Au cours de sa première conférence de presse, le chef de l’Etat Mauritanien, le colonel Ely Ould Mohamed Vall a également signalé que la Mauritanie maintiendrait ses liens diplomatiques avec Israël – des relations qui, depuis leurs débuts en 1999, suscitent une polémique dans cette république islamiste à cheval entre le Maghreb et l’Afrique noire.
« Nous avons des engagements internationaux que nous entendons entièrement respecter », a déclaré le colonel Vall, chef du conseil militaire. En août dernier, le Conseil militaire pour la justice et la démocratie renversait le président Maaouva Ould Taya, au pouvoir depuis 21 ans, lors d’un coup d’Etat sans effusion de sang.
« Nous mettrons tout en œuvre pour éradiquer le terrorisme dans notre pays ».
La Mauritanie est l’un des nombreux pays d’Afrique sub-saharienne où les Etats Unies forment des soldats à la lutte contre les groupes fondamentalistes internationaux qui s’installent dans la vaste région du Sahel.
Considérant le terrorisme comme un problème de sécurité nationale, le colonel Vall a affirmé que ce phénomène allait à l’encontre des valeurs et coutumes mauritaniennes.
Peu de temps après avoir pris le pouvoir, le conseil militaire a annoncé en septembre une amnistie générale couvrant les délits politiques. Ceci a permis le retour des exilés et la libération de douzaines de prisonniers, dont celle des auteurs de coups d’Etat et des présumés extrémistes islamiques.
Mais une vingtaine de personnes avaient été exclues de cette amnistie générale. Il s’agirait de personnes liées au Groupe salafiste pour la prédication et le combat (GSPC) basé en Algérie, un mouvement allié à Al Qaeda.
Le GSPC a revendiqué la responsabilité de l’attaque lancée en juin contre une caserne militaire mauritanienne et qui a fait au moins 15 victimes parmi les soldats.
L’ancien président Ould Taya avait adopté une attitude très répressive à l’égard des extrémistes islamiques, organisant parfois des rafles pour arrêter les personnes accusées d’être des islamistes radicaux. Mais les responsables de l’opposition et certains observateurs internationaux avaient affirmé qu’il exagérait la menace des islamistes pour bénéficier des faveurs des Etats-Unis et réprimer les opposants au régime.
Pour certains analystes, c’est la politique de répression dure adoptée par l’ancien président contre les islamistes qui a encouragé les islamistes à s’en prendre au gouvernement.
« C’est la nature extrêmement répressive de l’ancien régime qui est à l’origine du véritable engouement pour les actions terroristes », a affirmé Olly Owen, spécialiste de l’Afrique chez Global Insight, un groupe de recherche basé à Londres.
« Si la transition politique s’effectue comme prévue, vous verrez probablement le problème du terrorisme disparaître tout naturellement ».
Le chef de la junte, le colonel Vall, a placé son intervention sur les relations avec Israël dans le contexte de la cause palestinienne et, à en croire M. Owen, cette approche est « maligne », étant donné que le problème Arabo-palestinien est un sujet très sensible chez les Mauritaniens.
La Mauritanie fera toujours partie des nations appuyant la « juste cause du peuple palestinien », a déclaré le colonel Vall, avant d’ajouter : « Je vous assure que cette relation [avec Israël] ne se fait pas au détriment du peuple palestinien ».
Mais certains politiciens mauritaniens continuent d’éprouver un certain malaise face à cette relation avec Israël.
« Les relations avec Israël vont à l’encontre de la volonté et de toutes les convictions religieuses du peuple mauritanien», a affirmé Ould Mansour, un membre du Parti de la convergence démocratique, considéré comme pro-islamique.
Le chef de la junte maintient le cap de la transition, mais ne s'engage pas sur la question des réfugiés
Le colonel Vall s’est également servi de la conférence de presse du week-end dernier pour réitérer l’engagement pris par la junte de rendre le pouvoir à un gouvernement civil élu, après les élections présidentielles qui auront lieu dans deux ans.
« Le Conseil militaire pour la justice et la démocratie s’est engagé à mener à bien son programme de réformes politiques qui aboutira à l’élection d’un président démocratiquement élu », a t-il affirmé.
Pour M. Owen, les actions du conseil militaires se sont avérées rassurantes jusqu’à présent. Toutefois, il n’a pas manqué de souligner que le chemin qui reste à parcourir est long et difficile.
« Il y aura des décisions difficiles à prendre plus tard », a t-il expliqué. « Il est essentiel qu’ils s’en tiennent à leur programme de transition ».
Faisant référence aux quelque 20 000 Mauritaniens noirs en exil au Sénégal depuis 16 ans, le colonel Vall a assuré qu’il les accueillerait à leur retour, mais il n’a pas précisé s’il organiserait leur retour sous l’égide de l’ONU, comme le demandent les réfugiés et les défenseurs des droits de l’homme.
Au moins 30 000 des 65 000 Mauritaniens qui ont fui les violences ethniques de 1989-91 résident actuellement au Sénégal et au Mali. Le mois dernier un groupe de réfugiés et de défenseurs des droits de l’homme ont demandé aux gouvernements mauritaniens et sénégalais d’organiser un retour sous les auspices de l’ONU et d’organisations internationales.
Abderrahmane Ngaide, qui a fui la Mauritanie en 1989 et travaille comme professeur et chercheur à l’Université de Dakar depuis 7 ans a déclaré qu’il était déçu par le conseil militaire qui semblait vouloir remettre à la fin de la transition le problème des réfugies.
« Ils doivent assumer leurs responsabilités », a-t-il déclaré. « Mais ils ne les assument pas dans le cas des réfugiés ». Selon lui, le conseil militaire – dont beaucoup de membres appartenaient au régime Ould Taya - devrait se présenter devant le people mauritanien, demander pardon pour les erreurs du passé, et passer à autre chose.
« Nous ne devons pas attendre le nouveau gouvernement », a affirmé M. Ngaide. « C’est maintenant qu’il faut gérer cela ».
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