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Les candidats à l'immigration clandestine retournent chez eux

Epuisés mais soulagés, les 140 premiers Sénégalais rapatriés volontaires du Maroc qui avaient tenté d’entrer clandestinement en Europe pendant des mois, voire des années, ont regagné leur pays lundi après-midi à bord d’un avion de la compagnie marocaine Royal Air Maroc.

« Je suis content d’être revenu », s’est exclamé Abdouramane Kandé, un jeune homme de 27 ans originaire de Kolda, une ville proche de la frontière sud avec la Guinée Bissau. « Là-bas c’était dur, certains sont morts, mais moi je suis en bonne santé ».

Lundi, le Représentant spécial du Secrétaire général des Nations unies pour l’Afrique de l’Ouest, a indiqué que des dizaines de milliers de jeunes n’ont pas d’emploi adéquat en Afrique de l’Ouest et que les perspectives limitées dans leurs pays poussent un nombre croissant d’entre eux à entreprendre des actions désespérées pour tenter d’émigrer clandestinement en Europe et en Amérique du Nord.

« Je n’ose même pas évoquer les scènes que nous risquons de contempler dans, disons vingt ans, si nous ne faisons pas un effort considérable pour créer des emplois et des opportunités en Afrique de l’Ouest », a déclaré M. Ould Abdallah.

Un rapport complet sur les événements sera rédigé avant le sommet Franco-africain de décembre qui se tiendra à Bamako et qui abordera le problème des jeunes gens comme Kandé, a promis le Bureau des Nations unies pour l’Afrique de l’ouest (UNWA).

Le périple du jeune homme qui a quitté le Sénégal en août 2003 « parce qu’en Afrique il y a la souffrance, on cultive, on ne récolte rien du tout », l’a mené successivement au Mali, au Burkina Faso, au Togo, au Niger, en Algérie, au Maroc et brièvement en Espagne.

Kandé fait partie des centaines de clandestins africains qui ont tenté de gagner l’Europe et ont été arrêtés près des enclaves espagnoles de Ceuta et Melilla ces dernières semaines.

Les clôtures hérissées de barbelés des deux enclaves ont subi ces dernières semaines les assauts répétés de migrants originaires d’Afrique Subsaharienne. Une douzaine d’entre eux ont été tués en tentant de les franchir.

« C’est à Melilla que je me suis blessé sur les barbelés », a-t-il indiqué en montrant sa main bandée. « J’ai quand même passé le grillage et je me suis arrêté dans la ville. La guarda – police espagnole - m’a arrêté et renvoyé au Maroc ».

[Senegal] Illegal Senegalese immigrants were rapatriated to Dakar from the Oujda-Angad Airport for Dakar on board a 737 Boeing of the Royal Air Maroc "RAM".
Un rapatrié sénégalais attendant d'être interrogé par les autorités à l'aéroport de Dakar

Des centaines de sénégalais et maliens ont été transportés par les autorités marocaines dans la ville d’Oujda, au nord-est du Maroc, pour être rapatriés dans leurs pays d’origine, tandis que près d’un millier d’autres étaient convoyés à travers le désert, dans le sud du pays, vers les frontières avec l’Algérie et la Mauritanie, selon American Press.

La pratique des autorités marocaines consistant à reconduire les clandestins retrouvés sur leur sol dans le désert, à la frontière avec l’Algérie a été vivement critiquée par les agences humanitaires telles Médecins sans frontières (MSF).

Après avoir été conduits dans un hangar proche de l’aéroport Léopold Sédar Senghor où ils ont rempli les formalités de police et été examinés, les ressortissants sénégalais rapatriés lundi à Dakar ont confirmé les mauvais traitements dont ils ont été victimes au Maroc.

« Les autorités nous ont maltraité, frappé, pris notre argent », a déclaré Thierno Niang, un sénégalais également originaire de Kolda. « Quand ils nous ont attrapé, ils nous ont jeté dans le désert, sans eau ni nourriture, et quand on est revenu ils nous ont jeté en prison ».

Vendredi, le Secrétaire général des Nations unies Koffi Annan s’est déclaré préoccupé par « la très grave situation » des migrants qui tentent de passer en Europe et a appelé la communauté internationale à traiter les personnes avec humanité.

De retour dans son pays, Kandé n’a pas plus de perspectives qu’en quittant son pays.

« Je ne sais plus comment faire. Je ne veux plus traverser de façon illégale, mais je ne peux pas rester comme ça. J’essaierai d’obtenir un visa légal ».


This article was produced by IRIN News while it was part of the United Nations Office for the Coordination of Humanitarian Affairs. Please send queries on copyright or liability to the UN. For more information: https://shop.un.org/rights-permissions

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