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La Mauritanie prête à accueillir ses réfugiés ?

La Mauritanie, le Sénégal et le Haut commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR) viennent de signer un accord qui pourrait permettre de tourner la page d’une période peu reluisante de l’histoire de la Mauritanie au cours de laquelle environ 75 000 Négro-mauritaniens ont été expulsés de leur pays en 1989.

Mais les quelque 30 000 réfugiés mauritaniens vivant en exil au Sénégal et invités à retourner dans leur pays se demandent si la Mauritanie a toute la logistique nécessaire pour les accueillir.

« Tout est à refaire », a expliqué Amadou Ndiaye, porte-parole du Collectif des réfugiés mauritaniens pour la solidarité et les solutions durables (CRMSSD), lors d’une conférence de presse tenue à Dakar, le 15 novembre. « Certains villages n’existent plus. Les routes, les hôpitaux, les écoles, tout est à refaire ».

Mohamed Ould Cheikh Abdallahi, premier président démocratiquement élu de la Mauritanie, a exprimé la volonté politique de son gouvernement d’accueillir les réfugiés rapatriés, mais bon nombre d’entre eux se plaignent de l’absence d’infrastructure et d’organisation dans certaines régions du pays.

Au mois d’août, le HCR a lancé un appel de fonds d’un montant de sept millions de dollars pour financer le rapatriement, à proprement parler, ainsi que d’autres opérations pour « aider les [réfugiés] à s’installer » – notamment la fourniture d’abris provisoires et de rations alimentaires pendant trois mois.

Selon le HCR, ces fonds vont également permettre de « renforcer les infrastructures et les services de base, notamment en matière de santé et d’éducation, dans les régions d’accueil des rapatriés. Sur les sept millions de dollars sollicités, l’agence n’a, jusqu’à présent, obtenu que 1,5 million de dollars.

Dignité

Les conditions du retour des réfugiés ne sont toujours pas élucidées. Par exemple, certaines autorités auraient expliqué aux réfugiés qu’ils seraient libres de retourner dans leur maison.

Mais pour Marieme Sy, présidente du CRMSSD – une des nombreuses associations affirmant représenter les réfugiés – des hauts fonctionnaires du gouvernement lui auraient fait comprendre que cela ne serait pas si simple. Bon nombre d’anciennes maisons appartenant à des réfugiés négro-mauritaniens sont actuellement occupées par des Maures de peau plus claire.

« Si le Maure qui habite dans cette maison accepte de partir, je récupère ma maison. Mais s’il refuse, le gouvernement nous dit qu’il nous attribuera une maison ailleurs », a-t-elle expliqué.

D’autres réfugiés souhaitent retourner dans leur pays afin de ne plus dépendre de l’aide internationale.

« Ma maison est habitée par un Maure », a confié à IRIN Moctar Sy, un réfugié mauritanien vivant à Dakar, la capitale sénégalaise. « Où vont-ils nous loger, dans des tentes ? ».

M. Sy est le porte-parole du Collectif des associations de réfugiés mauritaniens au Sénégal (CAREMS), l’aile sociale des Forces de libération africaine de Mauritanie (FLAM), un groupe politique d’opposition. Selon lui, il est « scandaleux » d’être assisté dans son propre pays.

« On ne peut pas être étrangers dans notre propre pays ! », a-t-il fait remarqué.

Quant au HCR, il a affirmé s’être officiellement engagé à rapatrier les réfugiés dans des conditions conformes au droit humanitaire.

« On s’est engagé – et c’est dans l’accord écrit – à les rapatrier dans la dignité et la sécurité », a déclaré Francis Kpatindé, porte-parole du bureau du HCR pour l’Afrique de l’Ouest.

Le 12 novembre, le Sénégal, la Mauritanie et le HCR ont signé un accord tripartite fixant le cadre général du rapatriement des réfugiés mauritaniens. Les détails de ce plan seront élaborés lors d'une consultation nationale organisée par les autorités mauritaniennes du 20 au 22 novembre, à Nouakchott, la capitale, consultation à laquelle prendront part les réfugiés.

« Un monde virtuel pour les réfugiés »

Malgré l’aide fournie par le HCR, le gouvernement mauritanien éprouvera inévitablement quelques difficultés à faire face à l’afflux de réfugiés.

En effet, la Mauritanie fait partie des pays pauvres de la ceinture sahélienne de l’Afrique de l’Ouest et récemment plusieurs villes et villages du pays ont été le théâtre de manifestations – parfois violentes – contre la hausse du prix des denrées alimentaires.

« La Mauritanie est un pays qui manque de beaucoup de moyens », a expliqué à IRIN M. Kpatindé du HCR. « Malheureusement il faut faire avec les moyens du bord, la disponibilité des bailleurs de fonds […] Ce n’est jamais facile ».

Le HCR s’est également engagé à renforcer les infrastructures dans les régions d’accueil susceptibles d’être déstabilisées par l’arrivée des réfugiés, ce qui devrait bénéficier aux réfugiés eux-mêmes et à la population dans son ensemble.

« On ne va pas créer un monde virtuel pour les réfugiés », a déclaré Mohamed Lemine Shah, porte-parole du ministère mauritanien de l’Intérieur. « Ils vont s’installer en Mauritanie et seront comme tous les autres Mauritaniens ».

Selon le HCR, le rapatriement volontaire d’une première vague de 24 000 réfugiés ayant exprimé leur désir de retourner chez eux démarrera en décembre.

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This article was produced by IRIN News while it was part of the United Nations Office for the Coordination of Humanitarian Affairs. Please send queries on copyright or liability to the UN. For more information: https://shop.un.org/rights-permissions

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