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La hausse des prix, un risque de conflit – gouvernement

L’envolée du prix du riz, en 1979, avait contribué à plonger le Liberia dans le chaos, provoquant des émeutes et une crise politique qui avait abouti au coup d’Etat à l’origine de l’arrivée au pouvoir de Samuel Doe.

Aujourd’hui, selon le Programme alimentaire mondial (PAM) des Nations Unies, le Liberia compte de nouveau parmi 37 pays confrontés à une crise de la faim, causée par la hausse du prix des denrées alimentaires.

« Vu nos antécédents en matière de conflits, si nous voulons assurer la stabilité et la consolidation de la paix dans le pays, il faut que le riz soit disponible et accessible, et ce à un prix abordable », a déclaré Chris Toe, ministre de l’Agriculture.

Selon M. Toe, développer la riziculture à des fins commerciales permettrait d’empêcher que des milliers de Libériens ne soient plongés dans une pauvreté plus abjecte encore, due à l’envolée du coût de la vie.

À l’heure actuelle, le Liberia importe 90 pour cent de son riz (l’aliment de base de ses quelque 3,5 millions d’habitants) d’Asie et des Etats-Unis, bien que le pays possède des hautes terres et des basses terres fertiles et idéales pour la riziculture.

Pour éviter le scénario catastrophe, le gouvernement a indiqué qu’il avait alloué 15 000 hectares de terre à la riziculture commerciale dans le cadre d’un accord de 30 millions de dollars, destiné à dynamiser la production agroalimentaire locale et à réduire les coûts d’importation de plus en plus élevés à mesure que les prix des vivres montent en flèche dans le monde.

« D’après nos statistiques, [nous disposons] de vastes basses terres, sans doute d’une superficie de plus de 600 000 à 700 000 hectares. Et quatre pour cent seulement de cette superficie est irriguée à l’heure actuelle. La majorité des terres croupissent là, sans que rien n’en soit fait », a indiqué M. Toe.

Le gouvernement a déclaré qu’il avait conclu un accord avec African Development Aid (ADA), une organisation humanitaire financée par la Suisse, en vue de lancer la première initiative de dynamisation à grande échelle du secteur agricole national, depuis la fin de la guerre civile au Liberia.

L’accord conclu avec ADA devrait être finalisé au cours des prochaines semaines, selon M. Toe. En vertu de cet accord, environ 75 000 tonnes de riz seront produites d’ici cinq ans. La majorité de cette production sera vendue aux consommateurs libériens.

M. Toe a souligné que cela ne permettrait pas, toutefois, de satisfaire l’ensemble des besoins alimentaires de la population libérienne. La population, estimée à 3,5 millions d’habitants, consomme en effet 500 000 tonnes de riz par an.

La grande majorité du riz produit actuellement au Liberia est consommée par les petits exploitants. C’est pourquoi, selon les organisations humanitaires, à mesure que la crise alimentaire s’aggrave, les populations locales des régions rurales ont de plus en plus besoin d’avoir accès à des réserves de semences et d’être équipées de rizeries.

« Le riz est un aliment de base. Or, les populations locales sont menacées [par la crise alimentaire] parce que le riz importé est vendu à des prix quasi inabordables. [C’est pourquoi] nous sommes en train d’installer des rizeries dans les communautés rurales, à qui nous fournissons des réserves de semences. Mais ce type de projets produit très peu de riz ; pas même assez pour nourrir une famille pendant deux mois », a indiqué Peter Kiura, coordinateur de développement communautaire pour l’American Refugee Committee (ARC).

''...Vu nos antécédents en matière de conflits, si nous voulons assurer la stabilité et la consolidation de la paix dans le pays, il faut que le riz soit disponible et accessible, et ce à un prix abordable...''
M. Kiura a également expliqué que la plupart des petits paysans cultivaient du riz dans les hautes terres libériennes.

L’accord financé par la Suisse prévoit aussi la création de rizières dans les régions marécageuses situées à basse altitude. Le ministère de l’Agriculture a désigné deux sites, dans les comtés de Lofa et de Nimba, qui seront consacrés à la riziculture.

La production ne devrait toutefois pas démarrer avant la fin de la saison des pluies, en octobre. En attendant, le gouvernement a annoncé qu’il s’attacherait à juguler la crise alimentaire croissante en assurant l’accès aux importations commerciales et en sollicitant une aide alimentaire auprès de la communauté internationale.

Les partis d’opposition appellent également le gouvernement à réduire les taxes prélevées sur le riz, qui s’élèvent actuellement à deux dollars par sac.

« Si les prix continuent d’augmenter, nous devons être en mesure de nous occuper des plus vulnérables. Nous ne pouvons pas ne pas envisager l’aide alimentaire internationale », a ajouté M. Toe.

Au marché d’Old Road, dans les ruelles animées de Monrovia, Augustus Geego, vendeur de riz, a confié à IRIN qu’il avait observé une baisse significative des ventes.

« Le prix [du riz] ne cesse d’augmenter. Les gens n’ont plus les moyens de nourrir leurs familles. Il y a un an, je vendais 40 sacs par jour. Aujourd’hui, je n’en vends pas toujours 10 », a-t-il indiqué.

Un sac de 50 kilos de riz, qui permet de nourrir une famille de sept pendant deux semaines, coûte actuellement 34 dollars, soit l’équivalent du salaire mensuel moyen d’un agent de sécurité de Monrovia. Le prix d’un plat de mets épicés traditionnels, tels que le riz jollof, servi dans les restaurants traditionnels, est monté en flèche, pour atteindre environ deux dollars.

Mamie Tomar, une cliente, n’a plus les moyens, a-t-elle indiqué, d’acheter des sacs de riz entiers, et doit se procurer la précieuse denrée par demi-mesures ou l’acheter à la tasse.

« Un demi-sac dure environ une semaine ; nous vivons avec nos parents et nos enfants, alors c’est très difficile, et nous avons besoin que le prix du riz diminue. Je m’inquiète à l’idée qu’il puisse même augmenter ; nous avons nos familles, nos enfants. Ce n’est pas facile. Si le prix augmente encore, nous allons vraiment avoir des difficultés », a-t-elle déploré.

Pour amortir l’impact de la crise sur leurs portefeuilles, usés jusqu’à la trame, les populations consomment de plus en plus d’aliments de base de substitution, tels que le manioc, la patate douce, le plantain ou même les spaghetti importés.

Les populations se disent de plus en plus inquiètes à l’idée que la hausse du prix des denrées alimentaires puisse déboucher sur une instabilité et ralentir les progrès du Liberia.

Les organisations humanitaires qui opèrent à Monrovia révèlent notamment que le taux de malnutrition est en hausse. À mesure que le seuil de pauvreté évolue, les ménages dépensent moins en traitements médicaux, en loyer et en éducation.

« Les fusils se sont tus au Liberia, mais aujourd’hui, ce sont les difficultés économiques qui tuent les Libériens », a conclu Spencer Page, chauffeur de taxi.

kt/nr/nh/ail


This article was produced by IRIN News while it was part of the United Nations Office for the Coordination of Humanitarian Affairs. Please send queries on copyright or liability to the UN. For more information: https://shop.un.org/rights-permissions

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