A Daola, localité située dans l’ouest et dans la ville portuaire de San Pedro, au sud-ouest du pays, la vie semble avoir aussi repris son cours normal.
Les manifestants massés depuis quatre jours devant le siège de l’ONUCI - Opération des Nations unies en Côte d’Ivoire – et bloquant l’accès à l’immeuble ont eux aussi mis fin à leurs actions, a indiqué Gilles Combarieu, le porte-parole militaire des forces de l’ONUCI.
« La situation est redevenue normale la nuit dernière vers 20 heures », a déclaré M. Combarieu. « Dès que le mot d’ordre a été donné, ils sont partis très rapidement », a-t-il ajouté.
Jeudi soir, pendant que le Conseil de sécurité se réunissait à New York pour débattre de la situation en Côte d’Ivoire, le leader des Jeunes Patriotes, Charles Blé Goudé, avait appelé ses sympathisants à cesser leurs manifestation et à lever les barrages qui bloquaient depuis le début de la semaine les principaux axes routiers d’Abidjan, la capitale économique du pays.
« Nous appelons à nos amis, dans les différents quartiers, à lever les barrages », a-t-il lancé sur les ondes de la radio nationale.
Les forces de l’ONUCI ont été prises à parti cette semaine par les Jeunes Patriotes après la recommandation faite par le Groupe de travail international de ne pas proroger le mandat des députés de l’Assemblée nationale ivoirienne qui a expiré le 16 décembre dernier.
Pour tenter de désamorcer la crise, le président nigérian, Olusegun Obasanjo, s’était rendu mercredi en Côte d’Ivoire pour rencontrer les deux chefs de fille de la politique ivoirienne et avait précisé, au cours d’un point presse, que « le Groupe de travail international n’avait pas le pouvoir de dissoudre l’Assemblée nationale et qu’il n’en avait pas l’intention ».
A New York en revanche, le Conseil de sécurité de l’ONU s’est dit très « préoccupé » par la situation et a brandi la menace de sanctions ciblées à l’encontre de toute personne faisant obstacle au travail de l’ONUCI.
« Ceux qui se comportent de cette manière doivent savoir que le moment viendra ils où devront répondre de leurs actes et des désagréments qu’ils causent à leur société », a déclaré à la presse, Kofi Annan, le secrétaire général des Nations unies.
M. Annan a également écarté toute idée de retrait des casques bleus, malgré les attaques dont ils ont fait l’objet dans l’ouest de la Côte d’Ivoire et qui ont fait cinq morts parmi les manifestants.
Selon de nombreux analystes et éditorialistes, les récents incidents sont dus à une lutte de pouvoir entre le président Gbagbo – dont le mandat a été prorogé par le Conseil de sécurité jusqu’en octobre prochain et pour qui l’Assemblée nationale reste le dernier bastion de son pouvoir – et M. Banny, nommé Premier ministre par intérim, conformément aux dispositions du plan de paix.
Pour le porte-parole de la rébellion, Sidiki Konaté, les manifestations de cette semaine ont été orchestrées par M. Gbagbo et par son parti, le FPI (Front Populaire ivoirien), pour déstabiliser M. Banny.
« Il est difficile de comprendre ce que le parti au pouvoir a gagné dans tout cela », a expliqué M. Konaté. « Ils ont tenté de déstabiliser le Premier ministre, mais comme le Conseil de sécurité a réaffirmé son soutien à M. Banny, ils n’y sont pas parvenus ».
Pour d’autres observateurs, en revanche, le camp de Gbagbo a remporté une importante victoire cette semaine.
« La crise a été bien orchestrée et coordonnée par la présidence. Et dans l’épreuve de force que M. Gbagbo a engagé contre M. Banny, la présidence a remporté une victoire », a expliqué un diplomate occidental, sous couvert de l’anonymat.
Par ailleurs, commentant le peu d’enthousiasme manifesté par la police ou les forces de sécurité pour mettre fin aux troubles, malgré l’interdiction des manifestations dans le pays, le diplomate a ajouté :
« Ils ont démontré qu’ils contrôlent encore les forces de sécurité et les milices et qu’on doit encore compter avec eux. M. Gbagbo a prouvé qu’il contrôlait la situation et que le Premier ministre n’a aucun moyen d’imposer ses décisions ».
Ecrivain et éditorialiste ivoirien respecté, Venance Konan ne partage pas cet avis. Selon lui, ces incidents sont la conséquence d’une action menée par M. Gbagbo pour renforcer son pouvoir politique, après la perte de portefeuilles des Finances et de la Défense dans le nouveau gouvernement, et pour contrôler la Commission électorale nationale.
« L’Assemblée nationale est leur dernier bastion. Sans elle, ils ne peuvent plus contrôler le processus électoral et remporter les élections », a-t-il ajouté.
Mais pour la rébellion, avec les troubles que le pays a connus cette semaine, il faut s’interroger sur la capacité de l’ONUCI à faire face à ces manifestations.
« Nous attendons…que l’ONUCI nous explique comment elle compte sécuriser Abidjan », a fait remarquer M. Konaté. « Si le même scénario se produit pendant les élections, quelle sera la réaction des casques bleus ? Battre en retraite à nouveau ? »
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