Cet économiste de 54 ans qui succédera le 6 avril à Mathieu Kérékou, l’actuel président, est un évangéliste fervent qui a publiquement remercié Dieu après avoir remporté le premier tour des élections présidentielles – son premier combat politique.
« Il n’existe point de destin qui ne soit construit et béni par Dieu », a-t-il déclaré dans un communiqué, intitulé « Ma prière pour le renouveau économique ».
Au second tour de scrutin – auquel il se présentait en tant que candidat indépendant soutenu par une coalition de mouvements de la société civile et de partis politiques -, Boni Yayi a totalisé 1 979 305 votes contre 637 937 pour Adrien Houngbédji, son adversaire et vétéran de la politique béninoise, chef de file du Parti du renouveau démocratique, l’un des principaux partis du pays.
Selon certains, bien plus qu’une intervention divine, la victoire miraculeuse de Boni Yayi, qui a remporté 74,51 pour cent des voix, reflète le désir de changement du pays.
Selon une sondage d'opinion publié dans le quotidien Nokoué, « Boni Yayi n’est pas un messie ! Toutefois, il est l’homme de la situation ! ». Car, pendant les 15 années de démocratie, a écrit l’auteur, les partis politiques ont échoué sur toute la ligne. « Le Bénin d’aujourd’hui c’est la misère », renchérit Dobou Dine Prudencio, un informaticien. « Le président Boni Yayi est un espoir pour le Bénin, notamment pour la jeunesse ».
Après avoir démissionné de la présidence de la Banque ouest africaine de développement (BOAD), poste qu’il occupait depuis 12 ans, M. Yayi a lancé sa campagne électorale sous le slogan « Avec Boni Yayi, ça peut changer, ça doit changer, ça va changer ».
Déçus par la vieille classe politique, les Béninois se sont ralliés aux visions de ce technocrate, qui après avoir décroché un doctorat en sciences économiques en 1991, a été pendant deux ans le conseiller technique du président Nicéphore Soglo aux affaires monétaires et bancaires, avant de devenir président de la BOAD en 1994.
« Le peuple veut la prospérité. Je suis convaincu qu’ensemble nous allons réussir le changement pour un Bénin nouveau », a déclaré la semaine dernière M. Yayi, après que la Cour constitutionnelle l’ait officiellement proclamé vainqueur de l’élection.
Particulièrement affectés par la chute des cours du coton, les factures pétrolières qui ne cessent de s’accumuler, l’augmentation du prix des denrées alimentaires nourriture et la corruption, les quelque 7,5 millions de Béninois semblent avoir trouvé des raisons de croire en l’avenir avec le vaste programme de changement que le prochain président compte insuffler dans l’économie du pays en éradiquant la corruption et la mauvaise gestion, en fixant de nouvelles orientations politiques et en réarmant moralement le pays.
« Le nouveau président Boni Yayi est attendu pour soulager nos souffrances et apporter un mieux-être avec une équipe d’hommes neufs. Nous attendons de voir le résultat de ces nouveaux venus », a déclaré Akim Osséni, un garde de sécurité.
Selon les indicateurs des Nations unis, le Bénin fait partie des 20 pays les plus pauvres de la planète. L’espérance de vie y est de 54 ans et un tiers de la population est analphabète et vit en dessous du seuil de pauvreté.
Durant ses 12 ans à la BOAD, M. Yayi a réorganisé et assaini la gestion, multiplié les activités et les décaissements, et attiré de nouveaux actionnaires et de nouveaux fonds. Durant sa campagne présidentielle, il a promis que l’une de ses priorités, s’il était élu, serait d’éradiquer la corruption et la délinquance économique et de réinstaurer les valeurs éthiques et le respect de l’Etat.
« Notre méthode de travail ne laissera pas de place à l’impunité », a-t-il déclaré.
M. Yayi a promis de développer le rôle économique traditionnel de trait d’union du Bénin, un pays relais pour ses voisins enclavés du nord, comme le Burkina Faso, et le Niger, tout en développant des liens privilégiés avec le géant nigérian.
« Je favoriserai l’instauration d’un partenariat stratégique avec ce pays frère », a-t-il indiqué.
Au niveau national, M. Yayi a déclaré qu’il combattrait fermement toute tentative visant à attiser ou à susciter la haine ethnique, qu’il paierait les arriérées de salaire des fonctionnaires et ferait dispenser des cours d’instruction civique dans les écoles. Par ailleurs, il a promis de créer un meilleur climat d’investissements et d’oeuvrer pour la promotion de la paix.
Affichant sa volonté d’intégrer tous les Béninois à ce processus, il a rendu visite à Houngbédji, son adversaire, qu’il a loué pour son fair-play.
« Nul ne sera de trop », a-t-il déclaré à la presse. « Car il s’agit de la reconstruction du pays ».
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