Mettre fin au trafic transfrontalier d’enfants vers l’Arabie Saoudite

Le trafic transfrontalier d’enfants vers l’Arabie Saoudite continue, en particulier dans la province de Hajja (nord), mais des mesures sont prises, à l’heure actuelle, pour lutter contre ce phénomène, ont annoncé les autorités du ministère des Affaires sociales et de l’emploi (MASE).

Iman Mashour, consultante au service de lutte contre le travail des enfants du MASE, a indiqué à IRIN que « les autorités saoudiennes [disaient] appréhender chaque jour en moyenne 10 enfants, introduits clandestinement sur leur territoire », mais qu’elles ne disposaient pas de statistiques précises.

Lorsque ces enfants sont arrêtés, ils sont reconduits à la frontière par les autorités saoudiennes.

« Le trafic transfrontalier des enfants vers l’Arabie Saoudite continue et s’effectue de manière clandestine car les parents gardent le secret sur ce problème. Ils ne parlent pas de leurs enfants, victimes de ce trafic, car ces derniers contribuent au revenu de la famille », a-t-elle affirmé.

Les centres sociaux pour l’enfance créés par le Fonds des Nations Unies pour l’enfance (UNICEF) et gérés par le MASE visent à atténuer les problèmes liés au trafic d’enfants.

D’après les statistiques du ministère, le centre de Haradh, dans la province de Hajja, a recueilli en 2006 900 jeunes victimes du trafic transfrontalier et 622 supplémentaires en 2007. Au début du mois de janvier 2008, un centre a aussi été créé à Sanaa pour pourvoir aux besoins des jeunes victimes du trafic transfrontalier et des enfants des rues.

« Le trafic transfrontalier des enfants vers l’Arabie Saoudite continue et s’effectue de manière clandestine car les parents gardent le secret sur ce problème »

Risques d’agressions sexuelles et de meurtres

Jamal el Haddi, directeur général du bureau yéménite de l’organisation non-gouvernementale Alternatives to Combat Child Labour Through Education and Sustainable Services in the Middle East and North Africa Region (ACCESS-MENA), a confié à IRIN que son organisation avait démarré en octobre 2007 une étude sur le trafic transfrontalier d’enfants dans la province de Hajja.

« D’après les statistiques disponibles […] 30 pour cent des écoliers des villages frontaliers ont été introduits clandestinement en Arabie Saoudite », a-t-il affirmé.

Ces enfants courent le risque d’être victimes de sévices sexuels ou tués.

« Lorsque les autorités saoudiennes les arrêtent, elles les emprisonnent avec des détenus adultes. Dans le village frontalier yéménite d’el Khadour, 20 de ces enfants ont été retrouvés morts ; ils ont été abattus ou tamponnés par des véhicules de gardes saoudiens, ces dernières années, alors qu’ils tentaient d’entrer en Arabie Saoudite », a-t-il affirmé.

Pour M. el Haddi, certains enfants victimes du trafic transfrontalier sont utilisés – parfois avec le consentement de leurs parents – pour transporter à dos d’ânes des sacs de farine depuis l’Arabie Saoudite. D’autres sont chargés d’emmener du bétail du Yémen jusqu’en Arabie Saoudite pour le vendre, parce que le cheptel yéménite est de meilleure qualité et s’y vend à des prix plus élevés qu’au Yémen.

« Ces enfants traversent la frontière la nuit et marchent sur six à sept kilomètres. Ils y vont par groupes de 20 à 30 enfants », a-t-il affirmé.

Un projet de réduction du trafic d’enfants

ACCESS-MENA travaille actuellement sur un projet de réduction du trafic d’enfants dans la province de Hajja. L’organisation crée des associations communautaires et rénove neuf écoles afin de maintenir les écoliers dans le système scolaire, a expliqué M. el Haddi.

« Nous avons fourni à chaque école un générateur et quatre ordinateurs. Nous avons également mis en place des infrastructures de jeu », a-t-il ajouté.

L’objectif de l’organisation est aussi de rescolariser les enfants sauvés du trafic transfrontalier.

« Nous demandons aux parents ne pas renvoyer leurs enfants en Arabie Saoudite et de s’engager dans ce sens », a expliqué M. el Haddi, ajoutant que des instituteurs étaient également formés dans le cadre de ce projet. Cinq sessions de formation de 100 instituteurs sont prévues en février.

Selon Nassim Our-Rehman, directeur de l’information et de la communication au bureau de l’UNICEF au Yémen, lorsque les enfants ne sont pas scolarisés, ils sont plus susceptibles d’être victimes du trafic transfrontalier ou finissent par se livrer à des travaux dangereux.

« En 2005-2006, 1,2 million enfants n’étaient pas scolarisés. Ils représentaient des proies faciles pour les trafiquants. L’UNICEF a donc démarré un programme de sensibilisation pour tenter de scolariser un plus grand nombre d’enfants », a expliqué M. Nassim Our-Rehman.

Selon M. Our-Rehman, jusqu’en 2005, le gouvernement yéménite niait l’existence du trafic transfrontalier d’enfants. Mais l’UNICEF tente actuellement d’accroître la sensibilisation à ce phénomène au sein des cercles gouvernementaux.

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