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L’accès aux céréales, un enjeu pour l’alimentation de l’Homme et des poulets

La demande en grains destinés à l’alimentation de la volaille de quelque 350 fermes avicoles industrielles de l’Etat de Kano menace la sécurité alimentaire des populations, selon certains responsables.

« Eleveurs de [volailles] et consommateurs se font la concurrence pour se procurer des céréales », a indiqué Shehu Bawa, un vétérinaire qui travaille comme consultant pour le Fonds des Nations Unies pour l’enfance (UNICEF). Pour les éleveurs de poulets, « il s’agit d’un problème de survie, car s’ils ne nourrissent pas leurs volatils, ces derniers mourront et leur affaire s’effondrera ».

C’est pour cette raison que les négociants en grains affirment avoir des difficultés à satisfaire la demande.

« La demande est si importante que nous essayons de nous procurer des grains partout où nous pouvons », a expliqué à IRIN Mohammed Abdullahi Koya, président de l’association des négociants en grains du marché de Dawanau, le plus grand marché céréalier de l’Afrique de l’Ouest, situé à Kano.

En temps normal, les céréales produites dans le nord du Nigeria sont souvent exportées vers les pays voisins, en particulier vers le Niger ; mais depuis septembre 2007, expliquent les négociants, c’est le contraire qui se produit.

« Les exportations de denrées alimentaires vers les pays voisins ont baissé », a dit M. Koya. « Au contraire, nos commerçants se rendent au Niger pour acheter des céréales aux paysans nigériens parce qu’elles sont vendues moins cher là-bas », a-t-il poursuivi.

Selon M. Koya, il est plus intéressant d’acheter des céréales au Niger parce que les paysans nigériens ont désespérément besoin de liquidité. « Les [négociants en grains nigérians] exploitent cette situation », a ajouté M. Koya.

Quoi qu’il en soit, l’alimentation de la population et des volatils accroît la demande en grains dans le nord du Nigeria. L’alimentation de la volaille se compose généralement de 32 pour cent de maïs, de 20 pour cent de tourteaux d’arachide et de soja, deux produits également consommés par l’Homme.

Les éleveurs de volailles se font également la concurrence pour avoir des grains, a expliqué M. Koya. « Ces deux derniers mois, les éleveurs rivalisent pour acheter des grains, en particulier du maïs », même si, selon lui, les mauvaises récoltes sont la principale cause de la hausse des prix des denrées alimentaires.

« Même pendant les périodes de grande consommation, la demande des éleveurs de volaille n’a jamais été un facteur déterminant dans la fixation des prix des denrées alimentaires », a-t-il souligné.

Quelles que soient les raisons, ce sont les consommateurs qui en pâtissent. Adamou Osman, un travailleur de Kano, a indiqué à IRIN que le prix actuel des céréales était « incroyable ». « En l’espace de quelques mois, les prix ont plus que doublé », a-t-il affirmé. « J’ai de plus en plus de difficultés à nourrir mes sept enfants, ma femme et moi-même ».

Le maïs, a-t-il expliqué, est l’aliment de base de sa famille et il leur faut normalement un sac de farine de maïs de 50 kilos chaque mois. « Mais ce mois-ci, je n’ai pu acheter qu’un demi sac parce que le sac de 50 kilos coûte actuellement 5 400 nairas (47 dollars américains) et je ne peux pas déduire cette somme de mon salaire mensuel de 10 000 nairas ».

Les hommes, comme les poulets, consomment des tourteaux d’arachide, ce qui a fait grimper le prix de la tonne, celle-ci étant passée ces six derniers mois de 119 dollars à 305 dollars, a expliqué à IRIN Auwalu Haruna, le porte-parole de l’association des éleveurs de poulets de Kano. Même le prix des résidus de blé, qui ne sont pas consommés par l’Homme, est passé en six mois de six dollars à 17 dollars aujourd’hui, a-t-il fait remarquer.

Hausse des prix, mais augmentation de la demande

Contrairement à la logique économique, la hausse du prix des grains pourrait entraîner une augmentation plutôt qu’une baisse de la demande en céréales ainsi qu’une baisse de la demande en volailles, a expliqué M. Bawa de l’UNICEF. « [Avec un pouvoir d’achat plus faible], les consommateurs se servent de l’argent qu’ils auraient normalement utilisé pour se procurer des œufs et des poulets pour acheter plutôt des céréales, un aliment plus indispensable pour eux ».

Aussi les éleveurs de volailles pâtissent-ils doublement de la hausse du prix des grains et de la baisse des ventes de poulets, a-t-il fait observer.

Cette dernière année, bon nombre d’éleveurs ont finalement remplacé les centaines de milliers de volatils abattus en raison de l’épidémie de grippe aviaire qui a sévi au cours des deux dernières années. Aujourd’hui, l’alimentation de la volaille étant devenue si chère, les éleveurs luttent pour maintenir leurs poulets en vie.

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This article was produced by IRIN News while it was part of the United Nations Office for the Coordination of Humanitarian Affairs. Please send queries on copyright or liability to the UN. For more information: https://shop.un.org/rights-permissions

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