« Depuis l’augmentation des prix de l’essence en mai dernier, qui a entraîné une augmentation des prix des produits et services de base, le salaire des travailleurs n’a pas été augmenté d’un centime», a déclaré à IRIN Yamoussa Touré, le secrétaire général adjoint de la CNTG.
La CNTG avait appelé mardi à une grève de 48 heures pour exiger que la multiplication des salaires et des pensions par quatre, l’instauration d’un salaire minimum interprofessionnel garanti et d’un tribunal administratif pour les travailleurs de la fonction publique, et une réduction du coût des transports publics.
Soutenue par un autre des trois syndicats du pays, l’Union syndicale des travailleurs guinéens (USTG), la grève a paralysé les écoles et services administratifs et contraint les hôpitaux à assurer un service minimum, de nombreux patients se trouvant obligés de faire la queue devant l’hôpital Donka, le plus important de la capitale, pour solliciter une assistance médicale.
« C’est maintenant notre dernier recours », a déclaré un fonctionnaire du ministère des Affaires sociales. « Il y a trop longtemps que le régime du président Lansana Conté ne nous prend pas au sérieux ».
Au pouvoir depuis 21 ans, le président Conté fait face depuis deux ans à la colère de la population qui doit composer avec une inflation galopante qui hypothèque les maigres revenus de ces quelques Guinéens qui peuvent s’estimer heureux d’avoir un emploi.
Et lorsque le prix de l’essence a augmenté de 55 pour cent, au mois de mai, entraînant une hausse importante du prix des transports publics, les syndicats ont exigé une multiplication par quatre de leurs salaires. Mais les négociations avec les autorités n’ayant pas abouti, la CNTG a décidé de déclencher cette semaine un mouvement de grève de 48 heures.
« Ce n’est pas une action politique », a déclaré El Hadj Mamadou Bah de la CNGT. « Nous défendons les intérêts moraux et matériels des travailleurs pour que nous puissions vivre décemment ».
Le prix du riz, la denrée de base de ce pays de 8 millions d’habitants, a presque doublé entre janvier 2004 et novembre 2005, le sac de 50 kg passant de 50 000 francs à environ 85 000 francs, soit environ la moitié du salaire moyen mensuel d’un fonctionnaire de l’Etat.
L’inflation, qui se situait juste en dessous des 28 pour cent en 2003, était de plus de 30 pour cent au second trimestre de 2005, selon le ministère de l’économie et des finances.
La grève de mardi s’est également étendue aux provinces de Leluma, Mali, Faranah, Dinguirai, Koubia et Fria où de nombreux travailleurs sont restés chez eux.
Selon certains témoignages, des étudiants en colère ont saccagé des véhicules et plusieurs jeunes manifestants ont été interpellés par la police dans les rues de Conakry. A Madina, des heurts ont également opposé les commerçants du centre commercial aux forces de l’ordre.
A en croire la centrale syndicale, le mot d’ordre de grève a été largement suivi et le mouvement prendra fin le 16 novembre, comme prévu. Toutefois, la centrale n’a pas écarté une possible reconduite le mouvement de grève si les exigences des travailleurs n’étaient pas satisfaites.
La Guinée détient un tiers des réserves mondiales de bauxite, le minerai utilisé pour produire de l’aluminium. Le pays possède également des réserves d’or, de diamants et de fer, largement inexploitées. Sa forte pluviométrie lui donne aussi un vaste potentiel agricole.
Mais selon les diplomates et les travailleurs humanitaires, la mauvaise gouvernance et la corruption ont précipité le déclin économique du pays et nombreux sont ceux qui se demandent ce qui arrivera lorsque le président Conté, qui a 71 ans et est diabétique, quittera finalement la scène politique.
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