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L'Afrique de l'ouest face aux défis des nouvelles technologies

Alors que les décideurs du monde entier plaident en faveur d’un partage plus équitable des avantages découlant des Nouvelles technologies, en Afrique de l’ouest, la réalité sur le terrain rappelle toute l’ampleur de la tâche qui reste à accomplir.

Au Sommet mondial sur la Société de l’information qui s’est tenu la semaine dernière à Tunis, de nombreux chefs d’Etat et de gouvernement du monde, dont le secrétaire général des Nations unies Kofi Annan et le président en exercice de l’Union africaine (Ua), Olusegun Obasanjo, ont plaidé en faveur d’une réduction de la fracture numérique entre les campagnes et les villes et entre les pays riches et les pays pauvres.

« Les technologies de l’information suscitent de très fortes aspirations, non comme une fin en soi, mais en raison des possibilités qu’elles recèlent », a déclaré M. Annan à l’occasion du discours inaugural du sommet de Tunis. « Je vous engage vivement à répondre à ces aspirations et à prendre les mesures concrètes requises pour faire de ce sommet un événement historique qui aura fait avancer la cause du développement, de la dignité et de la paix ».

Beaucoup de personnes pensent qu’il est important de promouvoir l’utilisation des téléphones portables et de l’Internet – ou des nouvelles technologies de l’information et de la communication, communément appelés les NTIC – pour atteindre certains objectifs du Millénaire pour le développement tels que l’élimination de l’extrême pauvreté et l’amélioration de la santé.

Mais au Niger, le pays le plus pauvre de la planète, selon l’index de développement humain des Nations unies (ONU), seules deux personnes sur 1000 ont accès à l’Internet.

« A Zinder, les gens ne sont pas encore habitués à l’Internet », s’est plaint Ali Lamine, tout fier de posséder le premier cybercafé ouvert dans la deuxième plus grande ville du Niger située dans une région désertique très affectée par la crise alimentaire de cette année.

« Quand j’ai ouvert mon cybercafé, j’ai fait trois mois de publicité sur les radios locales pour inviter la population à venir découvrir le monde de l’Internet. Mais c’est peine perdue. Seuls quelques agents des ONG venaient de temps en temps naviguer ».

« Regarde », a-t-til ajouté, en montrant la salle presque vide. « Il n’y a que cinq machines en activité sur les dix installées. A ce rythme, je risque de fermer ».

Pour Maïmouna Hassan, le coût de l’accès à l’Internet est le nœud du problème.

« Je veux bien naviguer, mais l’Internet coûte cher à Zinder », fait-elle remarquer. Alors que le coût horaire des connexions a baissé ces dernières années, ici, il est encore trois fois supérieur aux prix pratiqués à Niamey, la capitale nigérienne.

Et Lamine se trouve dans une situation bien embarrassante. Il ne peut pas réduire ses prix s’il n’a pas plus de clients pour lui permettre de couvrir ses frais généraux.

Mais dans un pays où le taux d’alphabétisation des adultes est inférieur à 15 pour cent et où près de la moitié de la population vit avec moins d’un dollar par jour, il est difficile de promouvoir l’accès à l’Internet quand on sait que le contenu des pages Web est essentiellement textuel et que le coût horaire de la connexion est de 3 dollars américains.

Si l’utilisation du téléphone ne nécessite pas de connaissances particulières, la couverture du réseau mobile reste très faible en dehors des grandes villes, et les communications interurbaines coûtent cher. Et malgré l’arrivée sur le marché de trois nouveaux opérateurs de téléphonie mobile, la plupart des 10 000 villages de ce pays enclavé ne bénéficient pas de cette couverture.

Il n’est donc pas surprenant de constater qu’en 2003, seuls six personnes sur dix mille abonnés à un téléphone mobile, selon le dernier rapport du Programme des Nations unies pour le développement, un nombre insignifiant comparé à la moyenne mondiale

Des thème récurrents

Mais le Niger n’est pas le seul pays d’Afrique à faire face à ces défis technologiques.

La fracture numérique s’accentue dans une grande partie de l’Afrique dont la population de près d’un milliard d’habitants représente moins de trois pour cent des utilisateurs de l’Internet dans le monde. Et selon les estimations de l’ONU, les abonnés à un téléphone mobile en Afrique subsaharienne ne représentent que le cinquième du nombre moyen d’abonnés dans le monde.

En Guinée, par exemple, où le gouvernement a déjà des difficultés pour assurer certains service de base, en raison de la crise politique et économique qui y sévit, les télécommunications sont très peu fiables, même dans la capitale.

