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Le bétail décimé par le froid et la faim

Des milliers de familles pauvres du nord du Vietnam sont aujourd’hui plus démunies encore, depuis qu’elles ont perdu leur bétail au cours d’une période de froid sans précédent. Selon le ministère de l’Agriculture et du développement rural, 136 000 têtes de bétail sont mortes, tandis que les températures tombaient à moins 10 degrés Celsius.

Selon plusieurs responsables, la perte de leur bétail va obliger les agriculteurs pauvres à contracter davantage de dettes. À moins que des efforts d’intervention considérables ne soient déployés, certaines familles n’auront pas de quoi se nourrir, ont-ils averti.

« Les gens de notre commune sont tous pauvres », a déclaré Nguyen Duy Nghi, président par intérim du Comité du peuple de Huong Khe, un district de la province de Ha Tinh. « Les familles qui ont perdu une ou deux vaches ou un ou deux buffles sont confrontées à un terrible sort. Ces bêtes étaient leurs principaux biens. Elles ne savent pas quoi faire ».

La plupart des bêtes qui ont péri avaient été exposées au froid pendant une période prolongée, selon les responsables. Mais dans les régions en proie à de fortes crues, qui ont submergé les terres agraires et détruit les cultures, d’autres sont mortes de faim.

Malgré les avertissements du gouvernement, qui recommandait aux populations de constituer des réserves de fourrage à mesure que le froid se faisait plus rude, peu de familles ont pu se procurer de la nourriture supplémentaire.

« Nos agriculteurs [ceux d’entre eux qui avaient les moyens de s’acheter du fourrage] devaient parcourir 70 kilomètres pour se procurer de la paille de riz sèche pour nourrir leurs vaches », a expliqué M. Nghi. « Ils utilisaient des couvertures pour leur tenir chaud et recouvraient soigneusement les stalles, la nuit. Ils ont pris toutes les mesures nécessaires pour préserver leurs troupeaux, mais de nombreuses bêtes ont péri, malgré tout ».


Photo: ReliefWeb
Carte du Vietnam et des pays voisins, mettant en évidence la province de Ha Tinh

Aide du gouvernement

Tandis que le climat s’adoucissait, le Premier ministre Nguyen Tan Dung a annoncé le versement d’une enveloppe d’aide de 9,3 millions de dollars. Les fermiers recevront un million de dongs (environ 60 dollars) pour chaque vache ou chaque buffle mort. Les autorités ont également consenti à demander aux banques de reporter ou d’annuler le remboursement des dettes dues par les personnes qui ont perdu leur bétail.

Selon M. Nghi, néanmoins, cette indemnisation ne suffit pas. « Ils devront dépenser jusque neuf millions de dongs [540 dollars] pour s’acheter une vache ou un buffle, et quatre millions [240 dollars] pour un veau », a-t-il dit. « Où et quand peuvent-il obtenir ou économiser une telle somme d’argent ? De nombreuses familles vont devenir encore plus pauvres ».

En outre, les agriculteurs, ignorant que cette période de froid allait durer si longtemps dans la région, ont semé et repiqué leurs semis de riz hiver-printemps au moment prévu. Or, en raison des rigueurs du climat, 104 000 hectares, soit 40 pour cent des nouvelles cultures plantées dans les provinces du nord, ont été détruites, selon les estimations du ministère de l’Agriculture.

Duong Tri Thuc, administrateur en chef de l’association des fermiers de Ha Tinh, s’inquiète à l’idée que même l’arrivée récente des beaux jours n’aidera pas les populations de sa province.
 
« Aujourd’hui, ils travaillent dur pour semer des graines de riz, en espérant qu’ils seront dans les temps pour cette saison », a expliqué M. Thuc. « Dans certaines régions de notre province, où les fermiers ne peuvent pas faire pousser de riz, ils plantent des cacahuètes ».

Mais, il serait aujourd’hui trop tard, a-t-il dit, pour faire pousser des cacahuètes pour cette saison, du fait de l’arrivée prochaine des vents d’ouest en provenance du Laos, qui dévastent les cultures.

''De nombreux fermiers se sont résolus à abandonner leurs terres car, même s’ils plantaient, au bout du compte, ils ne récolteraient rien. Les pauvres vont tout simplement devenir plus pauvres encore''

« De nombreux fermiers se sont résolus à abandonner leurs terres car, même s’ils plantaient, au bout du compte, ils ne récolteraient rien », a poursuivi M. Thuc. « Les pauvres vont tout simplement devenir plus pauvres encore ».

Un taux élevé de pauvreté dans les montagnes

Bien que le Vietnam ait affiché une croissance économique de quelque huit pour cent par an cette dernière décennie, certaines régions du pays n’ont pas bénéficié de cette transformation économique rapide.

Le taux de pauvreté reste élevé dans les régions montagneuses où le sol est généralement peu fertile et les terrains, peu étendus.

Ces régions sont aussi peuplées par les « tribus des collines » vietnamiennes, des minorités ethniques, qui vivent avec moins d’un dollar par jour.

M. Dung, le Premier ministre, a demandé au gouvernement de revoir le nombre de foyers pauvres de chaque province, de façon à refléter la crise.

Les provinces où plus de 50 pour cent de la population vit dans la pauvreté seront ciblées dans le cadre de programmes de développement économique, a en outre indiqué le Premier ministre.

mao/bj/mw/nh/ail


This article was produced by IRIN News while it was part of the United Nations Office for the Coordination of Humanitarian Affairs. Please send queries on copyright or liability to the UN. For more information: https://shop.un.org/rights-permissions

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