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Multiplication des cas déclarés de maltraitance envers les femmes

Le nombre de cas déclarés de violence physique contre les femmes et les filles en Afghanistan a augmenté d’environ 40 pour cent depuis mars 2007.

Selon les agences des Nations Unies qui participent au développement de la condition féminine en Afghanistan, cette hausse considérable du nombre des cas déclarés de violence envers les femmes ne traduit pas nécessairement une recrudescence de la violence sexiste.

« On constate une prise de conscience accrue [de ce problème] chez les autorités responsables du maintien de l’ordre », a expliqué Ramesh Penumaka, représentant du Fonds des Nations Unies pour la population (UNFPA) en Afghanistan. « Dès lors, cette hausse ne traduit pas [nécessairement] une tendance plus prononcée à la violence – cette tendance a toujours été là, peut-être même est-elle en train de faiblir. Au contraire, ce qui se passe, c’est que davantage de gens se manifestent pour déclarer ces violences ; [auparavant] personne n’en parlait lorsque cela arrivait entre les quatre murs d’une maison ».

Pourtant, selon la Commission indépendante afghane des droits humains (AIHRC), l’insécurité croissante qui règne dans le pays, sur de vastes bandes de territoire, la culture de l’impunité de plus en plus forte, le manque d’efficacité des autorités chargées de faire appliquer la loi, la pauvreté ainsi que bien d’autres facteurs ont contribué à une recrudescence des violences envers les femmes, et notamment des viols, de la torture et de l’oppression, qui s’exerce souvent, par exemple, dans le cadre de mariages forcés, que les femmes contractent contre leur gré.

Un rapport publié dernièrement par l’association caritative britannique Womankind Worldwide, s’est fait l’écho des préoccupations de l’AIHRC ; le rapport indique en effet que la violence domestique est un phénomène qui touche 80 pour cent des femmes afghanes, que plus de 60 pour cent des mariages sont contractés de force, et que la moitié des filles sont mariées avant l’âge de 16 ans.

« Sept ans après que les Etats-Unis et le Royaume-Uni ont “libéré” les femmes afghanes de l’oppression du régime taliban, notre rapport prouve que la vie d’une majorité d’entre elles est tout aussi difficile qu’auparavant, sinon plus difficile, dans certains cas », peut-on lire dans le rapport Afghanistan Women and Girls Seven Years On [Afghanistan – Les Femmes et les filles, sept ans après], publié le 25 février.


Photo: UNAMA
Un récent rapport de l'organisation Womankind worldwide a estimé que la violence domestique touchait 80 pour cent des femmes afghanes
La violence sexiste a atteint un niveau « choquant et préoccupant » en Afghanistan et il faut redoubler d’efforts pour s’attaquer à ce problème, selon l’association de défense des droits humains et les organisations de la société civile du pays.

« Nos conclusions indiquent clairement que malgré plus de six années de discours internationaux sur le développement et l’émancipation de la femme afghane, aucun changement réel et tangible n’a été apporté aux vies de millions de femmes dans ce pays », a déclaré Suraya Subhrang, commissaire aux droits de la femme à l’AIHRC.

Suicides, viols, auto-immolation

Cette dernière année, le nombre de femmes qui ont tenté de se suicider s’élevait à 626, dont 130 sont décédées. Certaines se sont immolées, d’autres se sont ouvert les veines ou ont ingéré des doses mortelles de médicaments, selon l’AIHRC.

Les cas de viol et d’auto-immolation semblent se multiplier : « En 2006, nous avions recensé 1 545 cas de violence envers les femmes [ou d’oppression psychologique grave], dont 98 cas d’auto-immolation et 34 cas de viol, tandis qu’en 2007, nous avons observé 2 374 cas de violence, dont 165 auto-immolations et 51 cas de viol », a déclaré Mme Subhrang à IRIN, à Kaboul.

Non seulement les femmes afghanes sont victimes de violences sexistes, mais des milliers d’entre elles souffrent ou meurent également en raison du peu de services de santé qui leur sont offerts dans ce pays dévasté par la guerre.


Photo: Khalid Nahez/IRIN
Plus de 60 pour cent des mariages seraient contractés de force
De tous les pays du monde, l’Afghanistan n’est surpassé que par la Sierra Leone en termes de mortalité maternelle, puisque 1 600 à 1 900 femmes sur 100 000 meurent en couche, selon l’UNFPA et le ministère de la Santé publique.

Chaque année, au moins 24 000 femmes afghanes meurent en couche ou des suites de maladies – un nombre 25 fois supérieur à celui des décès liés à l’insécurité dans le pays. De ces décès, 87 pour cent sont évitables, a estimé M. Penumaka, de l’UNFPA.

Les conclusions de l’UNFPA indiquent que pas moins de 70 pour cent de femmes enceintes ne reçoivent pas de soins médicaux, que 40 pour cent ne peuvent bénéficier de soins obstétricaux d’urgence, et que 48 pour cent souffrent de manque de fer.

Investir davantage pour la femme

Dans son message, communiqué à l’occasion de la Journée internationale de la femme, le 8 mars, Ban Ki-moon, Secrétaire général des Nations Unies, a appelé les gouvernements et les organisations internationales à faire davantage d’investissements significatifs en faveur des femmes et des filles, en particulier dans les domaines de l’éducation, de la santé et de l’autonomisation.


Photo: Khalid Nahez/IRIN
Une femme afghane meurt toutes les 29 minutes des suites de complications au moment de l'accouchement
D’ici à l’an 2020, l’Afghanistan s’est engagé à mettre fin aux disparités qui existent entre les hommes et les femmes à tous les niveaux, dans les domaines de l’éducation, en favorisant l’égalité des sexes et l’émancipation de la femme, en donnant à tous l’accès à la justice, et en réduisant le taux de mortalité maternelle de 75 pour cent, conformément aux troisième et cinquième Objectifs nationaux du millénaire pour le développement (OnMD) du pays.

L’AIHRC et certaines organisations humanitaires sont préoccupées à l’idée que l’Afghanistan n’atteindra pas ses OnMD si des mesures énergiques ne sont pas prises d’urgence pour réduire cette violence sexiste endémique et améliorer l’accès des femmes à la santé, à l’éducation ainsi qu’à d’autres services.

« Ce sera seulement en investissant en faveur des femmes et des filles du monde que nous pourront prétendre à atteindre notre objectif [OMD] », pouvait-on lire dans le message de Ban Ki-moon.

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This article was produced by IRIN News while it was part of the United Nations Office for the Coordination of Humanitarian Affairs. Please send queries on copyright or liability to the UN. For more information: https://shop.un.org/rights-permissions

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