Alors que l’hiver se durcit, les difficultés liées à la pire récolte de tous les temps au Swaziland s’abattent sur un nombre croissant de personnes. « C’est l’hiver le plus froid de ces dernières années, et il y a peu de nourriture », a dit Sibongile Ndwandwe, une veuve dans la région centrale, Manzani.
« J’ai de la nourriture, mais je souffre de voir les sacrifices que font mes enfants. Pour que je puisse manger, ma petite-fille n’a pas de chaussures pour l’école », a dit Mme Ndwandwe, qui vit dans une petite maison faite de boue et de brindilles.
« Je lui ai demandé [à ma petite-fille] pourquoi elle était pieds nus, et elle m’a répondu que ses chaussures étaient déchirées et que [ses parents] n’avaient pas d’argent pour une nouvelle paire. Mais au cours de la même semaine ma fille m’a apporté un gros sac de maïs », a-t-elle dit.
Ses trois enfants travaillent en ville; l’un d’entre eux est directeur d’école, un autre est caissier dans un pressing, et le troisième transporte des fruits de mer qu’il ramène de Maputo, au Mozambique, pour les vendre au marché de Manzini.
Ils ont la chance d’avoir des emplois qui leur permettent de s’occuper de leur mère, mais malgré cela l’année est difficile.
« Dans le passé, quand les récoltes étaient mauvaises la famille élargie partageait afin que personne ne soit affamé », a dit à IRIN Nicane Kunene, en charge de la sécurité alimentaire pour la Croix Rouge dans la région centrale de Manzini. « Cette année c’est plus difficile; les prix de la nourriture sont très élevés, et même les gens qui ont des emplois ont du mal à subvenir à leurs propres besoins et à ceux de leur famille proche ».
Une sécheresse prolongée a rendu quelque 400 000 personnes vulnérables- à peu près 40 pour cent de la population- qui ont besoin de 40 000 tonnes d’aide alimentaire pour subsister jusqu’à la prochaine récolte en avril 2008, selon une évaluation de la récolte du mois de mai réalisée par le Programme alimentaire mondial (PAM), l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture et le ministère de l’Agriculture du Swaziland.
Selon les prévisions du PAM, même les Swazis de la classe moyenne seront considérablement affectés par l’inflation des prix des denrées alimentaires, tandis que les pauvres seront incapables de se procurer des produits alimentaires de base.
« Les mécanismes traditionnels qu’emploient les Swazis pour gérer les crises ont été mis à l’épreuve cette année » a dit le représentant national du PAM, Abdoulaye Balde.
Le prix du maïs a doublé
La hausse du prix de l’essence a entraîné l’augmentation du coût du transport des vivres vers la région enclavée de Manzini, résultant en une hausse des prix quasi-hebdomadaire.
La Corporation nationale du maïs a fixé le prix du maïs à 168 dollars par tonne au début de l’année, mais aujourd’hui la tonne de maïs coûte 340 dollars.
« Tout le monde doit acheter sa nourriture, maintenant que c’est l’hiver et que les comportes de maïs sont vides », a dit Osgood Dube, qui plante chaque année un terrain de trois hectares de maïs et de haricots.
Les récoltes ont nourri sa famille durant des années, mais cette année la sécheresse a anéanti la récolte de maïs. Les jardins communautaires, mis en place dans le cadre d’un programme alimentaire national, n’ont pas été épargnés.
« Vous ne pouvez pas avoir de jardins florissants sans eau » a dit Mme Kunene, de la Croix-Rouge.
Ayant assisté à la mise en place de huit projets de jardins communautaires, elle a été témoin de l’échec de ceux qui ne pouvaient pas êtres irrigués.
« Les jardins sont entretenus par des bénévoles communautaires, et les premiers bénéficiaires sont les orphelins du sida de la région. Les bénévoles se partagent le reste de la récolte, ou le vendent et déduisent le coût du matériel comme les graines et les fertilisants. Il n’y a pas eu beaucoup de profit cette année » a-t-elle dit.
Les jardins communautaires constituent une tentative de libérer les Swazis d’une dépendance exclusive au maïs, l’aliment de base national, ainsi qu’un signe de la volonté des gens de varier leur régime alimentaire et de s’occuper des membres vulnérables de la communauté. L’échec des jardins communautaires causé par la sécheresse a été un coup particulièrement dur.
Musa, 17 ans, qui vit à Manzini, devrait terminer le lycée cette année mais a dû arrêter l’école quand son père n’a plus été capable de payer les frais de scolarité.
« Les choses ont toujours été difficiles pour mon père, mais en général il s’en sort en vendant le surplus du champ que l’on laboure en dehors de la ville» a dit Musa. « Il n’y avait rien cette année ».
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