Lors du sommet France-Afrique de Bamako, Ely Ould Mohammed Vall, le chef de la junte militaire, a réitéré au président français, Jacques Chirac, et à d’autres chefs d’Etat africains, ses promesses de quitter le pouvoir à la fin de la période de transition, après les élections présidentielles.
En effet, dans une interview accordée fin novembre au quotidien français Le Monde, Ely Ould Mohammed Vall a défendu le principe de l’alternance.
« Le système de parti unique est un système sans soupape de sûreté. On s’inscrit au pouvoir pour 20 ou 30 ans et on s’installe dans la perspective de le passer à un dauphin ou peut être même de le faire hériter à sa progéniture », a-t-il déclaré.
Le 3 août dernier, M. Vall et certains officiers de l’armée mauritanienne ont renversé le président Maaouya Ould Taya, au pouvoir depuis plus de 21 ans. Ce coup d’Etat n’est pas une surprise car M. Ould Taya avait failli être renversé en juin 2003 pendant un soulèvement populaire sanglant, réprimé par les forces loyalistes après deux jours de combats intenses à Nouakchott, la capitale. L’année suivante, les autorités mauritaniennes ont avoué qu’elles avaient déjoué au moins deux autres tentatives de coup d’Etat.
Mais les chefs d’Etats de la sous-région et la communauté internationale avaient alors fermement condamné le coup de force du colonel Val qui, dès sa prise de fonction, avait pourtant promis de rendre le pouvoir à un gouvernement civil, démocratiquement élu.
C’est dans ce même esprit de respect des engagements pris qu’il a retenu la période de mars 2007 pour les prochaines élections présidentielles du pays.
Pour garantir l’alternance et assurer des élections transparentes, une Commission électorale nationale indépendante composée de 15 membres a été instituée le 29 novembre dernier.
C’était là l’un des principaux éléments de la feuille de route élaborée lors de la conférence d’octobre sur la transition démocratique mauritanienne. A l’occasion de l’installation de cette Commission, M. Val a réaffirmé que cette institution serait indépendante du pouvoir politique.
« Les instructions ont été données à toute l’administration de coopérer avec eux, de respecter leur liberté, leur décision de manière transparente », a déclaré M. Vall.
Mais certains observateurs émettent des réserves.
« Les autorités ont fait un grand effort de relations publiques, par de nombreuses déclarations d’intentions et de promesses sur papier qui constituent déjà un premier engagement », a confié à IRIN un diplomate en poste à Nouakchott.
« Nous devons maintenir la pression concernant le refonte des listes électorales. On ne sait pas encore exactement en quoi va consister le recensement administratif à vocation électorale promis par les autorités ».
Les questions pratiques relatives à la procédure de vote restent encore à éclaircir, a ajouté le diplomate, comme le nombre de députés élus par circonscription électorale, le financement des prochains scrutins – sans même parler de l’élaboration du budget 2006.
« Il y a [également] une incertitude sur les futurs revenus pétroliers, sur les accords de pêche de l’Union européenne qui doivent être renégociés le mois prochain, et aussi sur l’allègement de la dette qui pourrait ne pas intervenir en 2006, ce qui fait beaucoup d’inconnues pour l’instant », a ajouté le diplomate.
Bien que les ressources soient limitées sur les vastes étendues désertiques de la Mauritanie, ses mers regorgent de poisson - une source importante de revenus à l’exportation - et de pétrole – dont la production devrait commencer en 2006.
La plupart des citoyens mauritaniens ont applaudi le coup d’Etat du mois d’août, mais certains souhaitent maintenant une dissolution de l’ancien parti-Etat ou, tout au moins, une nette démarcation des nouvelles autorités vis-à-vis du parti du président déchu.
« Les Mauritaniens ont applaudi le départ d’un régime, d’une méthode de gestion, d’une philosophie, d’une culture et non le départ d’une personne », a déclaré Mohamed Ould Haidalla, farouche opposant à l’ancien président Ould Taya et candidat malheureux aux élections présidentielles de 2003 - qui avaient d’ailleurs été largement condamnées en raison de ses irrégularités.
Cependant, M. Haidalla s’est dit consterné de voir que l’ancien parti au pouvoir, le Parti Républicain Démocratique et Social, rebaptisé Parti Républicain démocratique pour le renouveau, n’a pas eu de compte à rendre à propos de ses vingt années de pouvoir et qu’il semble bien au contraire jouir de « toute son auréole d’antan ».
Les détracteurs de M. Ould Taya avaient accusé son gouvernement de détournement de deniers publics et d’enrichissement personnel, mais M. Vall avait rejeté toute idée de poursuite judiciaire.
« Il faudrait demander des comptes à tous ceux qui ont travaillé dans ce système depuis 20 ans, du planton au ministre. Il faudrait un siècle et demi pour régler ce problème et je ne pense pas que cela apporte quelque chose à la Mauritanie », a indiqué à plusieurs reprises M. Vall qui a promis en revanche de lutter contre ses pratiques.
M. Vall n’a pas n’envisagé non plus d’ouvrir le dossier du passif humanitaire des années 89-91 marqué par de multiples exactions envers la communauté négro-africaine et par la déportation et la fuite de plus de 65 000 Mauritaniens à l’étranger. Environ 20 000 sont toujours en exil au Sénégal et 7 000 au Mali.
Certaines associations de défense des droits de l’homme, connues pour avoir défié l’autorité de M. Ould Taya, sont également mécontentes de l’habitude de M. Vall.
SOS-Esclaves, une ONG locale qui se bat pour mettre fin à la pratique de l’esclavage en Mauritanie a refusé d’accompagner les autorités à Bruxelles pour plaider la cause de la Mauritanie auprès des bailleurs de fonds, car le problème de l’esclavage ne semble pas préoccupé la nouvelle junte.
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