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Des greniers vides en Casamance

Après le brusque arrêt des précipitations en Casamance, la région sud du Sénégal, la quasi-totalité des greniers sont vides et bon nombre de familles ne vivent plus que d’un repas par jour.

D’après les habitants de la région, cette situation a créé une pénurie alimentaire, certains enfants ne vont plus à l’école, bon nombre de familles sont éclatées, car les hommes doivent partir chercher du travail ailleurs, et les habitants se tournent de plus en plus vers la production et la vente de charbon pour s’en sortir.

« Ma famille ne mange plus à sa faim depuis plus de trois mois maintenant », a déploré Abdoulaye Diémé, un paysan du village de Niaguis, situé à l’est de Ziguinchor, la capitale régionale. « Il n’y a aucune chance pour nous de récolter cette année, les quelques rares parcelles rizicoles que nous avions exploitées sont asséchées à cause de l’arrêt brusque des pluies ».

En Casamance cette année, la saison des pluies – qui va généralement de juin à octobre – a commencé en juillet et s’est achevée au début du mois d’octobre. Dans de nombreuses régions d’Afrique de l’Ouest, les inondations ont détruit les cultures ou les pluies erratiques ont perturbé la saison agricole.

Un rapport du CILSS – Comité permanent inter-états de lutte contre la sécheresse – du mois de novembre a classé les régions du sud et du centre du Sénégal dans la liste des régions considérées comme des zones à « risques » en Afrique de l’Ouest.

D’après le rapport, « il est évident que les retards de semis, les inondations et l’arrêt brusque des précipitations ont provoqué localement des pertes de production et d’autres dégâts », notamment des pertes en vies humaines et du bétail.

Dans les villages et dans la capitale, les habitants sont inquiets pour les mois à venir.

« Les populations vivent déjà dans une situation très difficile », a déclaré le maire de Ziguinchor, Robert Sagna, qui est par ailleurs ingénieur agronome. Selon lui, les réserves de la population sont presque totalement épuisées et la situation va empirer à partir du mois de décembre.

Les représentants du système national d’alerte précoce et le Programme alimentaire mondial (PAM) des Nations Unies ont indiqué qu’ils examinaient la situation alimentaire dans le pays.

« Suite au rapport du CILSS […] nous travaillons avec les autorités pour évaluer la situation de la sécurité alimentaire et les besoins au Sénégal », a dit Jean-Noël Gentile, directeur adjoint du PAM-Sénégal. « Il se pourrait qu’il y ait des poches d’insécurité alimentaire, qu’il faudrait suivre de près avec le système national d’alerte précoce ».

La production agricole du Sénégal pour la saison 2007-08 devrait être inférieure de 11 pour cent à la moyenne des cinq dernières années, selon le Réseau de prévention des crises alimentaires (RPCA), qui a indiqué que ces statistiques étaient basées sur une étude de la production céréalière réalisée du 20 au 31 octobre.

Pour M. Gentil, il est trop tôt pour déclarer que certaines régions du Sénégal seront confrontées à une crise alimentaire, mais « quelques opérations seront certainement nécessaires dans quelques régions pour venir en aide à la population ».


Photo: Mamadou Alpha Diallo/IRIN
Rizière asséchée dans la région de Casamance, au Sénégal
A l’en croire, les opérations du PAM au Sénégal sont sous-financées, « ce qui pourrait être inquiétant si la période de soudure de 2008 s’avérait plus difficile que d’habitude ».

Une aide pour rebondir

Tidiane Diédhou, un paysan du village de Babadinka situé à quelque 14 kilomètres de Ziguinchor, espère que les agences initieront pendant quelques temps des opérations permettant à la population de rebondir.

« Vivres contre travail ou des activités génératrices de revenus, par exemple. Ca pourrait nous aider à nous rétablir », a-t-il dit.

M. Diédhou s’est dit également préoccupé par l’augmentation de la production de charbon et des autres conséquences de la pénurie alimentaire.

« Beaucoup d’enfants dans notre région ne vont pas à l’école – leurs parents ne peuvent pas payer les fournitures scolaires et les uniformes. Les enfants s’adonnent au maraîchage ou vendent du charbon pour se faire un peu d’argent et aider leur famille, ce qui n’était pas le cas avant », a-t-il dit. « [L’augmentation de la production de charbon] est un autre aspect négatif de la situation et est très mauvaise pour l’environnement ».

Plusieurs habitants ont confié à IRIN que de plus en plus de familles – qui vivaient habituellement de l’agriculture – étaient éclatées parce que les hommes partaient chercher un autre emploi.

L’époux de Guesso Badiane a quitté leur village de Djbélor, situé à sept kilomètres à l’ouest de Ziguinchor. « Je vis seule avec mes [neuf] enfants ; s’il n’est pas revenu, c’est parce qu’il n’a pas trouvé quelque chose », a-t-elle expliqué à IRIN. « Si nous ne trouvons pas de secours rapidement, nos enfants seront obligés d’abandonner les cours ».

« Depuis plus de deux semaines maintenant, mes enfants ne prennent plus le petit déjeuner avant d’aller à l’école », a affirmé Mme Badiane, le 7 décembre. « Nous n’avons plus de mil ou de maïs pour préparer la bouillie habituelle », a-t-elle ajouté, alors qu’elle se rendait à la rizière dans l’espoir d’y avoir quelques bouquets de riz.

« Nous risquons de n’avoir plus rien à manger pendant des mois », s’est-elle désolée. « Notre grenier est complètement vide ».

Beaucoup de familles, qui pouvaient compter sur la production de mangues pendant la période de soudure, éprouvent également des difficultés car les mouches des fruits détruisent les plantations de mangues.

mad/np/nr/ads/ail


This article was produced by IRIN News while it was part of the United Nations Office for the Coordination of Humanitarian Affairs. Please send queries on copyright or liability to the UN. For more information: https://shop.un.org/rights-permissions

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