Sylvie, 28 ans, originaire du Cameroun, se souvient du viol et des abus sexuels dont elle a été victime chez sa grande sœur.
« Mon père m’a placée chez ma grande sœur quand j’avais deux ans parce qu’elle n’avait pas d’enfants. Il m’a récupérée lorsque j’avais 16 ou 17 ans parce que les choses ne se passaient pas bien. On m’a trop maltraitée. La coépouse de ma grande sœur et ses enfants, plus âgés que moi, me frappaient. Dès que ma sœur partait au travail, j’étais à leur merci ».
« Avant d’aller à l’école, je devais tout nettoyer. Quand je revenais, il fallait que j’attende que tout le monde ait fini de manger avant de le faire moi. S’il ne restait rien, je me couchais le ventre vide ou j’allais voir des voisins au cas où ils auraient quelque chose à me donner ».
« Ma sœur était battue par son mari, alors elle est partie, mais sans moi parce qu’elle ne pouvait pas me prendre avec elle. Elle m’a laissée un mois et c’est pendant cette période qu’on m’a cassé un index. Une autre fois, ils ont pris un marteau et m’ont donné un coup sur la tête. Je ne pouvais rien dire à mon beau-frère parce que j’avais peur qu’il me frappe encore plus ».
« La plaie s’est infectée parce que je n’ai pas été soignée. Lorsque ma sœur est revenue, il y avait du pu et des asticots dans ma plaie. Elle m’a demandé ce qui m’était arrivé, et je lui ai fait comprendre que j’étais tombée dans les escaliers. J’avais peur de me faire frapper de nouveau si je disais la vérité. Il n’y a que deux ans que j’ai expliqué à ma sœur ce qui s’était passé. Elle a beaucoup pleuré, parce qu’elle savait qu’on me tapait souvent, mais pas à ce point ».
« Quand j’avais huit ans, le petit frère de mon beau-frère, qui avait 18 ans, nous lavait souvent. Et un jour, il m’a violée. Je voulais me taire, mais j’étais obligée de le dire parce que ma sœur a vu que je n’arrivais pas à marcher. J’ai été obligée de dire la vérité. A la suite de ça, ma sœur a demandé le divorce car elle estimait que son mari était complice, mais il a refusé. Ce n’est pas facile de divorcer ici et parents ne pouvaient pas rembourser la dot ».
« J’ai beaucoup souffert. C’est vrai que j’ai des séquelles. J’ai mal à la tête quand je repense à tout ça. Je ne peux pas me tresser normalement et j’éprouve un certain dégoût par rapport aux relations sexuelles ».
« Mais j’ai deux enfants et je vis avec leur père. Au début, ça n’a pas été facile. Il ne comprenait pas ce qui me bloquait. Mais après plusieurs discussions, quand je lui ai expliqué ce que j’avais vécu, il a essayé de comprendre qu’il faut qu’il soit patient et qu’il ne me bouscule pas, au risque de faire revenir beaucoup de mauvais souvenirs ».
« A l’occasion de réunions de famille, par exemple, il m’arrive de revoir ceux qui m’ont fait du mal. Alors, mes blessures recommencent à me faire mal ».
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