Country Map - West Africa, covers over 20 sub-Saharan countries, in addition to Western Sahara.
L'Afrique de l'ouest est la région la plus pauvre de la planète

« Je passe des journées entières assis à attendre les clients, et lorsqu’ils viennent et que je compose les numéros demandés, je n’arrive pas à avoir la communication », s’est plaint Mamadou Diang Diallo, propriétaire d’un petit télécentre à Conakry.

« Le télécentre n’est pas rentable. Je pense que je vais changer d’activité et vendre plutôt du pain et du beurre ».

Mais certains guinéens très entreprenants exploitent les opportunités qu’offrent les NTIC dans un pays où le nombre d’internautes a été multiplié par cinq depuis 2000, selon la société Internet World Stats.

« Nous avons identifié et saisi cette opportunité », a indiqué Moustapha Naite, 29 ans, propriétaire de Mouna Communications, un cybercafé ouvert en plein coeur de la capitale et qui est passé en peu de temps de deux à 40 ordinateurs. « L’Internet est comme une drogue. Quand vous y avez goûté, vous ne pouvez plus vous en passer ».

Naite se considère comme un homme d’affaires, qui met en place une infrastructure technologique dans un pays où la majorité des gens vit avec moins d’un dollar par jour.

« Cette technologie permettra à tout le monde de faire des projets pour l’avenir et de réduire la pauvreté », a-t-il dit.

Pour une nouvelle stratégie de développement

Dans le Mali voisin, le marché de la téléphonie mobile est en plein essor, mais dans les campagnes, il y a moins d’une ligne pour mille habitants, explique le ministre de la Communication.

Et la majorité des cybercafés se trouvent dans les centres urbains.

C’est justement pour inverser cette tendance que le gouvernement malien s’est lancé dans un vaste projet de création de 50 centres multimédias communautaires sponsorisé par l’UNESCO. Ce projet a pour objectif d’associer la radio aux NTIC afin de transmettre des informations aux communautés qui n’ont ni les moyens ni la connaissance pour y accéder en ligne.

Grâce aux télécentres, les opérateurs peuvent fournir des réponses aux interrogations des populations en allant chercher sur le Net des informations pertinentes qu’ils peuvent ensuite traduire dans les langues locales.

A terme, les télécentres peuvent aussi devenir des centres d’information sur la santé, par exemple, et des sources de revenu dont le coût de construction sera bien inférieur à celui d’une bibliothèque classique.

« Aujourd’hui, avec les nombreuses opportunités qu’offrent les NTIC, les pouvoirs publics doivent œuvrer pour que le plus grand nombre de populations y accèdent », a déclaré le président malien, Amadou Toumani Touré, à l’occasion de l’ouverture de la rencontre des municipalités du Mali, le 14 novembre. « C’est ainsi qu’on pourra combler la fracture numérique entre ville et campagne ».

Avantages et inconvénients de la technologie

Mais beaucoup de Maliens ont peur des nouvelles technologies et de leurs éventuels effets pervers.

« Les contenus des cybercafés nous échappent », a expliqué Oumou Touré Traoré, responsable d’une organisation de défense des droits des femmes à Bamako, la capitale malienne. « Nos enfants se retrouvent souvent à surfer sur des sites pornographiques ».

Et au-delà des besoins élémentaires que sont la fourniture d’eau potable et la couverture des besoins alimentaires, il s’agit de définir les priorités.

« L’Internet est un outil encore réservé à l’élite », Gregg Zachary, un écrivain américain qui a publié beaucoup d’articles sur la technologie et le développement en Afrique. « En Afrique les populations ont besoin d’électricité, de postes radio et de téléphones cellulaires bon marché ».

« Vous n’entendrez pas souvent parler de réduction du coût des connexions ou de l’augmentation de la taille de la bande passante », a-t-il expliqué au cours d’un entretien téléphonique, ajoutant qu’il est peu probable que le récent sommet de Tunis ait un impact significatif sur la vie des Africains moyens.

Mais il reste à déterminer les technologies – si tant est qu’elles existent – qui auront un impact positif en Afrique de l’ouest.

Même si le Mali a fait ces dernières années d’énormes progrès en matière de développement des télécommunications, il reste le quatrième pays le plus pauvre de la planète selon l’index de développement humain de l’ONU.

Malgré cela, le ministre malien de la Communication, Gaoussou Drabo, est convaincu que les nouvelles technologies et les opportunités de développement qu’elles offrent, promettent un meilleur avenir à l’Afrique.

« Nous avons raté toutes les révolutions...il ne faut qu’on rate celle-là si nous voulons décoller ».


This article was produced by IRIN News while it was part of the United Nations Office for the Coordination of Humanitarian Affairs. Please send queries on copyright or liability to the UN. For more information: https://shop.un.org/rights-permissions

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