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La hausse du prix des denrées accentue la misère dans l’est

Janine Maombi s’était rendue au marché central de Goma, la capitale de la province instable du Nord-Kivu, dans l’est de la République démocratique du Congo (RDC) pour acheter des pommes de terre qui serviraient à préparer le repas du soir.

Mais lorsqu’elle a été informée de la nouvelle hausse du prix des pommes de terre, cette veuve et mère de six enfants s’est alors laissé tomber sur un tabouret proche de la vendeuse et a discrètement tenté d’obtenir un rabais.

« Je ne sais pas ce que mes enfants vont manger ce soir », a lancé Mme Maombi, en ouvrant son porte-monnaie qui ne contenait que quelques pièces.

Bien que sympathique, Mukobo Ajani, la vendeuse de pommes de terre, lui a gentiment fait comprendre qu’elle ne pouvait pas lui faire de rabais.

« Les rebelles de Laurent Nkunda bloquent les camions sur les routes », a-t-elle expliqué. « Et parfois, je ne peux même pas faire transporter mes marchandises au marché. Je n’ai pas le choix ».

Depuis la mi-octobre, le prix du kilo de pommes de terre est passé de 120 francs congolais (environ 25 centimes de dollar) à 150 francs – une augmentation assez significative pour des dizaines de milliers de femmes désespérément pauvres qui ont de grandes familles à nourrir.

Les prix des autres produits de base tels que la farine, le poisson, les bananes et les avocats ont aussi augmenté.

Aux problèmes de violences sexuelles et de déplacements massifs de population sont venus s’ajouter ceux de l’insécurité alimentaire, une des graves conséquences de la guerre permanente que se livrent les troupes rebelles fidèles au général déchu Laurent Nkunda et les forces armées de la RDC (FARDC).

Les FARDC et le Conseil national pour la défense du peuple (CNDP) de Laurent Nkunda sont responsables des pénuries alimentaires qui pourraient toucher près de trois millions de personnes dans la province du Nord-Kivu, selon des travailleurs humanitaires.

« Dans la région de Masisi, les FARDC et le CNDP semblent jouer un jeu qui consiste à bloquer leur trafic de marchandises respectif », a expliqué Louis Vigneault, un porte-parole du Bureau des Nations Unies pour la coordination des affaires humanitaires (OCHA) à Goma.

Selon M. Vigneault, les deux groupes ont empêché des camions de marchandises de livrer du savon, de l’huile et autres produits manufacturés à Masisi, la capitale agricole du Nord-Kivu, et ont aussi refoulé des camions chargés de bananes et de pommes de terre qui faisaient route vers Goma.

Les Nations Unies ont condamné le blocage des camions du Programme alimentaire mondial (PAM) transportant l’aide alimentaire destinée aux quelque 300 000 personnes déplacées à l’intérieur de leur propre pays (PDIP) du Nord-Kivu.

Les Nations Unies ont par ailleurs fait état d’un nombre indéterminé de personnes qui vivent dans des villages reculés, sans aide alimentaire, et qui compte sur ces camions pour l’acheminement des denrées alimentaires de base.

« Les miliciens ont plongé la population dans une situation totalement désastreuse », a expliqué à IRIN Sylvie van den Wildenberg, porte-parole de la Mission des Nations Unies en République démocratique du Congo (MONUC). « Plus vous vivez dans une région reculée et plus vous souffrez, parce que les produits de base ne parviennent pas [jusque dans] votre région ».

Et l’augmentation du prix des denrées alimentaires constitue également une menace pour la sécurité des petits commerçants qui vendent des produits non alimentaires. Suleiman Amani, 16 ans, subvient aux besoins de ses six frères et sœurs en vendant des sachets plastiques au marché central de Goma.

« Personne n’achète mes sachets plastiques parce que les gens n’ont plus rien à ramener à la maison », a confié à IRIN Amani. « Je n’ai rien mangé de toute la journée ».

Quant à Margarite Gaina, son petit commerce d’épices a gravement souffert de la situation, a-t-elle expliqué à IRIN. « Les gens n’achètent plus d’épices parce qu’ils n’y a plus de nourriture à assaisonner », a affirmé Mme Gaina, avec une pointe d’humour.

« Les gens n’achètent plus d’épices parce qu’ils n’y a plus de nourriture à assaisonner »
Les travailleurs humanitaires ont également souligné le sentiment de colère grandissant chez les quelque 40 000 PDIP ayant fui leurs villages pour les camps de la périphérie de Goma, et qui bénéficient d’une aide alimentaire, mais aussi chez les populations vivant à Goma et qui subissent la hausse des prix des denrées alimentaires, mais qui ne reçoivent aucune aide.

Le Haut commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR) a durci les conditions d’inscription pour les personnes désirant bénéficier d’une aide.

« Les [camps] sont proches de Goma et il y a fort à craindre que toute la population de la ville de Goma viendra dans les camps juste pour avoir un sac de farine et retournera ensuite dans la ville », a expliqué M. Vigneault.

Mais au marché central de Goma, les petites commerçantes affirment n’avoir aucune animosité à l’égard des déplacés de guerre.

« Vivre comme un réfugié dans son propre pays est une chose terrible », a dit IRIN Josette Maoura, une vendeuse de riz. « Nous souhaitons simplement que cette guerre cesse ».

nk/mw


This article was produced by IRIN News while it was part of the United Nations Office for the Coordination of Humanitarian Affairs. Please send queries on copyright or liability to the UN. For more information: https://shop.un.org/rights-permissions

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