cette descente dans les bureaux du MDC de « démonstration ignoble de brutalité étatique », et a demandé « quelle sorte de gouvernement piétine pêle-mêle les droits des enfants ? ».

Chassés des régions rurales

Ndatadzei Karonga, 65 ans, habitait le district de Chihota, dans la province du Mashonaland Est, à quelque 130 kilomètres au nord d’Harare ; elle a fui pour se réfugier dans la capitale avec ses trois petits-enfants (ses filles, atteintes du VIH/SIDA, étant mortes toutes deux de maladies opportunistes) après que des miliciens l’eurent accusée d’avoir un fils qui travaillait à Harare.

« Ces jeunes hommes m’ont dit que j’avais commis le péché d’avoir un fils qui travaillait à Harare, qualifiant tous les habitants des zones urbaines de vendus parce que la majorité du soutien dont bénéficie le MDC lui vient des villes et des bourgades. J’avais peur qu’ils m’agressent ou qu’ils me tuent, et je n’ai eu d’autre choix que de rejoindre mon fils ici [à Harare], parce qu’au moins, c’est plus sûr », a raconté Ndatadzei Karonga à IRIN.

Son fils célibataire vit dans une petite chambre et travaille comme barman dans la ville-dortoir de Chitungwiza, située à une trentaine de kilomètres d’Harare ; son salaire mensuel s’élève à deux milliards de dollars zimbabwéens, assez pour s’acheter neuf miches de pain.

« Les trois enfants étaient censés retourner à l’école lorsque les écoles ont rouvert pour le second semestre, mais, en raison des dernières évolutions, nous n’avons plus qu’à faire une croix sur leur éducation. Mon fils est peu rémunéré et les enfants n’ont pas de quoi manger. Ce n’est pas comme lorsque nous étions à Chihota, où j’avais mes propres réserves de nourriture, qui étaient complétées par des proches », a-t-elle expliqué.

Tendai (un nom d’emprunt), une mère célibataire de 32 ans, elle aussi victime des violences politiques, a quitté Murewa (à quelque 90 kilomètres au nord-est d’Harare) en stop, sa fillette de trois ans sur le dos, dans l’espoir d’obtenir des médicaments antirétroviraux (ARV) auprès du MDC.

« Etant séropositive, j’allais chercher mes ARV dans un centre de santé de Murewa, mais j’ai perdu mes médicaments lorsque des vétérans de la guerre et des miliciens ont incendié la maison de feu ma mère. Mon fils est aussi malade, et si on ne m’aide pas immédiatement, je risque de le perdre », a déclaré à IRIN Tendai, responsable politique de circonscription pour le MDC.

Elle a dû fuir si soudainement qu’elle n’a pas pu dire à son fils de sept ans, qui passait ses vacances à Gweru, dans la province des Midlands, de ne pas retourner chez eux, dans leur petit village.

« Je pense qu’il sera traumatisé de trouver un tas de cendres à la place de sa maison. Qui veillera à le nourrir, le laver, l’envoyer à l’école, et comment réagira-t-il en apprenant que sa mère a disparu après avoir failli se faire tuer ? ».

fm/go/he/nh/ail


This article was produced by IRIN News while it was part of the United Nations Office for the Coordination of Humanitarian Affairs. Please send queries on copyright or liability to the UN. For more information: https://shop.un.org/rights-permissions

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