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La pénurie de carburant provoque une hausse du prix des denrées alimentaires dans le nord

Avec les graves pénuries de carburant qui touchent le nord du Nigeria depuis la mi-mars, le doublement du coût des transports a provoqué une hausse du prix des denrées alimentaires.

« Pas plus tard que la semaine dernière, je payais 250 nairas (deux dollars américains) pour le transport de mes fruits et légumes et soudainement, je dois payer aujourd’hui 500 nairas (quatre dollars) », a confié à IRIN Habibou Sani, un commerçant qui achemine des légumes en ville, depuis des champs situés en dehors de Kano.

« Je n’ai pas d’autre choix que d’augmenter le prix de mes marchandises », a-t-il déploré.

Un grossiste en céréales, établi à Kano, a lui aussi fait savoir qu’il avait augmenté ses prix. « Nous déterminons ce que nous coûte le transport de chaque sac et nous additionnons ces frais au coût du produit », a indiqué Magaji Mohammed, le commerçant.

La population fait les frais de la pénurie de carburant

Actuellement, la plupart des stations-service de Kano sont fermées et devant les quelques rares stations ouvertes, on observe de longues files d’attente de véhicules, qui s’étendent jusque dans la rue.

Bon nombre d’automobilistes ont cessé de faire la queue pour acheter du carburant et vont s’en procurer au marché parallèle, où il est vendu à environ 1,20 dollar le litre – près du double du prix de l’essence à la pompe. D’autres ont tout simplement cessé d’utiliser leurs véhicules.

Les pénuries de carburant ont également d’autres conséquences pour les consommateurs. À Kano, bon nombre de ceux qui ont recours aux mototaxis, moyens de transport populaires connus sous le nom « d’Achabas », disent ne plus pouvoir assumer les frais élevés qu’ils représentent. Et les autobus des transports publics, déjà insuffisants, sont bondés.

« J’ai raté l’école deux fois, cette semaine », a confié à IRIN Ramatou Idris, élève dans un établissement secondaire, expliquant que certains autobus étaient passés, mais qu’ils étaient tellement bondés qu’ils ne s’étaient pas arrêtés pour prendre d’autres passagers.

La raison pour laquelle la pénurie de carburant touche si durement la région nord est que la quantité de carburant importée de l’étranger est insuffisante, a indiqué à IRIN Sani Yau Babura, président de la branche Nord-Ouest de l’Independent Petroleum Marketers Association of Nigeria (IPMAN).

« Lorsque les livraisons arrivent dans les ports [des villes de Lagos et Port Harcourt, dans le sud], la majorité du carburant est distribuée dans les régions voisines et le peu qui reste est envoyé dans l’extrême nord », a-t-il indiqué, depuis Kano.

Officiellement, le prix du carburant subventionné par l’Etat n’a pas augmenté depuis juin 2007, même si, bien qu’étant le huitième producteur mondial de pétrole, le Nigeria dépend largement des importations de pétrole, dont le cours mondial a considérablement augmenté.

Pourquoi cette pénurie ?

Selon le gouvernement, les raffineries de pétrole du pays sont délabrées et en cours de réparation. Toutefois, les autorités admettent que ces raffineries fonctionnent en deçà de leur capacité et que leur production ne couvre pas, loin s’en faut, les besoins nationaux.

Selon ce qu’ont indiqué certains représentants du gouvernement à la revue nigériane Business Day, le problème repose en réalité sur le fait que l’IPMAN, qui approvisionne en carburant environ 90 pour cent des stations-service du Nigeria, constitue des réserves en prévision d’une hausse du prix du carburant.

Un représentant de l’IPMAN a démenti ces allégations et a rejeté la responsabilité de cette pénurie sur le gouvernement, en particulier sur la Nigeria National Petroleum Corporation (NNPC), arguant qu’elle n’avait pas importé suffisamment de carburant parce qu’elle n’avait pas payé la note de ses précédents achats.

M. Babura d’IPMAN a par ailleurs ajouté que le gouvernement avait récemment acheté des quantités de carburant de mauvaise qualité, qui devaient être retournées. « C’est pour cette raison que la pénurie actuelle est si gravement ressentie », a-t-il indiqué.

À Kano, la population continue pourtant de croire que l’IPMAN et d’autres commerçants ne sont pas étrangers à cette situation. Bon nombre d’habitants ont indiqué à IRIN que l’IPMAN détournait sur le marché parallèle le carburant qu’elle recevait de la NNPC afin de le vendre à des prix plus élevés.

« Comment peut-on expliquer autrement la mise en circulation [sur le marché parallèle] du carburant dans des jerrycans vendus devant les stations-service, lorsque les pompes de ces stations sont vides ? », s’est interrogé Youssouf Abdullahi, automobiliste, alors qu’il faisait la queue pour acheter du carburant.

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This article was produced by IRIN News while it was part of the United Nations Office for the Coordination of Humanitarian Affairs. Please send queries on copyright or liability to the UN. For more information: https://shop.un.org/rights-permissions

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