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Le rejet de l'excision n'est pas une entorse à la tradition

Des chefs religieux et coutumiers d’Afrique de l’ouest réunis à Dakar, la capitale sénégalaise, à l’occasion d’une conférence parlementaire africaine, ont réaffirmé leur attachement à l’éradication de l’excision et expliqué que l’abandon de cette pratique ne constituait pas un rejet des valeurs traditionnelles ou religieuses.

« Il n’y a rien qu’on abandonne du point de vue de la culture africaine quand on abandonne l’excision », a déclaré à la presse M. Mélégué Traoré, chef coutumier Sénoufo et ancien président de l’Assemblée nationale burkinabé, dimanche, à l’ouverture d’une conférence réunissant des hommes politiques, des représentants d’organisations humanitaires, des experts religieux et des chefs coutumiers.

Selon l’Organisation Mondiale de la Santé, cette pratique touche annuellement environ 3 millions de fillettes, principalement dans 28 pays d’Afrique et du Moyen-Orient.

« La justification première est qu’on pratique l’excision parce que c’est une exigence de la tradition », a déclaré M. Traoré.

Organisée par les parlementaires sénégalais, sous l’égide de l’Union parlementaire africaine, de l’Union interparlementaire et de l’UNICEF, cette conférence réunissait les délégations de plusieurs parlements africains qui ont débattu de l’éradication de l’excision, - une pratique largement répandue malgré les lois nationales et internationales qui la considèrent comme une violation des droits de l’homme et une atteinte à l’intégrité physique de la femme.

Les participants à la conférence ont reconnu que les chefs religieux et coutumiers ont un rôle important à jouer pour changer la manière dont l’excision est perçue au sein des communautés qui croient que cette pratique est recommandée par la tradition ou la religion.

Hadja Nene Yansane, une habitante de Conakry, la capitale guinéenne, soutient que l’excision est exigée par la religion, et même par la morale.

« Si une fille n’est pas excisée, elle se livre à la prostitution », a-t-elle déclaré. « C’est une prescription du Coran ».

Avec un taux de prévalence de 99 pour cent chez les femmes âgées de 15 à 49 ans, la Guinée a le taux de prévalence de l’excision le plus élevé de la sous-région, a révélé une enquête nationale de santé.

Mais selon Abdoul Aziz Kébé, un expert en islam, population et développement, la religion ne sanctionne pas l’excision.

Et de nombreux autres chefs religieux présents à la conférence ont souligné que selon le Coran, « toute altération à la création de Dieu est une atrocité inspirée par le diable ». (Sura Al Nissa, 119)

« La préservation de l’intégrité physique est donc un droit dans la culture musulmane », a expliqué M. Kébé, ajoutant qu’on ne peut mutiler que pour des raisons pénales ou médicales.

L’excision se rencontre principalement sous trois formes : l’ablation simple du clitoris, l’ablation du clitoris et des lèvres internes, et l’infibulation, une opération consistant à enlever les organes génitaux externes puis à recoudre l’orifice vaginal en ne laissant qu’une petite ouverture pour que l’urine et les menstruations puissent s’écouler.

Cette opération a des effets dommageables et irréversibles pour la santé physique de la femme, notamment des hémorragies, des kystes, l’incontinence, l’absence de plaisir sexuel, et la stérilité. Sans parler des risques d’infection au VIH/SIDA ou des difficultés que les femmes rencontrent lors de l’accouchement.

Bien que la pratique semble en déclin dans certains pays, les experts ont indiqué que des actions constantes et concertées entre les gouvernements, la communauté internationale et la société civile nécessaires pour éradiquer l’excision.

Dans leur déclaration finale, les conférenciers ont qualifié les chefs religieux et coutumiers « d’alliés précieux » pour le combat contre l’excision et recommandé que des campagnes de sensibilisation soient menées auprès d’autres chefs traditionnels.

« J’ai assez de poids [en tant que chef traditionnel] pour que ce que je dis soit suivi. C’est un gros avantage. C’est pourquoi les autorités coutumières [et religieuses] doivent être considérées comme un groupe cible pour qu’ils agissent dans leur communauté », a souligné M. Traoré.

Selon M. Kébé, les chefs religieux doivent également avoir le courage d’aborder ce sujet délicat dans les lieux appropriés.

« Le problème, c’est qu’on en parle dans les ateliers, dans les conférences mais on ne les intègre pas dans nos prêches et dans nos programmes [télé et radio] », a regretté M. Kébé.

« Je pense que c’est parce que souvent, le discours moral l’emporte sur le discours scientifique. C’est plus facile et c’est plus audible. Le discours scientifique demande un argumentaire et ça prend du temps pour que les gens l’acceptent ».

Si elle n’est pas toujours perçue comme une recommandation religieuse, l’excision est considérée dans de nombreuses sociétés comme une composante du rituel d’initiation collective des jeunes filles, comme la circoncision l’est chez les garçons.

Mais selon les experts présents à la conférence, le rite initiatique ne revêt plus aujourd’hui la même importance et l’excision se fait de plus en plus individuellement.

« L’excision et la circoncision étaient liés à l’initiation. Mais dans la grande majorité de sociétés africaines, l’initiation ne se fait plus comme autrefois », a expliqué M. Traoré.

L’une des préoccupations majeures de ceux qui luttent contre l’excision est que cette nouvelle tendance, qui privilégie la pratique individuelle au détriment d’un rituel collectif, favorise la « médicalisation » du processus - c'est-à-dire que de plus en plus d’opérations sont effectuées dans des hôpitaux, par du personnel médical.

En Guinée, une ONG nationale luttant contre l’excision a récemment mis en garde le gouvernement contre cette nouvelle tendance, affirmant que beaucoup de personnes pensaient que les opérations effectuées en milieu hospitalier éliminaient toutes les complications dues à l’excision.

Le gouvernement a fait passer le message aux professionnels de la santé.

« Les autorités nous ont réunies, pour nous dire d’abandonner les ciseaux de l’excision », a déclaré à IRIN Maférine Conté, une matrone à la maternité de Madina, à Conakry. « Depuis lors, moi, j’ai cessé de pratiquer ».

Selon un nouveau rapport de l’UNICEF, l’Organisation mondiale de la santé et l’Association médicale mondiale ont condamné la participation du personnel médical à toute sorte de mutilation sexuelle féminine.

Et pour M. Traoré, lorsqu’on aborde le sujet de l’excision, les gens font un amalgame entre valeurs culturelles et pratiques culturelles.

« Les valeurs culturelles - la solidarité, le sens de la communauté, la nomenclature des noms - sont différentes des pratiques que l’on peut abandonner sans perdre la culture », a-t-il déclaré.

« Par exemple, donner un nom Sénoufo à ma fille est plus important pour le maintien de la culture Sénoufo que de la faire exciser ».

This article was produced by IRIN News while it was part of the United Nations Office for the Coordination of Humanitarian Affairs. Please send queries on copyright or liability to the UN. For more information: https://shop.un.org/rights-permissions

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