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Consommer local et aider les paysans - FAO

Compter davantage sur la production locale pour réduire la facture des importations de denrées alimentaires et fournir aux paysans des intrants agricoles subventionnés pour accroître la production : voici quelques-unes des mesures annoncées par l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) pour venir en aide aux pays pauvres, dont la plupart ont vu leur facture d’importation de vivres augmenter de 74 pour cent, soit d’environ six milliards de dollars, depuis février 2008.

Dans le cadre du projet pilote visant à lutter contre la flambée des prix des denrées alimentaires (Initiative on Soaring Food Prices/ISFP), la FAO commencera par mettre en place diverses mesures à court terme : l’agence fournira notamment des engrais subventionnés pour accroître la production alimentaire au Burkina Faso, en Mauritanie et au Sénégal, trois pays africains touchés par les émeutes de la faim. Le Mozambique, le quatrième pays africain à faire partie du projet pilote de la FAO, utilisera un mélange de farine de manioc et de blé pour la fabrication du pain afin de réduire sa facture d’importation de farine de blé.

« L’initiative sera étendue à d’autres pays, dans la deuxième phase », a indiqué Liliana Balbi, économiste principale au Service mondial d’information et d’alerte rapide de la FAO. Les détails de la deuxième phase n’ont pas été annoncés.

« Les stocks céréaliers mondiaux devraient chuter à 405 millions de tonnes en 2007-08, soit 21 millions de tonnes ou cinq pour cent de moins que le niveau, déjà réduit, de l’année précédente. Il s’agira là du niveau le plus bas jamais atteint en 25 ans »
L’agence onusienne a également annoncé le lancement des Food Market Information Units (Unités d’information sur les marchés alimentaires - FMIU) aux quatre coins du monde pour surveiller, recenser et analyser les coûts des denrées alimentaires et permettre ainsi aux organisations humanitaires et aux pays d’intervenir de manière plus ciblée pour lutter contre l’insécurité alimentaire et la vulnérabilité des populations. La FAO a alloué 17 millions de dollars pour la mise en application des deux mesures.

L’envolée des cours mondiaux des céréales, des tarifs de transport et du prix du baril de pétrole a augmenté les factures d’importation des denrées alimentaires dans bon nombre de pays à faible revenu et à déficit vivrier, selon le nouveau rapport de la FAO, « Perspectives de récoltes et situation alimentaire », publié le 11 avril. Les stocks céréaliers mondiaux devraient chuter à 405 millions de tonnes en 2007-08, soit 21 millions de tonnes ou cinq pour cent de moins que le niveau, déjà réduit, de l’année précédente. Il s’agira là du niveau le plus bas jamais atteint en 25 ans.

Initiative contre la flambée des prix des denrées alimentaires

Le projet pilote de l’ISFP permettra de venir en aide aux agriculteurs vulnérables qui ne peuvent profiter de la hausse des prix – en raison d’un accès limité aux intrants agricoles – pour accroître leur production, selon Shoukri Ahmed, économiste principal à la FAO.

Au Kenya, par exemple, « la désorganisation des marchés, aggravée par les troubles politiques, a entraîné une augmentation du coût des intrants agricoles. En conséquence, environ la moitié des terres agricoles de la région nord du Rift, la principale zone productrice de maïs, ne sont pas encore prêtes pour la saison des cultures, ce mois-ci. Les agriculteurs qui se trouvent dans cette situation ont besoin d’aide », a-t-il ajouté.

La hausse des prix du carburant et des denrées alimentaires a également eu des incidences sur le coût de la production agricole : « les frais d’exploitation des champs ont augmenté, les intrants sont devenus plus chers », a expliqué M. Ahmed.

