Vers cinq heures du matin, heure locale, les habitants de N’djaména ont été réveillés par des tirs de mortier provenant des quartiers Est et Nord-Est de la ville, suivis rapidement de tirs à l’arme lourde qui ont continué encore peu après le levé du jour. Des hélicoptères de l’armée tchadienne ont pilonné les positions rebelles dans la banlieue Est de la ville, et des avions de chasse français ont attaqué un convoi de rebelles à 300 km à l’Est de N’djaména, a déclaré à IRIN un officier de l’armée tchadienne.
A la mi-journée, Jean-François Bureau, porte-parole du ministère français de la Défense a démenti toute attaque de positions rebelles, mais a reconnu que des avions avaient tiré des « coups de semonce » en précisant que cela avait été fait « dans le cadre de la sécurité [des] ressortissants [français] ».
Quelque 1 500 ressortissants français résident au Tchad et la France, qui a conclu un accord de coopération militaire avec ce pays, a exprimé à plusieurs reprises sa ferme opposition aux recours à la force pour remplacer le pouvoir en place, préférant pour cela la voie des urnes.
« Les rebelles n’ont pas les moyens de gagner. Les hostilités auront pris fin d’ici 24 heures », a déclaré un porte-parole du gouvernement, alors qu’il présentait à la presse 20 rebelles capturés par l’armée durant la nuit.
Et selon les témoignages de certains habitants de N’djaména, au moins 300 combattants rebelles ainsi qu’une cinquantaine de véhicules ont été aperçus à la périphérie de la ville. La police tchadienne a confirmé qu’il y avait eu des accrochages entre les forces rebelles et les forces gouvernementales dans le centre de la ville.
« Il s’agit d’une attaque qui ne répond à aucune stratégie militaire », a déclaré Idriss Deby, le président tchadien, dans une interview diffusé jeudi matin sur Radio France internationale, avant d’ajouter que l’armée avait « détruit » plusieurs colonnes rebelles.
Mercredi matin, des sources militaires confiaient à IRIN qu’un hélicoptère militaire avait été abattu près de la ville de Ngouri, à 200 km au nord de la capitale, et en fin de journée, une radio indépendante annonçait qu’une cinquantaine de véhicules rebelles avaient traversé la ville de Dourbani, à quelque 80 km à l’Est de N’djaména.
Et tandis que des groupes de soldats patrouillaient dans les rues de N’djaména, les habitants la capitale faisaient des provisions d’argent et de nourriture craignant l’imminence des combats après la progression rapide des forces rebelles dans les faubourgs de la ville.
« Nous avons peur mais il n’y a pas d’autre alternative. Nous allons attendre pour voir ce qui se passera demain », avait alors nerveusement déclaré une commerçante dans le centre-ville.
« J’ai fait des réserves [d’eau et de nourriture] pour ma famille comme ça, nous ne mourrons pas de faim s’il y a la guerre ».
Jeudi, le président Deby a déclaré que le calme est revenu dans la ville et que les élections présidentielles se dérouleront le 3 mai, comme prévu. Plus tard dans la matinée, des habitants ont affirmé qu’ils ont entendu des explosions et des tirs sporadiques à l’extérieur de la ville, et qu’ils ont pu circuler librement dans les rues de la capitale.
En revanche, dans l’Est du pays où vivent quelque 250 000 déplacés tchadiens et réfugiés du conflit du Darfour au Soudan, les agences de l’ONU ont déjà commencé à réduire leurs effectifs en raison de l’insécurité qui prévaut dans la région. Le mois dernier, le Programme alimentaire mondial (PAM) avait déjà prévenu que la recrudescence des hostilités pourrait compromettre l’action humanitaire menée en faveur des réfugiés.
Bien que les leaders de la rébellion revendiquent d’importantes victoires militaires dans les combats qui les opposent à l’armée régulière tchadienne, aucune source indépendante n’est en mesure de donner des informations sur les positions des forces rebelles, leur armement et l’importance de leurs effectifs.
Depuis le début de la vaste offensive lancée dimanche dernier sur le Tchad à partir du Soudan voisin, les villes de Haraze Mangueigne, Am Timam, Abou Deia et le camp de réfugiés de Goz Amer sont brièvement tombés aux mains des rebelles. Mardi soir, ils avaient confirmé la prise de la ville Mongo, à 400 km de N’djaména.
Selon les porte-paroles de la rébellion, l’objectif a toujours été d’atteindre la capitale avant la tenue des élections présidentielles de mai prochain pour lesquelles M. Déby brigue un troisième mandat consécutif, après avoir modifié la Constitution l’année dernière.
A la tête d’un mouvement insurrectionnel lancé également à partir du Soudan, le président Deby avait pris le pouvoir en 1990 à la faveur d’un coup d’Etat organisé avec une poignée de soldats.
« Ces actions ont été entreprises pour perturber le déroulement des élections présidentielles », a déclaré un porte-parole du gouvernement. A plusieurs reprises, le gouvernement a accusé le Soudan voisin de soutenir la rébellion, préférant appeler les combattants des mercenaires et des miliciens, et non des rebelles.
A en croire certains analystes, beaucoup de déserteurs sont d’anciens militaires qui ont quitté l’armée dans le seul but de renverser le président Déby. L’ampleur de ces désertions ainsi que le décès du Général Abakar Youssouf Mahamat Itno, l’ancien chef d’Etat major de l’armée de terre mort au cours combats qui se sont déroulés fin mars dans l’Est du pays, ont affecté la capacité du président Deby à contrer les actions de la rébellion.
Dans un manifeste publié mardi dernier, le Président Déby déclarait qu’il considérait ses ennemis d’aujourd’hui comme de futurs partenaires, ce qui, selon des analystes, lui permettrait de négocier avec les rebelles.
En attendant, la France, qui fournit un soutien logistique et des renseignements à l’armée tchadienne dans sa lutte contre la rébellion à l’Est du pays, a fait venir de Libreville, au Gabon, 150 hommes supplémentaires pour renforcer les 1 200 militaires français déjà déployés au Tchad.
La France serait-elle prête à voler au secours du gouvernement du Président Déby dans l’éventualité d’une attaque sur la capitale ? C’est la question que ce posent de nombreux analystes et qui donne lieu à bien des spéculations.
« Cela met la France dans une situation très difficile », a déclaré Christopher Melville de Global Insight, un groupe de réflexion basé à Londres. « Bien qu’elle soit hostile à l’idée de s’impliquer dans une autre guerre civile comme en Côte d’Ivoire, le fait qu’elle soutienne ouvertement Deby dans l’Est montre à quel point elle n’est pas prête de perdre le Tchad au profit de ce qu’elle considère, d’un point de vue géopolitique, comme un mouvement rebelle soudanais ».
Près de la moitié des cinq millions d’habitants que compte le Tchad vit à N’djaména. Cette ville a été le théâtre de violents combats durant la guerre civile tchadienne qui a secoué le pays entre 1965 et le milieu des années 1980 et contraint les fonctionnaires de l’Etat à fuir la capitale.
La rébellion tchadienne est composée de divers mouvements armés, dont huit sont regroupés au sein d’une coalition, le Front uni pour le changement démocratique (FUC).
« Tous ces mouvements souhaitent le départ de M. Deby, mais une fois leur objectif atteint, il sera difficile de maintenir la coalition », a expliqué William Foltz, professeur d’Etudes africaines à l’université de Yale.
« Déby aurait mieux fait de se retirer ».
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