The New Humanitarian Annual Report 2021

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Des paysans cisjordaniens sans ressources après le vol de leurs oliviers

Jamil Khader, 87 ans, a eu un choc lorsqu’il a découvert que la quasi-totalité des 1 400 oliviers plantés par ses proches parents en février avaient soudain disparu, qu’ils avaient été déracinés et dérobés.

« Il est tombé très malade lorsque je le lui ai dit. Il a été hospitalisé et a dû rester au lit pendant une semaine », a raconté à IRIN son fils Khalil, originaire de Jit, une petite ville du nord de la Cisjordanie.

La famille pense que les arbres ont été déracinés en mars, mais ils n’ont découvert le vol qu’en arrivant sur les terres, le 16 avril. En effet, l’oliveraie étant située à proximité de la colonie israélienne de Kedumim, la famille de M. Khader ne s’y rend pas régulièrement.

« Nous n’allons travailler à l’oliveraie que lorsque l’armée [israélienne] s’y trouve. J’ai peur d’y aller seul, parce que les colons m’ont déjà menacé avec leurs fusils », a confié Khalil.

Pour la famille et les travailleurs humanitaires, ce sont les colons de Kedumim qui sont responsables de la disparition des oliviers.

« Il y a eu de nombreux cas de violences contre les Palestiniens dans cette région de la Cisjordanie », a expliqué Emily Schaefer, avocate membre de l’association israélienne Yesh Din de défense des droits humains, qui se spécialise dans ce type d’affaires.

« Cela fait trois ans que nous opérons et en trois ans, pas un seul [Israélien] n’a été condamné pour avoir déraciné ou détruit les oliviers des Palestiniens », a-t-elle indiqué.

D’après ses recherches, Mme Schaefer a également dit douter que quiconque ait jamais été traduit en justice par les autorités israéliennes pour ce type de délits.


Photo: Shabtai Gold/IRIN
Khalil examine le champs de sa famille

Jamil Khader est né en 1922, à Nazareth, sur ce qui est aujourd’hui le territoire d’Israël. Au printemps 1948, alors que la première guerre israélo-arabe faisait rage, sa famille et lui-même sont devenus réfugiés. « Nous avons quitté Nazareth en n’emportant rien », s’est-il souvenu.

Officier de la police britannique pendant la Deuxième Guerre mondiale, M. Khader a rejoint les rangs des armées arabes en 1948, avant d’intégrer la police jordanienne, à l’époque où les Jordaniens dirigeaient la Cisjordanie.

Son dernier emploi lui a permis d’économiser assez d’argent pour pouvoir acquérir un terrain près de Naplouse, devenu depuis lors le bien le plus précieux de sa famille.

Une famille dont les membres sont devenus, comme d’autres, de plus en plus dépendants de l’agriculture pour vivre, les restrictions sévères imposées par Israël sur la circulation des populations les ayant privés de leurs anciens emplois de manœuvres en Israël.

Une population dépendante de l’agriculture

« Je dépends complètement de l’agriculture ; je n’ai aucun autre emploi », a indiqué Khalil, qui est lui aussi inscrit sur les registres de l’UNRWA, l’agence des Nations Unies pour les réfugiés palestiniens. « Les oliviers et les autres produits de la terre me permettent de subvenir aux besoins de ma famille, de mes frères et de leurs enfants ».

Constatant le déclin de l’économie locale, les organisations humanitaires étaient intervenues pour tenter de porter secours aux populations : sur l’ensemble des arbres disparus, 1 000 avaient été donnés à la famille par le Comité international de la Croix-Rouge (CICR).

Selon l’organisation, Jit et les villages voisins sont particulièrement vulnérables, compte tenu de leur accès limité aux terres et de leur situation géographique ; ils sont en effet proches des colonies israéliennes.


Photo: Shabtai Gold/IRIN
Au premier plan, les terres de la famille Khader. Au deuxième plan, la colonie israélienne de Kedumim

« Il est très triste de voir que les arbres de ces paysans ont une fois de plus été déracinés. Malheureusement, cela prouve bien combien la vie quotidienne est difficile pour ces populations », a commenté Helge Kvam, porte-parole du CICR à Jérusalem.

Il s’agit en effet de la quatrième fois en une décennie que les activités agricoles du village ont été entravées. Dans les années 1990, des incendiaires avaient brûlé de nombreux hectares d’oliviers. En 2005, la plupart des arbres restants avaient été détruits au cours d’une autre vague de violence.

En 2007, les Rabbins israéliens pour les droits humains avaient acheté et planté environ 500 oliviers, espérant ainsi stimuler l’économie locale. Mais au cours des quatre mois qui avaient suivi, la quasi-totalité de ces arbres avaient été détruits ou déracinés et emportés.

Maintenant que les oliviers donnés par le CICR leur ont été dérobés, les villageois ne savent que faire ni s’il leur sera possible de continuer à dépendre de l’agriculture comme moyen de subsistance, celle-ci étant déjà leur solution de secours.

En réaction à l’incident, l’armée israélienne a déclaré que celui-ci était du ressort de l’Administration civile, qui a elle-même invité IRIN à contacter la police israélienne.

Selon les propos succincts du porte-parole de la police, les Palestiniens ayant porté plainte, une enquête sera ouverte pour faire la lumière sur l’affaire ; le porte-parole a également invité IRIN à contacter l’armée.

shg/ar/cb/nh/ail


This article was produced by IRIN News while it was part of the United Nations Office for the Coordination of Humanitarian Affairs. Please send queries on copyright or liability to the UN. For more information: https://shop.un.org/rights-permissions

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