Les cours mondiaux des céréales ont continué de monter en flèche ces deux derniers mois, reflétant la demande constante et la baisse des réserves mondiales de céréales, selon le rapport de la FAO. C’est le prix du riz qui a le plus augmenté, suite aux nouvelles restrictions à l’exportation imposées dans les principaux pays exportateurs. A la fin du mois de mars, les prix du blé et du riz avaient à peu près doublé par rapport à l’année précédente, et le prix du maïs avait augmenté de plus de 30 pour cent, selon le rapport.

Malgré les efforts déployés par les gouvernements pour empêcher que le coût des denrées alimentaires dans leurs pays ne soit influencé par la hausse mondiale du prix des céréales, les denrées de base telles que le pain, le riz, les produits à base de maïs, le lait et les graines de soja sont de plus en plus chères.

La situation exige l’application de mesures alternatives, telles que l’utilisation de produits disponibles localement afin de réduire les factures d’importation de denrées alimentaires, a souligné Frans Van De Ven, représentant résident par intérim de la FAO au Mozambique.

Le Mozambique, qui importe 100 pour cent de ses besoins en farine de blé, utilisée en bonne partie pour le pain, devra désormais expérimenter la farine de manioc pour la fabrication du pain, a indiqué Tatenda Mutenga, chargé d’information de la FAO au Mozambique.

Après plusieurs études, dont une sur les préférences des consommateurs, l’agence onusienne et le gouvernement mozambicain lanceront en mai 2008, dans la province de Zambézie (centre), un projet de fabrication de pain à base d’un mélange de farine de manioc et de farine de blé.

Analyse des prix

Mais l’impact de l’envolée des prix des denrées alimentaires sur les populations vulnérables a également mis en évidence la nécessité d’une analyse plus affinée des coûts, ce qui a amené la FAO à créer les FMIU.

« L’inflation des prix des denrées alimentaires touche plus durement les populations pauvres, car dans leurs dépenses globales, la part réservée à l’alimentation est bien plus élevée que celle des populations plus riches », a indiqué Henri Josserand du Service mondial d’information et d’alerte rapide de la FAO.

« Dans les pays industrialisés, les consommateurs consacrent entre 10 et 20 pour cent de leur revenu à la nourriture, alors qu’il faut compter entre 60 et 80 pour cent dans les pays en voie de développement, dont bon nombre sont des importateurs nets de denrées alimentaires ».

En outre, les différences de taux de change, de régimes de taxation et de politiques agricoles font que les pays doivent apporter des « réponses individualisées » à la hausse mondiale du prix des denrées alimentaires, a souligné M. Ahmed.

« Pour l’agence onusienne, ces unités permettront d’analyser, par l’exemple, l’impact qu’une hausse de 20 pour cent du prix des denrées alimentaires pourrait avoir sur les populations vulnérables aux plans national, régional et mondial, mais aussi au sein des ménages, et de trouver des solutions appropriées pour renforcer la sécurité alimentaire ».

La première prévision de la FAO établit une augmentation de 2,6 pour cent de la production mondiale de céréales, qui devrait ainsi atteindre un volume record de 2 164 millions de tonnes en 2008 ; une hausse due en grande partie à l’importante extension de la culture du blé dans les principaux pays producteurs.

« Si les prévisions d’augmentation de la production se concrétisaient, la situation déficitaire des stocks mondiaux de céréales pourrait s’améliorer au cours de la nouvelle saison agricole 2008-09 », peut-on lire dans le rapport.

Mais cela dépendra pour une bonne part des conditions météorologiques, a prévenu la FAO, rappelant qu’à pareille époque l’année dernière, les prévisions de la production céréalière de 2007 étaient bien meilleures qu’elle ne l’avait été en définitive. Des conditions climatiques défavorables ont détruit les cultures en Australie et ont réduit les récoltes dans bon nombre de pays, en particulier en Europe.

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This article was produced by IRIN News while it was part of the United Nations Office for the Coordination of Humanitarian Affairs. Please send queries on copyright or liability to the UN. For more information: https://shop.un.org/rights-permissions

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