Quelque 14 000 réfugiés et déplacés vivent dans des camps près de Guiglo, une localité dans l’ouest de la Côte d’Ivoire, où des partisans du président Laurent Gbagbo ont détruit et incendié les bureaux de dix agences de l’ONU et de plusieurs autres organisations non gouvernementales, entraînant le départ de tout le personnel de l’ONU et des travailleurs humanitaires présents dans la région.
« La situation est extrêmement grave. Nous ne savons pas ce que deviendront ces gens », a déclaré Abdou Dieng, représentant du Programme alimentaire mondial (PAM) en Côte d’Ivoire.
Des jeunes manifestants en colère ont saccagé ou volé au moins 20 véhicules des Nations unies et dérobé dans les entrepôts du PAM quelque 700 tonnes de riz destinés aux populations vulnérables, selon le Bureau des Nations unies pour la coordination des Affaires humanitaires (OCHA). Ils ont également emporté des ordinateurs portables, des appareils photos, des scanners, des groupes électrogènes et des téléphones satellitaires.
Le montant total du préjudices subis par l’ONU pourrait s’élever à 1,8 millions de dollars, a indiqué dans un communiqué Abdoulaye Mar Dieye, le coordonnateur humanitaire des Nations unies. Il a par ailleurs condamné les « violations flagrantes des droits de l’homme et des principes du droit humanitaire ».
Lundi, des représentants des Nations unies se sont réunis pour décider des prochaines mesures à prendre. « Nous faisons encore l’inventaire des dégâts et essayons de voir comment poursuivre notre assistance humanitaire », a indiqué un des représentants.
Actuellement, les agences de l’ONU fournissent une aide alimentaire et humanitaire à près d’un million de personnes vulnérables, et sur les 17 millions d’habitants que compte le pays, une personne sur cinq reçoit une aide d’une organisation humanitaire, ont expliqué des représentants des l’ONU.
Les manifestations de la semaine dernière, qui ont duré quatre jours et paralysé Abidjan, la capitale économique, visaient le plan de paix de l’ONU pour la Côte d’Ivoire, un pays coupé en deux depuis plus trois ans, où les rebelles occupent la région nord et les forces gouvernementales, la région sud.
Alors que le calme est revenu à Abidjan, le chef de la mission de l’ONUCI – Opération des Nations unies en Côte d’Ivoire –, Pierre Schori, déclarait au cours d’une conférence de presse tenue ce week–end, que la situation dans l’ouest était « très préoccupante …car elle pouvait déboucher sur une catastrophe humanitaire ».
Le personnel de l’organisation médicale internationale Médecins sans frontières -France (MSF) et quelques autres travailleurs humanitaires sont restés dans la région, selon Elzein Hiam, la responsable de la mission, qui a indiqué par ailleurs que les centres nutritionnels et de santé continuaient de fonctionner.
« Nous essayons de réserver un espace humanitaire », a-t-elle déclaré.
La région forestière entourant Guiglo abrite un camp de réfugiés hébergeant quelque 8 000 Libériens et un autre camp où vivent près de 6 000 agriculteurs burkinabés expulsés de leurs plantations en Côte d’Ivoire pendant le conflit.
Presque tous les travailleurs humanitaires ont été contraints de quitter la région la semaine dernière, après que des manifestants en colère aient incendié le feu et pillé des bureaux de l’ONU pour protester contre la mort de cinq jeunes tués par des casques bleus lors de l’attaque de leur camp.
Plusieurs centaines de casques bleus bengalais ont alors abandonné leurs camps de Guiglo et de Duékoué pour se replier près de la zone tampon qui sépare les positions des forces rebelles de celles des forces gouvernementales.
Pour les réfugiés et les personnes déplacées restés dans l’Ouest, la priorité est la reprise de l’aide aux populations vulnérables, a expliqué M. Dieng du PAM.
« Nous devons retourner dans la région, car nous ne pouvons pas les abandonner ».
Le départ du personnel de l’ONUCI de la région a été vivement critiqué dans la presse favorable à la rébellion et à l’opposition. L’année dernière, la région Ouest avait été le théâtre de sanglants affrontements intercommunautaires qui ont fait au moins cent morts et des milliers de déplacés.
Le quotidien de l’opposition, le Nord-Sud, a qualifié les casques bleus bengalais de « touristes armés » incapables de protéger la population qui avait le plus besoin d’eux. Ce sentiment est partagé par la plupart des habitants d’Abidjan, et par la communauté des migrants, en particulier.
Des manifestations pour le départ du pays des quelque 10 000 casques bleus ont éclaté après que le Groupe de travail international (GTI) ait déclaré qu’il n’y avait aucune raison de proroger le mandat des députés de l’Assemblée nationale, qui expirait le 16 décembre.
Interprétant le communiqué du GTI comme une décision de dissoudre l’Assemblée nationale, les Jeunes Patriotes, partisans du président Gbagbo, sont descendus dans la rue pour ériger des barrages, intimider les habitants et assiéger le quartier général de l’ONUCI et l’ambassade de France.
Selon le Secrétaire général des Nations unies, Kofi Annan, ces manifestations de violence ont été « orchestrées » et dirigées contre les Nations unies et la population. Il a par ailleurs critiqué le manque de réaction de certaines autorités locales face à la situation.
Le Conseil de sécurité se réunit lundi pour décider si des sanctions doivent être prises à l’encontre des personnalités ivoiriennes qui entravent le processus de paix.
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