La sécurité alimentaire de millions de Bangladais victimes du cyclone qui a frappé le Bangladesh mi-novembre pourrait être compromise si le réseau très complexe de remblais de protection n’est pas réparé maintenant.
Plus de 25 pour cent des quelque 10 000 kilomètres de remblais et de digues de protection du littoral sud du pays ont été endommagés par le passage du cyclone Sidr, qui a balayé ce pays de rivières et de deltas le 15 novembre.
Quelque 35 millions de personnes vivent dans les 19 districts côtiers du pays qui représentent 30 pour cent de la superficie totale du territoire bangladais.
« Les plants de riz de ma rizière ont survécu au cyclone, mais j’aurais tout perdu si les remblais avaient cédé », a affirmé Sobahan Mridha, un paysan local de Naya Para, un village essentiellement agricole de 500 habitants dans le district de Barguna touché par le cyclone.
Et si sa rizière avait été détruite, M. Sohaban, comme la plupart des rescapés du cyclone – dont beaucoup ont déjà perdu leurs habitations et leurs récoltes – ne serait plus en mesure de subvenir aux besoins de sa famille.
Ses moyens de subsistance, il les tire du riz, des bananes et des feuilles de bétel qu’il cultive sur le seul hectare de terre qu’il possède.
Lors du passage du cyclone, qui a fait plus de 3 200 morts et des millions de sans-abri, les remblais de terre ont empêché une vague de près de quatre mètres de haut d’inonder sa propriété et ses cultures, dont il espère encore récolter une bonne partie dans les semaines à venir.
Le fait que la plupart des personnes ayant péri vivaient hors des limites de ces polders souligne encore plus l’importance de ces dispositifs.
« Sans ces remblais, nous serions tous morts », a affirmé M. Mridha.
Photo: David Swanson/IRIN ![]() |
| Sobahan Mridha montrant sa plantation de bananes à Naya Para, un village frappé par le cyclone. Sa seule source de revenus, la rizière, est partiellement détruite |
Construit au début des années 1960 pour protéger les habitants contre des crues et l’intrusion de l’eau salée, le réseau actuel de 124 polders de différentes tailles et qui s’étendent sur près de 100 kilomètres à l’intérieur des terres, constitue une première ligne de défense pour des millions de personnes vivant le long du littoral du Bangladesh.
Et ce réseau a largement contribué à réduire les pertes en vies humaines et les dégâts pendant les tempêtes cycloniques.
« Auparavant, il n’y avait aucune protection, ce qui entraînait d’importantes pertes en vies humaines et de nombreux dégâts », selon Ghiasuddin Ahmed, ingénieur en chef à l’Office chargé de la mise en valeur des ressources en eau du Bangladesh (Bangladesh Water Development Board/BWDB) dans le sud du pays.
Dans les régions côtières, où le niveau moyen des sols se situe à peine entre 1,5 et deux mètres au-dessus du niveau de la mer et où les vagues peuvent atteindre six mètres de hauteur, les conséquences de telles tempêtes peuvent être mortelles.
En 1970, le cyclone qui avait frappé le Bangladesh avait fait près d’un demi-million de morts, et celui de 1991 en avait fait plus de 130 000. Les polders, les abris cycloniques et un système d’alerte précoce efficace ont été des éléments déterminants dans le dispositif de préparation et de gestion des catastrophes du pays.
« La plupart des habitants de cette région vivent derrière ces remblais de rivière », a expliqué à IRIN Moshiur Alam, adjoint au commissaire d’une localité proche du district de Patuakhali frappé par le cyclone.
« Sans ces polders, les pertes matérielles et en vies humaines auraient été plus importantes », a-t-il reconnu.
Mais malgré cet état de fait, bon nombre de ces remblais protecteurs sont en très mauvais état, et cette réalité n’échappe pas aux autorités bangladaises.
« Ces remblais doivent être mieux construits et renforcés », a reconnu M. Alam, évoquant également le grave manque de ressources financières.
Trois semaines après la catastrophe, la pire que le pays ait connue ces 15 dernières années, ce constat confère à la situation un nouveau sens de l’urgence.
Alors que les survivants tentent de reconstruire leurs vies, les moyens de subsistance des habitants vivant derrière ces remblais – qu’il faudra réparer – sont à présent menacés.
De l’avis des experts, étant donné que 90 pour cent des habitants du littoral du pays vivent dans des polders et que plus de 80 pour cent d’entre eux s’adonnent à l’agriculture, les conséquences potentielles sur la sécurité alimentaire de ces communautés sont incontestables.
Le 12 décembre, date de la prochaine crue de printemps
Photo: David Swanson/IRIN ![]() |
| Près de 25 pour cent des quelque 10 000 kilomètres de remblais et de digues de protection du littoral sud du pays ont été endommagés par le cyclone Sidr |
« Et cela se produira sans aucun doute », a expliqué Andrew Jenkins, responsable d’équipe du projet BWDB-IPSWAM (Integrated Planning for Sustainable Water Management), engagé activement dans la réparation de nombreux polders avec le soutien du gouvernement néerlandais.
En outre, dès que l’eau s’évacuera par les brèches, les fissures deviendront encore plus grandes, ce qui fragilisera encore plus les remblais.
« Si ces brèches importantes ne sont pas réparées immédiatement, - avec la saison des récoltes qui approche – de nombreux habitants vivant dans les polders perdront leurs cultures », a prévenu M. Jenkins de l’IPSWAM.
Et selon M. Ahmed du BWDB, si les polders ne sont pas réparés, cela pourrait conduire à une catastrophe économique : « Nous n’avons pas le choix. Il n’y a pas d’alternative. Il faut le faire, et il faut le faire maintenant », a-t-il dit.
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