Et alors que le délai des dépôts de candidatures à l’élection présidentielle du 3 mai expirait vendredi à minuit, seuls le ministre de l’Agriculture et trois représentants de partis politiques plus ou moins alliés au parti au pouvoir ont déposé un dossier en même temps que président Idriss Déby.
Quant aux poids lourds de l’opposition, ils ont choisi de boycotter le scrutin et ont appelé les électeurs à en faire de même.
« Nous réaffirmons sans ambages que nous ne sommes pas partants et ne cautionnerons pas cette mascarade », a déclaré samedi Lol Mahamat Choua, un leader de l’opposition, lors d’un meeting qui s’est déroulé dans la capitale N’djamena et qui a rassemblé près de 1 000 personnes.
Loin de se contenter d’un simple boycott, M. Choua a appelé les citoyens à bloquer le processus électoral sans cependant spécifier la manière dont ils devront s’y prendre.
« En tout état de cause, les élections annoncées pour le 3 mai prochain n’auront pas lieu. Elles ne doivent pas avoir lieu. Vous devez contribuer activement à ce qu’il en soit ainsi ».
Pour les leaders de l’opposition qui dénoncent le processus depuis que la date des élections a été annoncée en février, le Tchad doit entre autres, remanier sa commission électorale et mettre à jour son fichier électoral, pour garantir la tenue d’élections justes. A la mi-mars, l’opposition a exposé ses doléances lors d’un meeting auquel participaient des représentants du corps diplomatique.
Candidat de l’opposition aux élections de 1996 et de 2001, Ngarlejy Yorongar a présenté la semaine dernière devant le Premier ministre et des représentants de l’ONU, une proposition en 18 points demandant une prolongation de six mois du mandat du président Deby, afin que ce dernier puisse résoudre les problèmes liés au processus électoral.
« Deby a refusé notre proposition ; c’est pour cela que je ne vais pas aux élections. »
Un climat d’incertitude
Ce conflit politique intervient alors que le pays traverse depuis quelques mois une crise générale et que des groupes rebelles menacent de renverser Deby par la force. Ainsi, au cours des deux dernières semaines, le gouvernement a déjoué une tentative de coup d’Etat, des combats ont opposé l’armée nationale à un groupe rebelle dans l’Est du pays, et une fusillade dans la capitale a semé la panique au sein de la population, entraînant la fermeture des commerces, des bureaux et des écoles à N’djaména.
Selon un journaliste local, nombre de personnes estiment que Deby ne terminera pas son mandat.
« Les carottes sont cuites; il va tomber. La question, c’est qui est capable de prendre sa place ? »
Mais si Deby parvient à finir son mandat et que les élections se déroulent comme prévu, un grand nombre de citoyens sceptiques et quelque peu déçus se contenteront d’observer le processus.
« Le problème, c’est que nous avons fini par comprendre que les résultats des élections qu’on donne ne reflètent pas le vote des citoyens », a expliqué à IRIN un homme qui se fait appeler Allarakété. « Je ne crois plus à ces histoires d’élections».
Un autre Tchadien, qui dit s’appeler Mahamat-Zene, désire lancer un message au monde entier.
« Nous ne devons pas laisser Déby continuer à gouverner par la force. Selon le mot d’ordre de l’opposition, il faut sensibiliser la population pour que personne ne sorte le 3 mai ».
Ancien commandant de l’armée, Déby a pris le pouvoir à la faveur d’un coup d’Etat en 1990, avant de remporter des élections controversées en 1996 et en 2001. Il se présente pour un troisième mandat, grâce à un amendement constitutionnel qui, en 2005, a supprimé la clause de limitation des mandats présidentiels à deux mandats consécutifs. Quinze et sept candidats s’étaient respectivement présentés aux deux précédentes élections qui avaient vu la participation de certains poids lourds de l’opposition.
Pahimi Padacket Albert, ministre de l’Agriculture et membre du Rassemblement des nationalistes pour le développement du Tchad/le Réveil, Kassire Coumakoye - ancien Premier ministre du gouvernement du premier mandat de Deby – du Viva Rassemblement national pour le développement et le progrès, Mahamat Abdoulaye du Mouvement tchadien pour la démocratie et Ibrahim Koulamallah du Mouvement socialiste africain rénové, ont présenté leur candidature pour les élections du 3 mai.
Le Conseil constitutionnel devrait se prononcer sur la validité des candidatures d’ici la fin de la semaine.
Mais pour Koumbo Singa Gali Sy, un journaliste qui a été incarcéré par les autorités tchadiennes, le nom des candidats présidentiables n’a pas grande importance.
« Ca sera un non évènement. C’est Déby contre Déby ».
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