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La microfinance, la solution miracle ?

Grâce au prêt qui lui a été accordé il y a deux ans, Rokhaya Mboup a pu ouvrir un petit atelier de couture dans sa maison de la banlieue de Dakar, la capitale sénégalaise.

Depuis, les affaires sont florissantes, la machine à coudre fonctionne à plein régime toute la journée, et vêtements et tissus s’entassent jusqu’au plafond.

Même pendant les mois les plus calmes, Rokhaya Mboup est bien mieux payée que la plupart des Sénégalais et gagne environ 50 000 francs CFA (soit 100 dollars américains) en vendant les boubous et les pantalons faux-cul et autres vêtements qu’elle confectionne.

Rokhaya Mboup vit avec les membres de sa famille, et participe aux dépenses quotidiennes grâce à l’argent que rapporte le petit atelier de couture.

Le chômage est endémique au Sénégal, ancienne colonie française, et pour ceux qui parviennent à trouver un travail, les salaires proposés sont extrêmement bas.

Selon les statistiques des Nations unies, près de 25 pour cent des 11 millions d’habitants que compte le Sénégal vit avec moins d’un dollar par jour.

Rokhaya Mboup, la cinquantaine, a expliqué qu’elle a réussi à s’en sortir il y a deux ans grâce à un prêt de 200 000 francs CFA (383 dollars américains) que lui a accordé Pamecas, une des six grandes institutions de microfinance présentes au Sénégal.

Plus tard, en mettant en gage sa télévision et le mobilier de sa chambre, elle a pu obtenir deux autres prêts d’un montant total de 550 000 francs CFA (1 055 dollars).

«C’était très simple: je leur ai indiqué le montant dont j’avais besoin, puis ils sont venus à mon domicile et je leur ai montré ce que je pouvais mettre en gage. Ils ont accepté et m’ont donné l’argent», a-t-elle expliqué.

«Maintenant, je vais au marché chaque jour, je participe aux charges de la maison et j’ai toujours de l’argent pour faire face aux imprévus», a-t-elle ajouté.

Des prêts qui changent la vie

Depuis 1993, de nombreux Sénégalais ont bénéficié de microprêts. Selon les derniers chiffres de la Banque centrale des Etats d’Afrique de l’Ouest (BCEAO), basée à Dakar, au moins 200 milliards de francs CFA (383 millions de dollars) de prêts sont accordés chaque année.

En 2003, près de 40 pour cent de la population sénégalaise avait emprunté de l’argent auprès d’institutions de microfinance,et à en croire certains spécialistes, ce marché est évalué à plusieurs centaines de milliards de dollars.

On compte plus de 650 institutions de microfinance en Afrique de l’Ouest seulement et près de six millions clients ont déjà fait appel aux services de ces organismes. En Afrique, seule l’industrie de la téléphonie mobile a connu un essor plus important.

Les experts en développement n’ont aucun doute quant à l’impact positif de la microfinance sur l’amélioration des conditions de vie des populations démunies.

«Nous avons constaté que lorsque les populations défavorisées ont accès au crédit, l’impact indirect sur ces populations est manifeste», a déclaré Madina Assouman, gestionnaire de portefeuille à l’Unité régionale microfinance du Fonds d’équipement des Nations unies (Fenu).

Selon le Fenu, la microfinance est un moyen efficace de réduire la pauvreté, d’atteindre les Objectifs du millénaire pour le développement (OMD) et de créer, d’ici 2015, un secteur financier accessible au plus grand nombre de foyers.

«L’augmentation des revenus des foyers se traduit par une amélioration des soins de santé, de l’alimentation et de l’éducation des filles en particulier», a indiqué Madina Assouman.

Au Sénégal, plus de la moitié des microcrédits sont accordés à des femmes et elles sont de plus en plus nombreuses à en bénéficier : en 2002, 52 pour cent des emprunteurs étaient des femmes, soit dix pour cent de plus qu’au cours des deux années précédentes.

«Nous avons constaté au début que les hommes venaient et que pour des problèmes de garantie, les femmes n’avaient pas accès au crédit», a souligné Sagar Tall, directrice des ressources humaines, de la formation et de la communication du réseau UM-Pamecas.

«On a donc crée le programme AFSSEF (Accès des femmes sénégalaises aux services financiers) qui permet un accès direct au crédit pour les petites commerçantes de marché, les femmes entrepreneuses et les groupements de femmes», a-t-elle précisé.

La microfinance n’est pas non plus la panacée

Bien que des histoires comme celles de Mme Mboup soient encourageantes, des obstacles subsistent et certaines personnes ne parviennent toujours pas à sortir de la spirale de la pauvreté.

Ainsi, Matar Doye, secrétaire exécutif de la Fédération des agropasteurs de Djender, une zone de maraîchage située à une cinquantaine de kilomètres de Dakar, a voulu s’inspirer du principe du microcrédit pour proposer des services financiers de base aux membres de la Fédération.

«Nous voulions lutter contre les problèmes de financement des petits producteurs», a expliqué M. Doye. «Depuis une vingtaine d’années, les intermédiaires offraient des financements à ces producteurs qui, à la fin de la récolte, étaient obligés de vendre leur production aux prêteurs. Les paysans étaient totalement dépendants du prix de l’intermédiaire.»

Mais aujourd’hui, la Fédération ne parvient plus à satisfaire toutes les demandes de prêts des petits producteurs, laissant la voie libre aux intermédiaires, a-t-il dit.

D’après le Fonds international de développement agricole (Fida), la moitié de la population sénégalaise vit en milieu rural et 40 pour cent de cette population, des petits producteurs pour la plupart, vit en dessous du seuil de pauvreté.

«L’accès aux crédit n’est pas toujours aisé pour l’ensemble des plus démunis, en particulier les jeunes qui ont d’énormes difficultés», a rappelé Ousmane Gueye, chargé de programme à l’Association sénégalaise pour la promotion et la régulation de l’emploi et du secteur informel.

La plupart des institutions de microfinance impose les mêmes critères de solvabilité que les banques : elles exigent un revenu minimum et appliquent des taux d’intérêt élevés.

«S’ils ont un crédit et s’ils le remboursent, ils sont obligés de réemprunter pour pouvoir continuer leurs affaires et deviennent ainsi otage de leur crédit. Les taux d’intérêt étant exorbitants, ils n’arrivent pas à s’en sortir», a expliqué Ousmane Gueye.

En Afrique de l’Ouest, les taux d’intérêt oscillent entre 12 et 30 pour cent par an, a indiqué Madina Assouman.

«Ces taux d’intérêt sont souvent brandis comme un handicap parce qu’ils ne répondent pas aux besoins des pauvres», a dit Mme Assouman. «Ces taux sont relativement incompressibles, la gestion d’un petit prêt impliquant des coûts équivalents à ceux d’un prêt important».

La microfinance peut certes permettre à certaines personnes comme Mme Mboup de réaliser leurs rêves et d’avoir de l’argent et une activité, mais «ce n’est pas non plus la panacée», a averti Madina Assouman.

«Elle ne prétend pas résoudre tous les problèmes de développement et n’est pas forcément faite pour les plus pauvres pour lesquels des mécanismes différents, et pas nécessairement financiers, doivent être mis en place.»

This article was produced by IRIN News while it was part of the United Nations Office for the Coordination of Humanitarian Affairs. Please send queries on copyright or liability to the UN. For more information: https://shop.un.org/rights-permissions

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